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" Tous ces dysfonctionnements menacent la stabilité "

En Guinée, l’accord politique présenté début octobre ne fait pas l’unanimité. Plusieurs voix s’élèvent depuis le jeudi, 06 octobre pour dénoncer le sort réservé aux élections locales. Des élections, dont les modalités d’organisations ont été légèrement modifié à l’occasion des discussions, qui se sont tenues dans la salle des actes du palais du peuple à Conakry.

Parmi les voix qui fustigent le projet d’accord, figure celle de Marie-Madeleine, ancienne candidate à la présidentielle d’octobre 2015. Dans un entretien accordé à notre rédaction ce samedi, la présidente du parti des écologistes guinéens s’indigne contre ce qu’elle voit comme un complot contre le code électoral. Elle souhaite le respect des dispositions en vigueur et elle espère voir très bientôt une CENI qui réponde aux attentes du pays. Lisez…

Lepointplus.info : Marie-Madeleine Dioubate, bonjour

Le dialogue politique entamé le 22 septembre a été bouclé ce jeudi, 06 octobre. Plusieurs accords ont été obtenus, notamment sur l’avenir de la CENI et les élections locales. Comment vous analysez cela ?

Marie-Madeleine Dioubate : à propos de l’organisation des élections communales, la CENI et les partis politiques alliés au Chef de file de l’Opposition, semblent s’être mis d’accord pour n’effectuer qu’une élection au lieu de deux initialement prévues: les élections communales et les élections communautaires.

Pour résumer, les élections communautaires seraient remplacées par la désignation des chefs de quartiers/ chefs de districts au prorata des résultats obtenus par chaque parti présent aux élections communales. Pour se faire, la CENI, devra modifier le code électoral qui stipule au TITRE II : DES DISPOSITIONS SPECIALES RELATIVES A L’ELECTION DES CONSEILS DE DISTRICT ET DE QUARTIER les dispositions suivantes :

Article L102 :« Les Conseils Communautaires sont élus au scrutin proportionnel de listes à un tour par les habitants de la Communauté rurale de développement, pour un mandat de Cinq (5) ans.»

Ça veut dire que le projet “d’accord politique global” est contraire à l’esprit du législateur ?

Tel que le stipule l’article L102, les chefs de quartiers/chefs de districts sont élus par les habitants de leur quartier ou de leur communauté rurale et NON DESIGNES PAR UN PARTI POLITIQUE comme le veut l’expression d’une vraie démocratie. Il serait plus judicieux de regrouper les différents scrutins pour faire des économies et ne pas paralyser l’activité économique du pays par des élections répétées, coûteuses et souvent conflictuelles.

Autre annonce faite, c’est la promesse d’examiner la loi L016. Autrement dit, l’avenir de la CENI sera sur la table des députés probablement en avril 2017. Qui est-ce que vous en pensez ?

En Guinée, la création de la CENI avait suscité beaucoup d’espoir. Aujourd’hui, son bilan est très contrasté, et je dirai même qu’elle a largement failli à sa mission qui était avant tout d’instaurer un climat de confiance entre tous les partis politiques, la société civile et les électeurs. Son rôle était de contribuer à la paix, ce qui n’a pas été le cas. Le fichier électoral a été par exemple la source de nombreux conflits et ces conflits ont occasionné des pertes en vies humaines.

En ce qui concerne le déroulement des élections, certains progrès ont été observés mais il reste de sérieux problèmes dans le processus des élections. Le dépouillement des votes et la proclamation des résultats restent une très grande source de tension, ils mettent en doute la crédibilité des élections et de l’institution même de la CENI. Tous ces dysfonctionnements menacent la stabilité politique et la paix si chère à nos concitoyens.​

Mais puisque le mandat du Président de la CENI arrive à expiration, j’espère qu’avec l’arrivée du nouveau Président de cette institution, nous assisterons à une refonte de la CENI pour des élections apaisées, réellement crédibles et transparentes.

Madame Dioubate, est-ce que malgré tout, les choses sont pas en train d’aller vers la bonne direction ?

Sur le plan du climat d’apaisement, je dirais si. En revanche, beaucoup de progrès reste à accomplir pour atteindre une vraie démocratie source de stabilité politique sans laquelle aucune émergence du pays n’est possible. Nous connaissons tous le rôle primordial des institutions fortes dans la croissance économique. Une chose que l’on ne dit jamais, c’est que le régime présidentiel en Guinée, est un régime présidentiel fort qui concentre tous les pouvoirs de décisions et de nomination des responsables des différentes institutions, ce qui ôte toute indépendance à ces institutions.

Entretien réalisé par Aliou Baldé