LES DERNIERES HEURES DE SEKOU TOURE

« Il était souvent mis devant les faits accomplis. Il le regrettait. Il y a certaines personnes qui, pour se protéger, dénonçaient d’autres. Il disait comment on peut comprendre quelque chose si on tue. Il faut écouter. Il était souvent mis devant les faits accomplis, ça il le regrettait profondément(…) 

Il fut un homme au service de son peuple et de sa nation. Un patriote authentique !

Son panafricanisme, il l'a manifesté à tous les mouvements de libérations du continent.Nous sommes fiers en guinée d'avoir eu un homme, un leader de son envergure. Son combat pour la liberté et la dignité du peuple noir. il l'a porté et défendu jusqu'à son dernier souffle.

andrée

CONAKRY- C’est l’une des pages de l’histoire tumultueuse de la Guinée que la veuve du premier Président guinéen, Ahmed Sékou Touré a revisité sur les ondes des médias d’Etat.

Dans ce premier extrait que nous publions, l’ancienne première dame Hadja André Touré, nous plonge, avec un ton pathétique, dans les dernières heures du Président de la Guinée Indépendante, décédé le 26 mars 1984 à Cleveland, aux Etats-Unis.

« Il était souvent mis devant les faits accomplis. Il le regrettait. Il y a certaines personnes qui, pour se protéger, dénonçaient d’autres. Il disait comment on peut comprendre quelque chose si on tue. Il faut écouter. Il était souvent mis devant les faits accomplis, ça il le regrettait profondément(…)

C’est un homme qui ne tombait jamais malade. Quand il est tombé malade, il préparait le sommet de l’OUA (organisation de l’unité Africaine). Il était très occupé. Ses téléphones sonnaient sans arrêts. Les autres chefs d’Etat l’appelaient de partout…

J’ai dû dire à El-hadj Abdoulaye Touré de répondre au téléphone. C’était trop pour moi. Quand le Roi Hassan 2 a appelé, El-hadj a dit sa majesté, votre frère est malade. Le roi a dit quoi ? Puisqu’il comptait tellement sur lui dans cette affaire Sahara occidental. Il a aussitôt envoyé des médecins marocains. Quand j’ai vu le Président un peu fatigué, je l’ai déplacé dans la plus grande discrétion, du Palais présidentiel à la case de Bellevue. C’était la première fois qu’il passa la nuit là-bas.

On ne savait pas exactement ce qu’il avait. Les médecins marocains, quand ils ont vu que c’était un problème de cœur, ils ont retourné envoyer des cardiologues. Ils ont informé le Roi de l’Arabie Saoudite qui a envoyé son avion médicalisé pour prendre le Président et l’amener à Cleveland, aux Etats-Unis, où il y avait un grand centre de cardiologie. Il (Sékou Touré) ne voulait pas aller du tout. Il dit que si c’est au Maroc, il ira, mais pas aux Etats-Unis. Je lui ai qu’il faut accepter puisque les médecins avaient dit qu’on a trop attendu.

Le jour du voyage, il n’a pas eu besoin d’assistance. Il est monté tout seul dans l’avion. J’étais avec les enfants. Il voulait parler à son fils Mohamed. Mais les médecins lui ont donné un sédatif pour qu’il se repose. Il n’a pas pu parler. Il a bien dormi… Arrivé, les médecins ont fait tous les examens, ils ont dit que l’homme est sain, le cœur est sain. Il a 98% de chance de réussite à l’opération. Le Président Sékou Touré a dit l’homme propose, Dieu dispose. C’était l’une de ses dernières phrases… Les médecins m’ont dit allez-y. On va l’opérer, on va préparer une chambre, après vous rester à côté de lui.

Avec 98% de chance de réussite, les enfants étaient très contents. Mais moi je n’étais pas tranquille. Arrivée à la maison, je suis rentrée dans la chambre, je n’ai pas pu manger, je n’arrivais pas à dormir. J’attendais qu’on m’appelle. Les médecins nous ont dit qu’ils viendraient nous prendre à 18 heures. A 18 heures pile, ils ont frappé à la porte, j’ai ouvert. Dès que j’ai vu les médecins, avec les yeux gros, comme s’ils avaient pleuré toutes les larmes de leur corps, j’ai compris. On ne m’a pas annoncé sa mort. J’ai dit Dieu fait ce qu’il veut, nous acceptons. On est allé à l’hôpital, on a préparé le corps.

Nous l’avons pris de Cleveland directement à Conakry. Le département d’Etat a mis un fonctionnaire avec nous pour nous accompagner. On arrive ici, j’apprends par les guinéens, que le corps n’est pas venu. Des mensonges aussi normes. Certains disent qu’on l’a descendu au Maroc. Sékou était un homme qui n’avait aucun problème avec son peuple. Comment peut-on le faire descendre au Maroc. L’avion ne s’est pas arrêté quelque part. De Cleveland nous sommes arrivés directement à l’aéroport Conakry. Mais le mensonge, plus il est gros, plus les gens y croient.

Pour les funérailles, le monde s’est mobilisé. Il n’y a pas eu de funérailles plus grandioses. Il fallait voir l’aéroport de Conakry. Certains avions allaient se garer à Freetown parce qu’il n’y avait pas de place ici. Cela nous suffisait largement. Le Gouvernement n’avait pas les moyens de donner à tous les Chefs d’Etat des véhicules. Ils ont préparé un car. Même Bush (père) a laissé sa voiture pour monter dans le car pour aller assister aux funérailles. Je remercie Dieu pour cela ».

A suivre…

Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

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Source : AfricaGuinée