Afficher l'image d'origineLe génie a signé. Le vent a soufflé. Le temps est passé. L’œuvre est restée et la postérité la célèbre encore. Voilà quarante trois ans qu’Aboubacar Aboubacar Demba Camara, le ‘’Dragon de la chanson africaine’’, reste le compagnon quotidien des auditeurs des radios guinéennes, publiques comme privées. Un exploit que seul le génie peut expliquer. Et chaque fois que l’on écoute l’artiste, l’on réalise encore plus, qu’il était effectivement en avance, de plusieurs longueurs sur sa génération.

Compositeur de talent, interprète hors-pair, Aboubacar Demba Camara avait poussé la perfection à la provocation. S’amusant à rugir dans les basses à la Amstrong, comme dans ‘Whisky Soda’; il savait aussi jouer au feu-follet dans ‘Mamy Watta’ pour séduire la déesse des eaux.

Patriote, il a chanté ‘’Mo béni Baralé’’, ‘’Dagna’’, ‘’Regard sur le Passé’’, ‘’Armée  Guinéenne’’ etc. Des hymnes à la gloire du pays.

Philosophe, il a repris avec verve ‘Petit-à-petit l’oiseau fait son nid’ de Pierre Tchana du Cameroun, et composé ‘’Bembeyako’’ pour expliquer son arrivée dans le Bembeya. Amoureux, il a composé ‘Fatoumata’, Moussogbe, Ni Baratila, etc…

Traditionaliste, il a exhumé Tentemba, Wassoulou Soli, Sala Donso, son chant de signe qu’il ne put enregistrer. 

Mystique, il a joué ‘Allalakè’, et ‘’la volonté de Dieu s’est accomplie’’.

Bête de scène, il a réinventé des pas de danse pour le Wassoulou Soli. Son cri de guerre ‘’ For…For…Formidable !!!’’ dans Tentemba est resté inimitable de vigueur artistique. Influencé, au départ, par le musicien cubain Abelardo Barroso, dont il a gardé le beau chevrotement enflammé, Demba a su imiter les bardes des villages, ces conteurs prolixes, ces excellences des joutes oratoires populaires, avec un bonheur inédit. 

Avec l’orchestre Bembeya Jazz National, il a su donner à la musique africaine ses lettres de noblesse. Quarante trois ans après sa mort, Demba reste, cependant, un célèbre inconnu. Une personnalité explosive, mais après tout introvertie, car le créateur est toujours un être solitaire. Tout au moins dans l’acte nodal de création. Le bruit ne porte pas de fruit, dit un proverbe guinéen.

Quand, le 5 avril 1973, meurt Aboubacar Demba Camara, les mélomanes foudroyés, crurent d’abord à un poisson d’avril, mais quand son corps vint de Dakar, ils le pleurèrent, puis, se consolèrent en réalisant que le génie qu’il était ne peut mourir.

Qurante trois ans après, le roman continue, et c’est Demba qui l’écrit encore.

Justin MOREL Junior pour GCI

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