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« POURQUOI  ECRIRE  OU FILMER  L’HISTOIRE OU LA MEMOIRE   RECENTE DE LA GUINEE PARAIT AUJOURD’HUIT TRES DIFFICILE?                            

Avertissement :

J’ai reçu, en décembre 2014, une invitation à participer à la deuxième  édition du festival des premiers films guinéens du 5 au 7 février 2015 au centre Franco-guinéen, sur le thème choisi par les organisateurs du Festival : « Lieux  et points aveugles de l’historiographie guinéenne ».

J’estime qu’il ne faut  pas cacher  aux jeunes cinéastes ou historiens qui veulent se spécialiser dans  l’étude ou le filmage de   L’HISTOIRE OU LA MEMOIRE   RECENTE DE LA GUINEE  la difficulté essentielle qu’ils vont rencontrer dans la recherche préalable d’une documentation  efficiente sur le  thème qu’ils souhaiteraient traiter.

Le débat qui suivrait, après les interventions prévues, aurait été enrichissant et le festival aurait eu  un sens et un intérêt pour les jeunes.

Malheureusement, le  lundi2 février 2015,j’ai trouvé, de retour de Coyah, une lettre   datée du13 janvier 2015m’informantque mon « intervention est reportée pour les prochaines éditions du festival », précisant, dans le programme du festival,  que le thème qui m’avait été attribué sera traité  désormais par un autre historien, qui avait déjà son thème et me demandant de participer cependant au débat prévu.

N’approuvant pas cette façon de faire et estimant que je n’ai pas la même préoccupation que les vrais  initiateurs d’une telle rencontre, j’ai préféré, dans ma réponse au Directeur du Festival,  préciser que je n’y participerai pas.

Communication prévue pour le festival des premiers films guinéens (5-7 février 2015) :

Lorsque j’avais reçu l’invitation à participer à cette rencontre, j’avais  exprimé mon étonnement  à la jeune fille  venue me la remettre, de n’avoir pas été contacté auparavant par les  organisateurs, d’autant qu’on  m’impose une communication sur un thème dont je ne connais pas  l’objectif spécifique véritable : « Lieux et points aveugles  de l’historiographie  guinéenne ».

La pratique de certains « cadres » guinéens et l’activisme envahissant et manipulateur  de certaines  représentations diplomatiques  en Guinée m’ayant rendu très méfiant, je lui ai communiqué mes coordonnées téléphoniques et elle avait promis de les donner  aux organisateurs. J’ai décidé cependant de résumer le thème proposé.

N’ayant pas été contacté depuis lors  par ceux-là et n’étant presque pas  intéressé par l’exégèse des sources de seconde main pour les jeunes guinéens,   j’ai décidé, puisque  c’est la jeunesse qui est la cible de cette rencontre, de répondre sommairement,  en particulier aux  étudiants   qui préparent un mémoire de fin d’études universitaires ou des films,  et qui  me posent  souvent une  question   d’une brulante  actualité : « POURQUOI ECRIRE  OU FILMER  L’HISTOIRE OU LA MEMOIRE   RECENTE DE LA GUINEE PARAIT AUJOURD’HUIT TRES DIFFICILE? »

Pour y répondre, j’ai retenu le plan ci-dessous en trois parties, afin que  les jeunes guinéens mesurent l’importance du travail qui les attend et la qualité de discernement  dont ils doivent faire montre pour échapper à la manipulation et obtenir des résultats qui résistent au temps parce que vérifiables et irréfutables :

1ère Partie - Bref aperçu du patrimoine  documentaire guinéen au 2 avril 1984

2ème Partie -Bref aperçu du sort réservé au patrimoine documentaire  guinéen à partir du  3 avril 1984

3ème Partie -Illustrations

  1. I.        Bref aperçu  du  patrimoine documentaire  guinéen   au 2 avril 1984

Les Archives nationales

Elles ont hérité des archives coloniales composées des documents produits par les différents services techniques et les sociétés de traite portant sur l’économie, la santé, la culture, l’école, les infrastructures, les religions, les personnages historiques, africains et européens, les renseignements sur les personnalités politiques africaines de l’époque, sur les diverses élections, les CV des candidats aux différentes  élections, etc.  ; on y trouve aussi les rapports de mission des chercheurs guinéens et français, des comptes rendus de mission  et de tournées des commandants de cercle, des rapports politiques, des correspondances officielles, les rapports des gouverneurs du territoire, les rapports de Police sur  les activités des organisations sociales,   leurs publications, les études  sur le commandement africain, la chefferie en particulier, sur la société en général, etc.

 Mais en  raison de l’exiguïté des locaux, après celui concernant la période 1958-1961, aucun versement ne se fit jusqu’en   1984, chaque productrice de documents d’archives les gardant désormais à son niveau.

Les archives de la Présidence de la République

L’une des pratiques remarquables de feu  Président Ahmed Sékou Touré, déjà doué d’une mémoire d’éléphant, c’est qu’il classait méthodiquement tous les documents qu’il envoyait ou qu’il recevait de Guinée, de l’Afrique et de l’étranger. Ses archives,  extrêmement  sensibles et inestimables, étaient bien conservées  depuis le début de son combat politique.

Les archives des assemblées (territoriale et nationale)
Ce sont des    documents constitués de 1946 à 1984 :procès-verbaux de

 l’Assemblée et des élections des membres des diverses commissions de travail, divers débats, diverses résolutions et décisions, des procès-verbaux de sessions et des commissions de travail, textes officiels adoptés, listes des membres des différentes  assemblées, les cv des élus ; photographies, autres documents relatifs aux rapports de coopération avec d’autres assemblées étrangères, etc.

Les Archives des Départements ministériels

Elles sont conservées et bien classées  dans chaque département ; ce qui a permis  de faire    le  point sur les activités et le bilan  de chaque ministère durant les 26 ans  à  travers des  conférences par secteur, telle celle sur l’éducation, au lendemain du coup d’Etat.

 Ce département disposait en outre  d’un service de Statistique et  de Planification de l’éducation en relation régulière avec toutes les inspections académiques régionales  du  pays ; il  donnait la réalité de l’éducation tant sur le nombre d’élèves, que sur l’infrastructure, etc.

Sa bonne tenue  et sa rigueur scientifique   étaient vivement louées  par l’UNESCO.

Les services d’appui (IPN, SNA, l’académie des langues) fournissaient des supports d’enseignement (manuels,  lexiques pour les huit langues nationales retenues, etc.)  

Les Archives du PDG

Elles étaient réparties comme suit:

Les archives d’avant le 2 octobre 1958  étaient bien classées et conservées dans des locaux appropriés à l’emplacement actuel de la Grande Mosquée de Conakry. Tous les documents relatifs à la lutte du PDG pour son implantation et l’indépendance de la Guinée et les  documents relatifs aux  partis adverses, BAG et DSG, s’y trouvaient. Elles seront transférées à la Permanence Nationale du PDG après l’’agression du 22 novembre 1970.

C’est un  décret du 27 novembre 1971 qui décida la création de la Grande Mosquée de Conakry, ce haut lieu  de l’Islam avec une capacité de 12.500 fidèles. La  pose de la première pierre  eut  lieu le 12 octobre 1973 et la bâtisse prévue fut   baptisée au nom de feu sa majesté Fayçal Ben Abdelaziz Al Saoud ;  mais la  construction  avec l’aide de l’Arabie Saoudite  n’ a débuté qu’partir de  1977 ;  l’inauguration eut  lieu  le 20 juillet 1984  par le feu président Ahmed Sékou Touré à son retour de la conférence mémorable de l’OCI à Rabat (Maroc).

Les archives d’à partir du 2 octobre 1958  comprenaient, depuis l’agression du 22 novembre 1970, celles d’avant et celles d’après  cette date ; le tout  se trouvaient désormais à la Permanence nationale du parti, à l’emplacement actuel du ministère de la Jeunesse et de l’Emploi des Jeunes. Tous les documents, manuscrits ou imprimés  relatifs à la gestion du PDG, aux grandes instances du parti, et aux activités de ses organes intégrés s’y trouvaient également classés jusqu’au coup d’Etat du 3 avril 1984. Des études détaillées sur chaque village de Guinée, avec la mise en place des populations, faisaient partie également  des fonds précieux des archives.

Au niveau de toutes les structures décentralisées du parti  et de ses organes intégrés existaient également  des archives. Ce qui a permis, en collaboration avec l’administration décentralisée, d’élaborer des monographies sur toutes les préfectures par les autorités de la préfecture concernée des origines à mars 1984.

Les Archives des services de sécurité

La Police, la gendarmerie, la milice et l’Armée avaient aussi, chacune, ses propres archives pour le suivi de leurs activités spécifiques et la programmation de leurs différents projets.

La Bibliothèque nationale

 Elle a hérité des maigres fonds coloniaux de la section IFAN.

Elle est devenue l’un des services importants de l’Institut National de Recherche et de Documentation de Guinée (INRDG) créée par décret le 10 novembre 1958, quand l’Assemblée  Constituante adoptait la première constitution de la Guinée indépendante. Assidument fréquentée par les étudiants et professeurs de l’Institut Polytechnique de Conakry, elle était devenue un lieu de rencontres et d’échanges scientifiques, un centre de documentation privilégié des étudiants et professeur.

Ses fonds se sont  accrus par commandes successives faites par la  direction et des professeurs sur la base de catalogues reçus en particulier de la Bibliothèque Nationale  de Paris: deux structures françaises commerciales  étaient chargées  de l’achat   des livres (Editions Sociales) et de l’abonnement aux périodiques (Euro-périodiques) et de leur envoi directement à la Bibliothèque Nationale de Conakry. La Banque Centrale  de Guinée disposant d’un budget spécial pour honorer ces commandes, était chargée du payement en devise des montants  dus aux fournisseurs. La Bibliothèque nationale achetait  aussi des « bons de l’UNESCO » en dollars pour compléter ses fonds documentaires et l’achat du matériel d’équipement à l’étranger.

Pour accroitre ses fonds par échange de documents avec les bibliothèques et centres de documentation étrangers, la Bibliothèque nationale de Conakry réussit à faire signer un décret présidentiel  instituant le  dépôt  légal : des exemplaires au nombre déterminé  de chaque publication  imprimée (livres, journaux et autres brochures)  était  déposé à la Bibliothèque Nationale par l’imprimerie Patrice Lumumba et la  structure  du parti éditrice  de la publication ; il en fut de même des documents universitaires (mémoires de fin d’études universitaires imposés à tous les étudiants de toutes les chaires, revues, diverses publications).  Il revenait à la Direction de la Bibliothèque Nationale de procéder ensuite à la répartition  des documents reçus entre la Bibliothèque de l’institut Polytechnique de Conakry, les Archives Nationales de Conakry et la Bibliothèque nationale de Conakry. Elle gardait un lot important   pour  l’échange de publications avec  les centres étrangers ; cela explique l’existence de nombreuses publications de la Première République dans les grandes Bibliothèques et autres centres de documentation étrangers.

Il faut signaler aussi que la Bibliothèque nationale de Conakry avait reçu de la Fondation Ford des Etats Unis, dans les année 65, une importante somme d’ argent en devise pour l’ achat d’un fond important et unique  en Afrique, le Fond  de la traite des esclaves  qui se trouvait dans un  local sécurisé que fréquentaient  les chercheurs spécialistes de la question , essentiellement des étrangers venant d’horizons divers et quelques guinéens.

La Banque centrale de Guinée

On y trouvait les documents relatifs  à la création de la monnaie guinéenne et la Banque Centrale guinéenne.

Jusqu’en 1965, le gouverneur établissait annuellement  un rapport d’activité de la Banque centrale qui renfermait les statistiques de tous ses services. A partir de cette date, il  travaillait  désormais avec un Bureau d’études.  

Les cadres organiques, les rapports d’activité, les situations statistiques sur la monnaie, la balance des paiements, la dette extérieure, etc. constituaient l’essentiel des archives consultables sur l’évolution de la situation monétaire jusqu’en 1984.

 Les archives de la prison du camp Boiro

Elles étaient également bien conservées, bien classées et comprenaient les rapports d’enquêtes, les dépositions  des accusés, les jugements des tribunaux spéciaux et d’autres documents obtenus par divers moyens, etc.

Archives de la RTG

Au  3 avril 1984,  la RTG s’appelait encore  la Voix de la Révolution. Jusqu’en 1977, c’étaient des archives sonores, la radio seule existait et ses archives   comprenaient tous les discours officiels, tous les travaux de toutes les instances du parti, les documents sonores de toutes les rencontres internationales in situ, les dépositions enregistrées des accusés et tous les documents sonores des différents  procès,  etc.

En 1977, c’est l’installation de la télévision. Les archives étaient désormais  à la fois sonores (audio) et visuelles (vidéo).

Libraport,

Entreprise d’importation et de vente du matériel de bureau et de publications  de toutes spécialités, elle disposait d’un stock important de marchandise diverses, surtout   des  livres. Ses  succursales  essaimaient  toutes les préfectures.

Le Musée national et les musées régionaux

Ils disposaient d’un fonds très important et  recueillaient des objets d’art spécifiques à chaque région de la Guinée sous diverses formes : achat, dons, échange, etc.

Le cinéma, la photographie, la musique

Elles n’étaient pas en reste puisqu’elles avaient été organisées très tôt : le 2 janvier 1967, un décret présidentiel crée une régie nationale de la cinématographie  et de la photographie Syli  cinéma-photo. En 1974,  Le secteur devenu très important, deux entreprises nationales avaient été  créées : syli- film et syli-photo qui ont eu, chacune, leurs archives conservant des exemplaires de leur productions pour des besoins  de participation à  quelques rencontres africaines et étrangères.

Des films comme Bakary Woulen,  Mory le crabe, huit et vingt, hier,  aujourd’hui et demain, riziculture dans le Bagata,  Guinée touristique en coproduction avec la France, l’ Afrique danse avec la République fédérale d’ Allemagne faisaient  la joie des mélomanes.

Syliphone

Pour la musique, si les bandes magnétiques étaient faites à Conakry par l’enregistrement des différents orchestres, C’est  le Syliphone qui était chargé de l’impression des disques d’abord en France   à SONODISC.

A partir de 1977, il s’occupa également  de la vente des postes de télévision, des radios simples,  des cassettes-audio.

Au 2 avril 1984, le syliphone disposait

- d’Un  important stock de disques des orchestres guinéens C’est grâce à la collaboration de la Bibliothèque nationale de Conakry avec celle   de Londres qu’un expert australien, qui a. une belle collection de la musique guinéenne, a constitué un coffret syliphone, constitué de CD  conservé à la Bibliothèque Nationale de Conakry.

- d’un important lot de cassettes audio et video (umatic) de discours enregistrés d’Ahmed Sékou Touré destinés à ses amis et   ses collègues chefs de l’Etat.

- Une cargaison de 800 télévisions Philips dont 150  envoyés par le colonel Khadafi venait d’arriver.

-500 radios Sony venant d’Arabie Saoudite.

(300 radio-double cassettes grand modèle S harp.

Voilà, brièvement présentée, la situation du patrimoine documentaire produit ou conservé par certaines institutions  et services  au 2 avril 1984.

II.- La situation du patrimoine documentaire à partir  du coup d’Etat du 3 avril 1984

L’une des conséquences désastreuses du coup d’Etat du 3 avril 1984, c’est la destruction  en très grande partie du  patrimoine documentaire du peuple de Guinée produit par ces institutions et services ou conservés en leur sein ;  patrimoine essentiel à l’écriture correcte de son histoire  récente,  en général et nécessaire à la compréhension et à la solution de certaines de ses énigmes contemporaines  en particulier ; plus ou moins bien conservé et bien classé,  ce patrimoine avait non seulement  le mérite d’exister, mais il   traduisait l’œuvre propre des Guinéens dans tous les domaines  et encourageait l’expansion de cette forme d’expérience autonome défendue depuis le 1958.

Dès la prise du pouvoir par  certains officiers guinéens le 3 avril 1984, l’idée centrale fut de faire disparaitre toutes les traces écrites, orales  et matérielles de la première République synonyme de la révolution. La jeune génération ne doit rien connaître du passé récent de son peuple de peur d’être atteinte par  le virus de cette phase exaltante  de son combat pour sortir du sous-développement grâce à des solutions endogènes.

Aussi, presque toutes les archives écrites ou traces matérielles   significatives guinéennes ont-elles  été l’objet d’un vandalisme  inqualifiable dont la Guinée se remettra difficilement: destruction, vols, jets à la mer, incinération, confiscation, vente de l’infrastructure économique à vil prix, transfert de documents importants hors du pays,  etc. ;  des délateurs qui avaient peur d’être démasqués ont cherché à se débarrasser de certaines archives compromettantes ; des hommes de l’opposition au régime ont tenu à faire disparaitre toute preuve de leur culpabilité ; d’autres ont non seulement détruit les documents qui les embarrassaient, mais ils  ont gardé aussi    des pièces importantes.

Quant aux pays étrangers qui ont « aidé »  à  perpétrer le coup d’Etat, ils emporteront également d’importants documents d’archives, certains par les conseillers, africains (dont des guinéens de double nationalité) et européens  placés, dès la prise du pouvoir, dans  différents départements ministériels, à la Banque Centrale, dans les autres banques  spécialisées  ou à la Présidence de la République.

Ce sont  ces  destructions  d’importants  documents d’archives  et cette confiscation de la mémoire collective des Guinéens qui permettent à certains de mentir effrontément  aujourd’hui puisqu’ils supposent que toutes les archives primaires ont été  détruites par incinération, jet à la mer ou vol, etc.  ; qu’ils continuent  à appuyer  l’affirmation que la Première République n’a rien fait , puisque tout ce que le peuple a  réalisé en ne comptant essentiellement que sur ses propres moyens  durant la période de de  vingt-six ans a été détruit,  sauf les cadres qui  avaient été   formés in situ  et qu’on a voulu , un moment dévaloriser en les soumettant à des test  humiliants  sous le prétexte fallacieuxde compresser le trop plein du  personnel de  laFonction publique qui n’ est toujours pas  assainie; or, ceux qui ont confisqué une partie de ce patrimoine documentaire devraient les livrer, ne serait-ce que par respect pour notre  pays.

On sait que le changement de régime  a également  eu lieu dans de nombreux  autres pays. Le cas de la Guinée est tellement révoltant!  

En effet, dans ces pays, le vandalisme ne s’est  pas produit. Il suffit de penser au changement de régime dans les pays de l’Est pour regretter davantage le mal fait à la Guinée : les nouvelles autorités de ces pays avaient pris toutes les précautions   pour que tout le patrimoine documentaire fût  préservé et bien gardé. Aucun cadre, si important fût-il, ne s’était permis de détourner un seul élément dudit patrimoine. Aussi tout citoyen peut-il, aujourd’hui consulter les archives des anciens régimes  de l’Est, de leur Police secrète, comme la Stasi de  l’ancienne  Allemagne de l’Est (RDA), visiter les anciennes usines, les musées d’antan, les camps militaires, etc.  ;  des spécialistes  ont désormais accès libre aux documents de l’époque. C’est dire qu’une grande partie de la mémoire des  peuple de ces pays est ainsi bien classée et bien conservée et consultable par toutes les générations qui n’ont pas vécu les périodes concernées. Ce qui est impossible aujourd’hui en Guinée.

Dans ce pays, on a vu des membres du CMRN se présenter au lendemain du coup d’Etat parfois seul pour exiger des secrétaires des documents du feu Président Ahmed Sékou Touré ou les clés des différentes armoires où sont classés ses différents fonds documentaires ; devant leur refus catégorique , les pauvres ont été purement et simplement chassées de leur bureau et des équipes militaires ont été  envoyées pour débarrasser le planché sous différentes formes. Le capitaine kémoko keita qui en était  chargé  sera purement et simplement  tué bien avant l’arrestation des membres de la famille présidentielle.

La Première République avait également laissé  des traces matérielles de caractère infrastructurel, économique, industrielle,  politique  et socio-culturelle  qui seront toutes soit détruites, soit revendues à vil prix, soit débaptisées quand il s’agit des écoles par des cadres dirigeants  qui ne  semblaient avoir  aucun brin  de patriotisme ; « ceux qui  les avaient aidés à prendre le pouvoir » certains pays étrangers, pour reprendre un membre éminent du CMRN, avaient emporté les documents qui les intéressaient . La haine et le ressentiment, pour les premiers, et le désir de revanche, pour les seconds,  conditionnaient ces criminels.

Voilà, brièvement dépeint les méthodes de destruction du patrimoine documentaire guinéen utilisées à partir  du  3 avril 1984.

 

III.-  Illustrations

Illustrons la méthode employée  pour priver la Guinée de ses archives et traces primaires historiques.

  Les Archives nationales.

La destruction a commencé au lendemain du Référendum du  28 septembre 1958. «  L’ordre secret fut donné d’emporter  toutes les  archives à Dakar et Aix –En –Provence dans le sud de la France ou de  détruire tout ce qui ne pouvait l‘être. La   nouvelle République devait naître sur une page blanche de son histoire  »… Seuls « les commandants de cercle se retireront plus discrètement sans faire comme à Conakry », écrit Sanassy Keita ; ce qui permit de résoudre en 1980, à l’avantage de la Guinée-Conakry, grâce à un document trouvé dans les archives de Gaoual sur le bornage de la frontière entre les deux pays, le conflit frontalier entre notre pays et  La Guinée-Bissaau.

La destruction des traces et des archives guinéennes ont été reprises  et accentuées  à partir du 3 avril 1984.

En effet, suite à la tentative du coup d’Etat du 4 juillet 1985, les fonds des  archives nationales  furent  jetées pêle-mêle,   en quelques jours par les prisonniers de la Sûreté de Conakry,  dans une des salles  du Musée national; malgré la protestation des cadres  des différents services de l’ICCDRG qui en avait la tutelle, il nous avait été  rétorqué que la zone était  «  désormais  affectée par l’Autorité »  au bataillon des bérets rouges nouvellement créé, le camp de Koundara, l’actuel camp Mokambo.

 Certes, les documents n’avaient pas été incinérés ; mais ils avaient été livrés aux rats et aux souris et avaient été l’objet  de vols fréquents, dont une partie servit pendant longtemps d’emballage  aux vendeuses des  marchés de Conakry.

 La destruction de la Bibliothèque nationale

C’est à partir de juillet 1987 que la Bibliothèque nationale  ne put plus remplir sa mission d’institution de conservation du patrimoine imprimé national faute de locaux appropriés et de son  saccage à partir de cette date.

 En effet, alors que son département, le ministère de  l’Enseignement Primaire et de l’ Alphabétisation, a toujours été installé dans le complexe administratif de l’Education à Conakry-ville, la  ministre en charge de ce département fera éparpiller les fonds de la Bibliothèque Nationale dans différents lieux  afin de déménager dans  les locaux de cette institution  et de la direction de la recherche scientifique ; ces services lui rappelaient la première République dont elle ne  supportait  aucune trace dans son secteur .

Heureusement  que ce département  a été finalement  renvoyé à son bâtiment d’origine quand son titulaire perdit son poste. Mais la Direction de la  recherche scientifique  et la Bibliothèque nationale  n’ont plus  récupéré leurs  locaux où se trouve désormais le Ministère de l’Emploi, de l’Enseignement Technique et professionnel.

Ainsi,  les fonds de la Bibliothèque nationale    restèrent  jetés, pêle-mêle, comme le prouvent  les quelques photos que voici,  en divers endroits inappropriés où ils seront pillés à volonté : au 2e étage de l’imprimerie Patrice Lumumba, à la permanence fédérale de Conakry II avant que celle-là ne devienne  une piscine privée, l’actuelle Marocana, et au Palais du Peuple. Ils  ont été livrés aux pluies torrentielles de Conakry  et aux mammifères rongeurs pendant 12 ans. Cette criminelle action ne suscita aucune réaction, même de la part des cadres   des   départements ministériels de l’Education.

Il a fallu l’arrivée d’un cadre heureusement compétent et patriote, Dr en bibliothéconomie, le concours des Ambassades de France et des Etats de l’époque, de « certaines  âmes généreuses » pour procéder au ramassage  des restes de ces fonds et à leur conservation dans la case du Musée national de Sandervalia à Conakry, en attendant toujours  de trouver un local plus approprié. 

La Direction  de cette institution nationale regrette cependant,  je la cite  « qu’une partie- et non des moindres-des anciens fonds soit encore en souffrance au Palais du Peuple et dont le sauvetage est un impératif ».

Il faut particulièrement insister  sur le fond  unique, en Afrique, de la traite des esclaves acquise dans les années 1965 grâce à la Fondation Ford des Etats Unis d’ Amérique, difficilement récupéré  en partie par l’actuelle  Direction de la  Bibliothèque Nationale.

 ‘’Débaptisassions’’ des écoles

Fut le sport favori  de certains ministres du secteur de l’éducation.

Prenons l’actuelle  école Frederico Mayor  de Boulbinet : elle s’appelait CER  du 22 novembre 1970 pour immortaliser une opération militaire qui ébranla la Guinée et dont les conséquences sont encore vivantes; la  ministre de l’Enseignement Pré-universitaire et Alphabétisation procéda à ce changement de nom,  le premier nom  lui rappelant  l’agression du 22 novembre 1970 suite à laquelle son conjoint avait été condamné et  emprisonné comme complice actif.

A Conakry- ville, le CER 14 mai, date de naissance du PDG en 1947, a été débaptisé en  Collège de Château-d’eau

A Matam, le CER 1er mars a été débaptisé et s’appela d’abord Lycée Matam ; mais la décision ayant paru quelque stupide à certains, l’établissement  reprit   son nom  initial du Lycée 1er mars, date de création de la monnaie guinéenne, en 1960.

La même opération  de destruction et de débaptisassion  se poursuivra  à Conakry et  à   l’intérieur du pays.

 Le  Libraport

Tout le stock du  Libraport sera également  détruit,  incinéré ou jeté à la mer,  qu’il s’agisse des œuvres du PDG, des publications des services d’appui des différents enseignements ou  des  ouvrages de toutes spécialités  chèrement acquis  dans  tous les pays.

Son site a été également bradé à un Guinéen de la diaspora qui y a  construit le siège actuel  de  sa société, la Société financière de Guinée (SOFIG).  

Les archives de la présidence de la République

 Leur sort sera  plus  dramatique : dès la prise du pouvoir, des membres du CMRN s’y rendront ; des documents extrêmement importants seront brûlés et les intéressés   emporteront les plus compromettants pour eux et leurs complices.

Or, ces archives, inestimables et précieusement conservées, auraient été aujourd’hui d’un intérêt capital, pour confondre les philistins, confirmer ou infirmer certaines certitudes, certaines accusations et faire taire certains faux témoins trop prolixes depuis qu’ils sont convaincus que la plupart des preuves de leur culpabilité ont disparu.

Les archives de  la permanence nationale du PDG

Elles subiront  le même sort. Presque toutes les œuvres et  leurs documents  d’archives   du parti seront soit incinérés, soit jetées à la mer. Des documents importants seront emportés par certains  membres des mêmes autorités. Deux témoignages méritent d’être cités :

« J’ai personnellement assisté à la scène pour la Permanence Nationale. Les œuvres du PDG étaient jetées dans tous les sens et certaines au feu qui était allumé dehors pour cette incinération…Un tel traitement pour un pays qui avait formé tant d’universitaires en un quart de siècle, 85.000 dans les meilleures universités du pays et du monde est impensable», écrit Mr Sanassy  keita.

Le second  témoignage  est d’un autre  cadre  bien informé, Aly Cissé , qui   a  assisté à certaines opérations de destruction ; il  a été récemment repris  sur un site: l’intéressé a vu, par exemple  «  les camions militaires pleins de « tomes  », des fascicules  de la revue « RDA »  ou des lexiques de valorisation académique de nos huit langues nationales dans lesquels le cycle complet de l’enseignement élémentaire était dispensé , jeté à la mer par le CMRN ».

Les archives ministérielles
Après un tri sommaire très risqué par quelques cadres  patriotes,  Mr Sanassy  keita  note que  « la première opération (des ministres promus) fut de vider les armoires et de jeter leurs documents dans la rue et au feu »,

La Banque centrale

Aux premières heures du coup d’Etat du 3 avril 1984, les membres du CMRN ont répandu le bruit qu’ils n’ont rien trouvé dans les caisses et les comptes de la Banque Centrale.

Or,  le jour même du  coup d’Etat, le 3 avril 1984, une délégation du CMRN   s’y  était présentée. Dirigée par les commandants Sory  Doumouya et   Barrou Diallo, elle procéda à la passation de service  avec   la vice-gouverneur  de la Banque centrale,  extraite  de sa cellule des 32 escaliers du camp Alpha Yaya,  à cet effet.  Le fonds se composait 

- du fonds propre de la BCRG en Syli et en devises.

- du fonds de solidarité  collectée  en faveur de Koumbia (Gaoual)  suite au tremblement de terre de décembre 1983 (en milliards de Syli et 7 millions de dollars)

- d’un chèque de 4 millions de dollars offerts par le Roi Hassane II  au Président  Ahmed Sékou Touré  qui l’a remis, comme il avait l’habitude de le faire, pour chaque don personnel en devises reçu, à la BCRG pour ses différentes opérations ;

-Une réserve d’or en lingots  de  600 kg   qui ont été ramenés, en février 1984, de la Banque de France   par un  avion affrété par r Air Guinée    sur instructions  expresses  du Président  Ahmed Sékou Touré, « pour éviter toute interprétation tendancieuse, après ma mort »,  répondit-il au gouverneur  de la Banque Centrale que la décision avait surpris.

Ce qu’il faut signaler aussi c’est   la liquidation de Mr Sékou Touré, de  Forécariah, le caissier principal de la BCRG, fusillé pour avoir refusé de donner la clé de la  caisse à une autre équipe militaire.

C’est grâce à la  « lettre ouverte à la Nation »  du capitaine Alpha Kaba,  gouverneur de la BCRG (13 juin1984-13 juin1991)  que l’on sut exactement la situation trouvée au 3 avril 1984   en réserve d’or et recettes en devise dollars et  comment l’argent a été dépensé. Il  dut démissionner pour échapper aux différentes  pressions et intrigues  devenues insupportables.   Ce fut ensuite  la ruée sur ces différents   fonds. 

Tout cela rend le travail de la numismatique très difficile

Les archives de la prison du camp Mamadou Boiro seront également dépouillées de leur contenu : un ancien pensionnaire de cette prison, profitant de ses  postes de ministre et de Président de   la  sous-commission  Recherche et documentation  de la commission du livre blanc du CMRN, mise en place pour démontrer que tous les complots dénoncés par les autorités de la Première République sont faux, dont nous ne verrons jamais les résultats, et pour cause, semble être l’un de ceux qui ont effectivement constitué leurs collections personnelles  à partir de ces fonds. Les travaux de sa sous-commission ont débuté le 21 mai 1987. Ce sont certainement les premiers résultats obtenus qui lui ont, en grande partie, permis  de rédiger   son pamphlet en 2007 sous le titre Camp Boiro, parler ou périr.

Le  secrétaire général de cette commission dénoncera nommément, dans le compte rendu des travaux de recherche  effectués de 1987 à 1998, d’autres membres de ladite commission   comme ayant emporté, hors du pays, une grande partie des documents trouvés.

Les archives de la RTG

Elles  ne  seront  pas épargnées et de nombreux enregistrements censés compromettre certains cadres morts ou vivants auraient  disparu  du fait de certains  dirigeants de  la RTG, qui s’agitent actuellement  dans d’autres structures sociales,  en particulier les documents relatifs  au procès de janvier 1971, consacré à  l’agression du 22 novembre 1970. Un expert étranger aurait  même traité la situation des documents d’archives de la RTG de catastrophique.

10 / Syliphone

A partir du 3 avril 1984,

Le stock de radios, de télévisions et de cassettes-radios seront réparties entre des membres du CMRN et du gouvernement.

Disparaitront également,

-Un  important stock de disques des orchestres guinéens. C’est grâce à la collaboration de la Bibliothèque nationale de Conakry avec celle   de Londres qu’un expert australien, qui a. une belle collection de la musique guinéenne, a constitué un coffret syliphone, constitué de CD  conservé à la Bibliothèque Nationale de Conakry.

-Le  lot de cassettes audio et vidéo de discours enregistrés d’Ahmed Sékou Touré destinés à ses amis et à  ses collègues chefs de l’Etat.

Une histoire cocasse entoure le grand téléviseur qui se trouvait chez le feu Président Ahmed Sékou Touré : le tiraillement entre deux membres du CMRN pour sa possession.

Une histoire cocasse entoure le grand téléviseur qui se trouvait chez le feu Président Ahmed Sékou Touré : le tiraillement entre deux membres du CMRN pour sa possession.

La recherche scientifique

Outre les rapports de mission, le bilan annuel des centres de recherche, divers documents scientifiques, l’Institut Central de Recherche et de Documentation de Guinée (ICCRDG) venait de tenir sa réunion de   fin de projet avec les experts de l’UNESCO : financé à hauteur de 630.000 dollars, les Nations unies avaient accepté le document de projet présenté par le gouvernement  qui avait permis de faire l’inventaire du potentiel scientifique et technologique de la Guinée, sous la supervision de l’UNESCO, en vue de l’ élaboration d’une nouvelle politique scientifique pour le pays.  Tous ces acquis ont  en grande partie disparu en Guinée

Le Syli cinéma devenu Centre franco-guinéen

Enfin et pour ne pas abuser de votre attention, je termine par  le bâtiment où nous nous trouvons : ici existaient le Syli-cinéma et la cinémathèque nationale. Ils  ont été rasés pour construire ce  centre. Au moment de cette destruction, Mr Aly Cissé a vu « enfouis  dans la boue des milliers de courts métrages et longues   métrages de notre cinématographie ». C’est dire que   l’Ambassade de France d’alors  a également  participé à la destruction des traces historiques de la Guinée. Elle aurait dû refuser l’offre empoisonnée et construire ce centre ailleurs comme la France l’a fait dans d’autres pays.

Par ailleurs, la salle de cinéma d’en face qu’on appelle aujourd’hui cinéma Liberté s’appelait le 8 novembre ; il s’agit du 8 novembre 1964, une date importante dans l’histoire du peuple de Guinée.

La volonté de  destruction  des traces du passé immédiat  était telle que n’eut été le refus catégorique  de la CAF et de  la FIFA,  les autorités de l’époque  auraient changé le nom de l’équipe nationale du football, le nom Syli évoquant la Première République, et  Ahmed Sékou Touré en particulier.

C’est aussi  grâce au refus obstiné du  président Lansana Conté que la stèle du 22 novembre 1970 se trouvant à l’esplanade du Palais du peuple n’a pas été dynamitée par les extrémistes du CMRN.  

C’est dire  que   la période 1958 à nos jours sera difficile à étudier et à filmer, faute de sources documentaires primaires  conservées et de témoins objectifs et fiables ; depuis le 3 avril 1984, en plus des destructions des archives du passé,

  1. aucune politique de collecte de sources primaires  n’a été organisée ;
  2. aucun dépôt légal n’a été institué en faveur  de la Bibliothèque nationale malgré tous les efforts de la direction de cette institution ;
  3.  la non application effective du titre 2 Du Dépôt de la loi n° 2 CNT du 22

juin 2010  sur la liberté de la Presse  reste impunie: l’article 12 de cette loi précise que  le dépôt de chaque  périodique doit être fait « aussitôt après tirage » ; or, la Bibliothèque nationale  ne reçoit  rien , tandis qu’ aux archives nationales,  il n’est déposé parfois que des rares  invendus  d’un ou deux titres de presse ; 

  1.  les auteurs de la destruction et de la confiscation des différents documents n’ont jamais été inquiétés, sommés officiellement de restituer une partie du patrimoine documentaire ou traduits devant la justice,
  2.   les plupart des vrais acteurs et témoins de la Première République ont disparu et aucune campagne n’est faite par les médias pour un débat national contradictoire et public .

La lumière des sources primaires  est une exigence pour toutes  recherches efficientes, une  nécessité vitale pour connaître,  étudier et comprendre le passé replacé dans son contexte véritable ; plus elle est vive, mieux sera connu ce passé. Quand elle existe, elle permet de vérifier la véracité  et l’authenticité  des témoignages oraux.  Et  Il s’agit, pour nous, du passé récent  et de la mémoire récente  de la Guinée. C’est dire que la connaissance de la situation de notre patrimoine documentaire  nous parait d’autant plus importante qu’il a été heureusement constaté enfin que « la Guinée a déjà détruit  tropde  traces de son passé ».

Ce qu’il faut  tout simplement  espérer désormais c’est   qu’on ne tente pas  d’inventer  une autre histoire de la Guinée  en se servant de faux témoins  et des opportunistes invétérés.

 Ce sont les sources primaires dont les  trois quarts ont été détruits  qui auraient permis  aux jeunes qui n’ont pas  vécu les faits du passé de connaitre et d’entrer plus profondément  dans  la réalité de ce  passé  et de pouvoir  s’expliquer plus objectivement  certains faits qui sont annuellement  évoqués, mais dont on refuse d’expliquer le contexte, les tenants et les aboutissants.

C’est pourquoi nous militons pour l’organisation d’un débat national, public et contradictoire, sur le passé récent de notre pays tout en sachant que ceux qui risquent d’en pâtir font tout  pour qu’une telle rencontre n’ait pas lieu  du vivant de certains témoins. Car,  si ce débat  a lieu,  la plupart de ceux qui qui s’agitent actuellement et falsifient effrontément les faits pourtant avérés ne prendront pas la parole de peur d’être ridiculisés par d’autres témoignages qui les confondraient parce que   basés  sur des faits vérifiables.

 Le refus  des vrais témoins oculaires et objectifs de se manifester et de contribuer à éclairer la lampe des Guinéens  qui n’ont pas vécu les faits du passé est un handicap sérieux pour la mémoire collective d’autant que beaucoup d’entre eux disposent en outre  des archives privées enrichissantes.

Aujourd’hui par leur silence coupable, ils sont également non seulement  victimes des affabulateurs, mais aussi   de certaines médias devenues des medias d’opinion qui continuent  à semer le doute dans la tête de la nouvelle génération, sans soumettre les données recueillies ou articles parfois  télécommandés à une des exigences du vrai  journalisme : la vérification et la confrontation des sources.

Mais entendons-nous bien : il ne s’agit pas de ces « témoins » qui ont été des ambassadeurs et des gouverneurs  et qui veulent se faire passer aujourd’hui pour des résistants de la première République alors qu’on n’était pas nommé  par « hasard » à ces postes : il fallait être du sérail, dans l’entourage immédiat des personnalités influentes du pouvoir de l’époque  et les servir aveuglement quand on obtient ces promotions.  Ces faux témoins  militent même aujourd’hui  pour la réécriture  de l’histoire  de la Guinée à leur façon.

L’association des historiens de Guinée présidée par le Dr Aly Iffono essaye de remédier en partie à cette situation depuis quelques années et continue à se  battre avec un document de projet intitulé : « Rédaction de l’histoire générale de la Guinée des origines à nos jours  »  pour un coût de 1.056 .380.000 francs guinéens en  2011. Sur intervention du Président Lansana Conté, un budget spécial  avait été dégagé en 1996 à cet effet. Mais la totalité du fonds dégagé avait été détournée au Ministère de l’Economie et des Finances d’alors.

Certes, « se projeter dans l’avenir sans la mémoire de notre héritage, c’est bâtir sur du sable mouvant», pour reprendre Dr Cheick Sylla, Directeur général de la Bibliothèque Nationale de Conakry, mais  l’association des historiens guinéens  espère toujours  la réalisation de son projet pour que certains  enseignant, certains  établissements scolaires guinéen, publics ou privés cessent d’enseigner  «leur  histoire de la Guinée » et que les jeunes guinéens disposent  d’un ouvrage de référence, d’un instrument de formation sur le passé de leur pays  qu’ils pourront  enrichir par  de nouvelles recherches.

Qu’on cesse donc de nous tympaniser à toute occasion avec des interventions manipulatrices et démagogiques.  Ceux qui veulent vraiment aider les Guinéens à reconstituer les traces, au moins écrites de leur histoire, doivent plutôt  aider l’Association   des historiens guinéens non seulement   à regrouper tous ceux qui veulent se consacrer à cette entreprise nécessaire, qu’ils se trouvent en Guinée  ou l’extérieur , mais l’aident concrètement  à réaliser son projet.

Les faits historiques d’un pays  sont têtus, même si de nombreuses  sources primaires sont  sciemment détruites ou volées à dessein.

Merci de votre  attention.

Conakry, le 2 janvier 2015

Sidiki Kobélé Keita Enseignant-chercheur