L’insoutenable légèreté professionnelle de « GUINEENEWS » qui frôle

l’ethnocentrisme (2ème partie)

« En dépit de leurs affirmations, selon lesquelles ils ne font que rendre compte de ce qui s'est déroulé, les journalistes reconstruisent la réalité grâce à des méthodes qui sont sélectives. »

Cette citation de Richard LENTZ décrit bien les méthodes utilisées par GUINEENEWS dans le numéro des « grands dossiers » consacré à l’ethnocentriste pour nous parler ou raconter l’histoire « politico-ethnique » de la Guinée. Dans la première partie du dit numéro, Alpha Condé a été présenté comme le grand ennemi du combat contre l’ethnocentrisme quand les autres protagonistes ou les concurrents ou adversaires politiques de ce dernier sont oubliés par nos rédacteurs. Le site GUINEENEWS a donc délibérément fait le choix de nous relater en long et en large  la position  et le rôle joué de deux politiciens issus d’une même ethnie depuis notre indépendance tout en édulcorant le contexte ethnico- politique de « l’ère » Gl feu Lansana Conté. Et Pourtant dans cette 1ère partie de son numéro, GUINEENEWS, pouvait faire belle impression pour ce qui concerne son impartialité, s’il nous faisait part par exemple de cette déclaration de Bah Oury (pour contrebalancer le supposé comportement de Fall cité dans le même numéro)  en plein mois de ramadan que Tibou Camara ex SG de Sékhoutouréya qualifiait à l’époque d’une position tranchée qui appelle au tribalisme :

« …. Les peulhs sont les plus riches en Guinée et nous avons tout. (...) Si nous voulons affamer des gens nous le ferons …… »,   

et celle de Cellou Dalein Diallo à Boké dans sa vaine tentative d’isoler la Haute Guinée et de l’opposer aux autres régions de la Guinée, je cite :  

"……….on veut mettre les Sousous de côté, les peuhls d’un autre, la forêt, c’est la Forêt, la Haute Guinée, c’est la Guinée. Nous ne voulons pas de cette  Guinée, nous voulons une Guinée moderne…………."  et sans oublier celle de  Général Facinet Touré

« …..les Peulhs, ce sont eux qui ont tout dans ce pays-là, personne ne peut nier cela. Ils ont le cordon de la bourse, ils ont le pouvoir économique... … pour la quiétude de la société, de la cité, ils n'ont qu'à se contenter de cela, et laisser les autres ethnies se partager le reste. Si eux ils ont le pouvoir économique, nous nous partageons le pouvoir politique, il y aura la stabilité dans le pays, il y aura l'équilibre… Mais si on prend tout on met dans les mains de mes oncles … la paix c'est deux jours, le troisième jour, on va se bagarrer ». Et ce dernier s’était illustré dans ce même genre d’exercice mais en sous-marin, dont certains compatriotes font sciemment d’occulter cela ou refusent de l’admettre aujourd’hui par ce qu’à l’époque il ne s’agissait pas de leur communauté.

Dans la deuxième partie ci-contre

http://www.guineenews.org/articles/detail_article.asp?num=201211112098

du même numéro, fidèle à sa ligne éditoriale, GUINEENEWS est resté sur le même schéma. Ainsi, feu Sékou Touré est présenté à la fois comme le « héros » émancipateur et comme l’homme qui avait adopté l’ethnocentrisme comme stratégie politique, quand les autres protagonistes de la même époque sont oubliés par nos rédacteurs. Quels rôles ont joué ces derniers ? Quelle était leur position par rapport à cette problématique à l’époque ?  Il faut dire que nous sommes restés sur notre faim et pourtant la  partie a été bien annoncée par nos journalistes en ses termes « ……………. des faits historiques dans l'espoir de rappeler aux Guinéens que des politiciens guinéens ont toujours utilisé l'arme ethnostratégique pour se hisser au pouvoir ou s'opposer à un régime… ».

En sus de certaines approximations, des informations font donc manifestement défauts en ce qui concerne les rôles joués, et les positions de certains acteurs ou hommes politiques de l’époque  par rapport à cette problématique ; et pire encore le site traite ou fait passer certains membres d’une communauté comme des racistes à l’égard d’une autre communauté tout en sachant sur ce point et à l’époque que toutes les communautés sur cette question de « racisme » comme aujourd’hui sont bonnet blanc et blanc bonnet.

Par conséquent, dans cette seconde partie de notre réaction, nous essayerons de  parler de Sékou Touré et de son rôle dans l’émancipation du peuple guinéen (1) et de ce que GUINEENEWS le reproche (2), ensuite nous  aborderons succinctement dans la 3ème partie à venir la position et le rôle à l’époque des autres acteurs politiques par rapport à cette problématique (1),  la mémoire sélective de GUINEENEWS en ce qui concerne les violences électorales  ou post électorales de l’époque (2). 

Avant de développer le premier point sur Sékou Touré et la lutte d’émancipation du PDG-RDA dans cette partie, il nous paraît important de souligner que même si feu ANDRE LEWIN avait consacré le restant de sa vie à « étudier » ou à mener des recherches sur feu Sékou Touré jusqu’à soutenir une thèse sur ce dernier, cela ne fait pas de lui un historien réputé comme GUINEENEWS le  fait entendre. Feu ANDRE LEWIN avait été un diplomate de carrière ; par conséquent dire ou le citer comme historien réputé, c’est peu pesant. En outre, citer T.S.Bah comme un historien réputé est sujet à caution si nous nous fiions à ses annotations très tendancieuses sur le site WEBGUINEE. L’autre légèreté professionnelle, c’est présenté feu Yacine Diallo, le premier député guinéen comme l’un  des champions de l’émancipation. C’est indiscutable que c’est ce dernier qui avait été le premier a mené sur le plan local surtout au Fouta-Djalon dernier bastion des esclavagistes guinéens, ce combat parlementaire des députés africains à l’assemblée française (la loi dite Lamine Gueye). Mais Yacine Diallo lui-même issu d’une des nombreuses familles nobles qui tiraient profits de l’esclavage au Fouta-Djallon à l ‘époque, et ses accointances politiques avec la puissance colonisatrice via l’administration coloniale en place,  ne pouvait donc pas faire de ce combat d’émancipation son cheval de bataille politique et idéologique. Ce qui fait qu’il ne peut en aucun cas être présenté comme un champion dans cette lutte. Il fallait attendre l’arrivée de Sékou Touré, de Saifoulaye Diallo, de Béavogui etc… sur la scène politique nationale pour que ce combat prenne une autre ampleur d’une autre nature.

  1. 1.      Feu SékouTouré le « héros » émancipateur.

      GUINEENEWS en nous racontant l’histoire politico-ethnique de la Guinée, a profité avec cette subtilité journalistique bien connue de tous ; dénaturer la vérité, déformer la réalité, voire criminaliser Alpha Condé et Sékou Toué de façon à aller dans une seule direction cette histoire de l’indépendance et de l’histoire politique récente de la Guinée, tout en diaboliser également leur ethnie d’origine, à laquelle il s’en est pris dans ce numéro  à travers ces personnalités et d’autres (, le cas Fall plus haut en oubliant le raciste Bah Oury dénoncé par le propre parti de ce dernier), et tout cela de façon subtile s’il vous plait.   C’est ainsi que le site nous rapporte en ce qui concerne la lutte d’émancipation du PDA-RDA ce paragraphe ci-dessous avec une approximation déconcertante et qui frôle le ridicule, je cite :

 «….Il avait intégré l'union mandingue dès sa création, mais  trouva leur programme assez restreint pour ses ambitions nationalistes. Il avait alors approché Madeira Keita (d'origine malienne)  qui avait créé en 1946 un petit parti politique, le Parti Progressiste Africain de Guinée, qui ambitionne de transcender les partis ethno-régionaux d'alors. Le 18 octobre 1946, le Rassemblement Démocratique Africain (RDA) est créé à Bamako pour jeter la base d'une approche transversale plutôt qu'ethno-régionale de l'exercice des activités politiques. ………….. ».

GUINEENEWS nous résume ici et de façon laconique la rentrée sur la scène politique de feu Ahmed Sekou Touré  et la lutte d’émancipation de ce dernier; pis le site ne nous livre rien  de pertinents tout au long de ce chapitre qui pourraient corroborer ce titre ampoulé « la lutte d'émancipation du PDG-RDA » à part le départ de Sekou Touré de l’union mandingue, et la ligne transversale et non ethno-régionale dictée et prônée par le parti PDG-RDA à l’époque. Ce qui est une fois encore peu pesant de la part de notre site.  Quels ont été les actes posés dans ce sens par  feu Sékou Touré ou le PDG-RDA ? Que dalle dans cet article !  Peut-être le lecteur ne devrait pas en savoir plus par ce que ce serait un travail supplémentaire comme le fait le dénommé T .S Bah sur le site WebGuinée avec ses annotations tendancieuses pour mieux guider le lecteur dans le sens qu’il veut que le lecteur comprenne l’auteur de surcroit impartial qui n’est ni malinké, ni soussou, ni même africain donc loin de nos considérations ethniques partisanes et de nos penchants tribaux.

Contrairement à ce que GUINEENEWS veut nous faire croire pour du vrai;  nous rappelons aux chers (es) lecteurs et lectrices que feu Ahmed Sékou Touré n’avait jamais inscrit son avenir politique national dans le cadre de l’union mandingue. Pour illustrer cela, rappelons ici la carrière syndicale de feu Sekou Touré : En 1945 Secrétaire Général du Syndicat du personnel guinéen des P. T. T avant d’être  Secrétaire Général du Syndicat des employés du Trésor ; en 1948 Secrétaire Général de l'Union territoriale de la C.G.T., et en 1950 Secrétaire Général du Comité de coordination des syndicats C.G.T. en A.O.F  au Togo, etc….. Et l’histoire politique africaine de cette époque nous enseigne aussi que le mouvement syndical a été inséparable du mouvement nationaliste. Partant de ces deux faits indéniables, nous sommes loin de ce que le site d’information affirme dans cette phrase ci-dessus :

 «….Il avait intégré l'union mandingue dès sa création, mais  trouva leur programme assez restreint pour ses ambitions nationalistes…. Il avait alors approché Madeira Keita (d'origine malienne)  ……….. »  

Le départ de feu Ahmed Sékou Touré de l’union mandingue était liée à l’accointance de cette dernière (comme d’autre organisation ou groupement de même acabit) avec l’administration coloniale que feu Sékou Touré cherchait à combattre, et aussi à cause du sentiment de supériorité d'une ethnie sur les autres qu’il combattait et qui était vantée par l’union mandingue (histoire glorieuse) et les 2 autres groupements (les peuls au sein de l’amical Gilbert Vieillard) : qui se considéraient descendants des blancs, les soussous (au sein du Comité de la Base Coté) : qui se considéraient les premiers à être en contact avec les européens.  Et ce départ de l’union mandingue, et cette ligne politique transversale proclamée par le PDG-RDA à l’époque n’expliquent pas à eux seuls la lutte d’émancipation du PDG-RDA ; cette dernière a été menée sur le plan légal, je veux dire législatif et juridique que GUINEENEWS n’a pas jugé nécessaire de nous les rappeler dans son article. On peut citer entre autres : l’arrêté du 31 décembre 1957 dans la cadre de la suppression des chefferies traditionnelles qui était un pilier central de l’administration coloniale ; la transformation radicale des conditions des « runndebe » au Fouta-Djallon en donnant à ces derniers et à chacun « sa tête et sa liberté » [1], l’interdiction de l’esclavage etc…, ce dernier point peut paraitre anodin, mais malheureusement c’était une réalité à l’époque même aujourd’hui à ailleurs et dans une moindre mesure. Et voilà l’homme qui avait participé avec d’autres bien sûr comme Saifoulaye Diallo, Lansana Béavogui, à ce noble combat national, continental et mondial qui est cloué au pilori dans le même article  en lui reprochant d’adopter l’ethnocentriste comme stratégie politique, comme si les rivaux en face et à l’époque étaient des altruistes dans ce domaine. Toujours dans le même schéma, Alpha est décrié sur cette problématique, et ces rivaux sont oubliés d’être cités à côté (aller savoir pourquoi).

 2.      Feu SékouTouré, « l’ethno stratège » .

En faisant exprès d’ignorer les contingences de rivalités ethniques de l’époque et instrumentalisées par la France après l’indépendance; de quoi GUINEENEWS reproche à feu Ahmed Sekou Touré dans cette 2ème (http://www.guineenews.org/articles/detail_article.asp?num=201211112098)

et dans les autres parties de ce numéro, c’est d’avoir survécu à la violence ethnique et politique de son époque, de ne pas être mort comme tous les autres révolutionnaires de l’époque, d’avoir échappé au martyr et de ne pas se laisser avoir par naïveté politique et idéologique comme Lumumba. On rappellera à juste titre que feu Ahmed Sékou Touré  a vécu entre plusieurs assassinats de 1958 à 1973 : assassinat  de Ruben Um Nyobe (1958), Felix Moumié (1960); Lumumba ; Okito ; Mpolo (1961), Olympio (1963), et Cabral (1973) tous ont été trucidés, et nous connaissons tous aujourd’hui ceux qui étaient (à l’intérieur des pays comme à l’extérieur) derrière ses crimes horribles. Nkrumah, déposé  en 1966.On lui reproche grosso modo de ne pas figurer parmi ses martyrs. 

C’est qui est irréfutable c’est que la France a empêché Sékou Touré de montrer ce dont il était capable par pur ressentiment à son égard, et aussi pour éviter que le succès du « NON » enregistré en GUINEE n’entraîne d’autres pays dans le même sillage.

Dans le cas de feu Ahmed sékou Touré, pardon de la Guinée, et comme aujourd’hui dans le cas des révolutions arables, les puissances occidentales et capitalistes s'appliquent à faire en sorte que les rêves d'émancipation des pays pauvres se transforment en cauchemar (la Libye, l’Egypte, la Syrie et dans quelques années l’Iran). Sékou Touré n’est donc pas responsable de l’échec de son projet d’émancipation. La France et ses valets guinéens c’est-à-dire les rivaux politiques de feu Sékou Touré et du PDG-RDA en sont les premiers responsables comme le rapporte B Ameillon dans : La Guinée : Bilan d'une Indépendance, Paris, Maspéro, au sujet des rivalités ethniques historiques et celles de l’époque (la concurrence pour l’emploi en Base Côte) entre peuls et soussous :

« …….La chefferie guinéenne essaya de tirer parti de cette rivalité à la fois économique et ethnique pour susciter des troubles susceptibles de mettre en difficulté le gouvernement P.D.G………….. » et plus loin le même auteur nous rapporte :

« …………..Ce fut donc un réseau spontané de comploteurs qui se forma dès l'application de l'arrêté supprimant la chefferie. Il groupait tout à la fois une multitude de sous-fifres aussi obscurs que dévoués et les dirigeants des partis d'opposition, Barry III et Barry Diawadou…………. » Feu Sékou Touré devrait-il rester impassible ou indifférent face à ses horribles manipulations politiques et ethniques avérées de la part de ses rivaux politiques ? 

 

A suivre….

Taliby DIANĒ, France. 

 [1] «Stigmates sociaux et discriminations religieuses : l'ancienne classe servile au Fuuta Jaloo »  Roger Botte, Année   1994

  http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/cea_00080055_1994_num_34_133_2042