Message à  l’occasion de la Journée internationale de la femme 2013

par Michelle Bachelet, Directrice exécutive d’ONU Femmes

 

Le changement est possible et le changement arrive.

A l'occasion de la Journée internationale de la femme, je rejoins chaque personne qui croit que le changement est possible. Nous sommes mus par le principe fondateur des Nations Unies : l’égalité des droits de l’homme et de la femme.

Dans le monde entier, le silence et l’indifférence faiblissent à mesure que nos voix s’élèvent. Le changement est possible. Mieux, le changement se produit !

Ce changement se produit lorsque pour la première fois dans l’histoire olympique, les équipes olympiques de tous les pays comportent des femmes, comme ce fut le cas à Londres, l’été dernier.

Ce changement se produit lorsque des citoyens dans le monde entier expriment leur solidarité envers une jeune Pakistanaise sur qui l’on a tiré parce qu’elle défendait le droit de toutes et de tous à l’éducation, une fille prénommée Malala.

Ce changement se produit lorsque des protestations s’élèvent à travers le monde entier, lorsque des femmes et des hommes, des jeunes et des moins jeunes, se soulèvent et disent non à la violence à l’égard des femmes.

Aujourd’hui, à l’occasion de la Journée internationale de la femme, j’ai un message à deux facettes à vous partager. C’est a la fois un message d’espoir, mais aussi un message d’indignation.

J’éprouve de l’espoir, car la prise de conscience et les actions en faveur des droits des femmes progressent. La conviction que « trop, c’est trop » gagne du terrain. 

Mais en même temps je suis indignée, car les femmes et les filles sont encore régulièrement victimes de discrimination, de violence et d’exclusion. Elles sont quotidiennement incriminées, elles sont condamnées à ressentir de la honte pour les actes de violence commis contre elles, et elles cherchent bien trop souvent à obtenir justice en vain.

Mon message est simple et direct. Cette année, à l’occasion de la Journée internationale de la femme, nous disons que trop, c’est trop. Le 21e siècle ne peut tolérer la discrimination et la violence envers les femmes et les filles. Il est temps que les gouvernements tiennent leurs promesses et qu’ils protègent les droits de la personne conformément aux conventions et aux accords internationaux qu’ils ont signés. Une promesse est une promesse.

Lorsque nous avons mis sur pied ONU Femmes il y a 26 mois, nous avons déclaré l’élimination de la violence envers les femmes l’une de nos priorités absolues. Nous sommes bien conscients du fait que cela nécessite un changement d’attitude et une avancée significative sur la voie de l’égalité des droits, de l’égalité des chances et de la participation et tout particulièrement en matière de prise de décisions.

En novembre dernier, j’ai envoyé un message au nom d’ONU Femmes à tous les chefs d’État et de gouvernement des Nations Unies. Je leur ai demandé de S’ENGAGER et d’annoncer de nouvelles actions visant à prévenir et à mettre fin à la violence envers les femmes et les filles. Environ 40 gouvernements se sont engagés. Je lance un appel à tous les gouvernements pour qu’ils s’engagent à agir afin de mettre fin à la violence envers les femmes.

Alors que nous célébrons cette Journée internationale, des représentants des gouvernements, des organisations non-gouvernementales et de la société civile sont réunis au siège des Nations Unies pour participer au plus grand rassemblement international visant à mettre fin à la violence envers les femmes. À cette 57e session de la Commission de la condition de la femme, les gouvernements sont en train de négocier un guide mondial des actions à mener pour prévenir et mettre fin à ces violations généralisées des droits de la personne.

Il y a dix ans, lorsque les nations se sont réunies dans le cadre de ce forum pour discuter du même thème, elles ne sont pas parvenues à un accord. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas permettre un désaccord ou de l’indécision. Nous n’avons pas le droit d’empêcher l’accomplissement de progrès en faveur des femmes du monde entier.

Oui, un changement est possible. Mieux, un changement se produit ! Mais vu les atrocités commises chaque jour, nous devons nous poser les questions suivantes : ce changement se produit-il assez vite ? Combien de femmes et de filles doivent-elles encore être violentées ? Combien de familles doivent-elles encore souffrir ?

Le droit d’une femme à vivre à l’abri de la violence dépend d’un solide système judiciaire. Les pays qui promulguent et font respecter des lois relatives à la violence envers les femmes affichent un moindre taux de violence fondée sur le genre. À l’heure actuelle, 160 pays disposent de lois combattant la violence envers les femmes. Néanmoins, une loi n’a que la force que lui donne son application, et dans de trop nombreux cas, ces lois ne sont pas appliquées.

Unissons-nous donc pour l’adoption de lois et de politiques fortes, et pour leur application efficace. Unissons-nous pour prévenir la violence, pour éduquer l’opinion publique et pour que soient mis en place des programmes qui offrent des services essentiels aux victimes et aux rescapées de violences.

Aujourd’hui, et tous les jours, nous disons

NON à la discrimination et à la violence envers les femmes et les filles !

NON à la violence domestique et à la maltraitance

NON au viol et aux violences sexuelles !

NON à la traite des êtres humains et à l’esclavage sexuel !

NON aux mutilations génitales féminines !

NON aux épouses enfants et aux mariages d’enfants !

NON aux meurtres commis au nom de l’honneur ou de la passion !

NON au féminicide !

NON à l’impunité !

Et nous disons OUI à la paix, aux droits de la personne, à la justice et à l’égalité !

Aujourd’hui, à l’occasion de la Journée internationale de la femme, et chaque jour, faisons preuve de courage, de conviction et d’engagement. Ensemble engageons nous a partager le message suivant : les problèmes qui touchent les femmes sont des problèmes d’importance mondiale méritant d’être considérés comme une priorité absolue. Il ne pourra y avoir de paix ni de progrès tant que des femmes vivront dans la crainte de la violence.

Je vous remercie.