La Complainte de la Femme Africaine

( Par : feu Ahmed Sékou Touré Président de la République de Gunée )

 

AIME, aime ta sœur

Homme d’Afrique

Comme toi,

Je veux vivre

De liberté et dignité,

Sous les rayons égalitaires

Du soleil de la Réhabilitation :

Soleil d’Afrique

Rendu à nos peuples

Après la longue éclipse

Inscrite en lettres rouges

Dans le registre

De l’histoire vécue

La nuit a trop duré

Sans lune, sans étoiles

Tout a été mystère

Pour moi.

Fidèle compagne

Qui te portait

Au dos

Quand tu portais le colon

Ou son féodal ami

Dans le hamac de la honte,

En ces tristes temps

De travail forcé

OUVRE, ouvre la porte,

Homme d’Afrique !

Ouvre-moi la grande porte !

J’ai besoin d’Oxygène

De parfum et de repos.

D’égalité sociale.

Et de démocratie économie

Dont tu m’entretenais souvent

Quand la lutte contre l’occupant

Réclamait mon soutien.

Justice et d’émancipation

Furent nos objectifs communs.

Et comme toi,

Et avec toi,

J’ai combattu courageusement

Pour que l’aurore

De la nouvelle vie

Comme la rose de notre jardin

S’épanouisse totalement

En nos âmes

Rajeunies et vivifiées

Le bonheur humain

N’a ni sexe, ni couleur :

Il ne tolère ni division,

Ni soustraction.

  

LIBERE, libère-moi la vie.

Homme d’Afrique !

Libère-moi la grande voie

Du progrès et de la joie.

Car je souffre

De ce dont tu souffrais

Toi que l’indépendance

A sauvé

L’humiliation,

L’inégalité,

L’irresponsabilité

Voilent encore mon visage.

Triste réalité humaine !

Le manteau de honte

Entrave encore ma marche

Libère mon esprit !

Libère mes bras !

Libère mes jambes !

Libère mes ailes

Ô ! Homme d’Afrique !

Soustrais mon corps

A la pesanteur du passé.

La liberté de la dignité

L’Unité dans le progrès

Epellent le futur.

 

AIDE-MOI !

Homme d’Afrique

Mon frère, mon ami.

Aide-moi à parfaire

Mon existence.

A la débarrasser

Des poux et des punaises.

Des épines et du coussinet

De la servitude.

La vie m’étouffe et m’e repousse :

Elle répugne à mon âme

Au lieu de m’attirer.

Aide-moi mon frère et mon compagnon

A poser le fardeau

De souffrance

Qui noircissent mes dents

Et tarissent mon rire

Mes seins ne sont pas des cailloux

Ni mes cheveux des feuilles

Agitées au gré des vents.

Ma hanche n’est pas un tronc de palmier.

Mes yeux veulent désormais

Apprécier et choisir

L’objet libre de mon cœur libre.

 

Grandis ma condition

Homme d’Afrique !

Elève ma dignité

Vers le ciel

Et qu’elle s’épanouisse

Sur le front du soleil !

Fondation de l’édifice humain

De toute Société.

J’ai besoin

Non de la boue qui salit

Mais de la force qui soutient

Maçon du cerveau

Et sculpteur de jeunes âmes.

Tu n’es pas majeur

Car je suis irresponsable.

Respecte, respecte-toi

En me rendant

Ce dont je te comble.

Je suis racine,

Et tu es tronc.

De notre communauté,

Les branches et les fruits

Dépendant directement.

Serais-tu air sans oxygène ?

Fruit sans vitamine ?

Non mon frère, mon ami

Brise les lois du passé.

Le passé mort et ses coutumes

De sécheresse humaine

 

RESPECTE-MOI. Respecte-toi

Homme d’Afrique !

Je ne suis pas un objectif

Anonyme et inerte

Je ne suis ni le sel ni le miel.

Je ne suis ni daba, ni kola, ni mouton

Pour être sacrifiée

A tes exigences :

Celles que tu nourris

Pour agrandir ton bonheur.

De considération,

D’instruction et de savoir-faire

J’ai besoin, moi aussi.

Dans les usines et dans les bureaux.

Dans les laboratoires et ailleurs :

Je veux être ton régal.

Je veux donner pour mériter

De recevoir.

Le pacte social qui nous lie

Commande

L’amour de la patrie,

L’efficacité et l’Unité.

Comprends ma tristesse

Homme d’Afrique !

Nous sommes à un port,

L’étape de la servitude est révolue ;

Rejoignons ensemble la nouvelle cité

Si accueillante et plantée

De fleurs rouges, jaunes et vertes.

 

FEMMES d’Afrique

Levons-nous !

Comme le feu

Nous sommes l’énergie,

Comme l’air

Nous sommes indispensables,

Comme l’eau

Nous sommes la source,

La source de toute vie animée.

 

FEMMES d’Afrique

Unissons-nous

Et agissons en communions !

Le chantier est à tous

L’avenir en création

Est dans la sueur du front

Et dans le sang ces veines.

Il sera à nous.

Préparons avec courage le voyage

Qui mènera constamment

Nos maris et nos enfants

Au port de la pureté

Où est bannie la tutelle

De ceux qui rient

Quand nous pleurons.

Le beau temps arrive.

Nos maris devenus nos amis,

Et nos enfants, nos frères et nos sœurs,

Sont tous de la ronde,

La ronde de la Révolution

Pour fêter ensemble la victoire finale :

Victoire des femmes,

Victoire des hommes

Victoire de l’humanité

Qui renaît pour ne plus mourir.

 

ast1