554978_3629652857071_481269594_n-1AHMED SÈKOU TOURÉ, L'HOMME ET LE COMBATTANT
Mais qui était Ahmed Sékou Touré, ce fier fils de Guinée ? Avant de passer la parole à d'autres, nous croyons utile de consacrer ici quelques lignes à ce qui peut paraître comme un bref aperçu biographique d'Ahmed Sékou Touré homme, et d'Ahmed Sékou Touré le combattant de l'Afrique moderne. Cette pause nous paraît nécessaire dans la mesure où elle pourrait aider à mieux saisir la vraie personnalité de l'homme, ses motivations profondes, la nature du destin qui sera le sien, un destin illustre.
I - Activités politiques et syndicales :
Né le 09 janvier 1922 à Faranah, en Haute Guinée, Ahmed Sékou Touré était l'arrière-petit fils de l'Almamy Samory Touré, par sa grande mère maternelle Bagbè Ramata Touré, l'une des filles du prestigieux Almamy, combattant célèbre et intrépide nationaliste africain qui résista dix-huit ans durant contre la pénétration française.
Comme il était de coutume dans les familles musulmanes de l'époque, le jeune Ahmed Sékou Touré fréquenta l'école coranique arabe dès sa plus tendre enfance. Par la suite, il fut inscrit à l'école primaire française dont il ne tardera pas à découvrir le rôle dépersonnalisant et aliénateur.
En effet, au cours d'une leçon d'histoire, un instituteur africain, spécialement dressé par le pouvoir colonial, invita le jeune Sékou Touré à reconnaître que son illustre aïeul, l'Almamy Samory Touré, héros de la résistance africaine à la pénétration coloniale, n'était rien d'autre qu'un « aventurier sanguinaire». Sékou Touré rejeta avec hauteur une semblable défiguration monstrueuse de l'histoire et, malgré son jeune âge, il trouva le verbe nécessaire pour rétablir la vérité historique. Ce fut un de ses premiers affrontements avec la furie colonisatrice.
Dans son parcours scolaire, il réussit successivement à l'examen du Certificat d'Études Primaires Élémentaires et au concours d'entrée à l'École Primaire Supérieure (E.P.S.) de Conakry. Mais, à la suite d'une protestation dénonçant l'attitude inhumaine du directeur de l'établissement resté indifférent à la morsure par un serpent d'un jeune élève alors que celui-ci travaillait illégalement dans la plantation personnelle du directeur, Sékou Touré fut rayé sur la liste des candidats admis à l'E.P.S. Et, à partir de cette date, il fut étroitement surveillé, un dossier spécial lui ayant été consacré avec la mention : «Individu dangereux».
Mais malgré le choc psychologique résultant de cette injustice flagrante, le jeune élève sut puiser en lui-même la force morale nécessaire pour étudier par ses propres moyens, avant de se présenter, avec succès en 1937, au concours d'entrée à l'École Professionnelle Georges Poiret de Conakry.
Dans cet établissement, il fit une plus ample connaissance de l'objectif de l'école coloniale, organisée pour former des aliénés, hommes étrangers à leur peuple et à ses intérêts supérieurs. Il sut organiser la lutte et fomenter de nombreuses grèves.
Renvoyé d'une section à l'autre à la suite de nombreux incidents avec les autorités scolaires, il fut définitivement exclu en 1938 par l'Inspecteur de l'enseignement à la suite d'une vive altercation avec le directeur de l'école.
Cette fois-ci, le persévérant bagarreur sut prendre son parti. Il ne s'assiéra plus sur les bancs de l'école coloniale. Sa volonté d'étudier, de se former dans toutes les disciplines, n'en fut que décuplée. Possédant un don extraordinaire en mathématiques, doué d'une mémoire prodigieuse, observateur à l'analyse pénétrante et, par-dessus tout cela, brûlant d'un amour intense pour la liberté et le progrès de son peuple, Sékou Touré se lança à corps perdu dans une double bataille : - s'instruire en autodidacte qu'il était devenu, et celle aussi d'organiser son Peuple dans la lutte de libération nationale.
Il vécut alors l'une des périodes les plus intenses de sa palpitante et exceptionnelle existence. En sortant des réunions syndicales ou politiques, il rejoignait les groupes d'études du marxisme qu'il quittait tard la nuit, pour ouvrir dans sa chambre, éclairée par une lampe à pétrole, ses cahiers et ses livres de mathématiques et de sciences. Il ne s'endormait qu'à l'aube, pour se réveiller et vaquer à ses activités. En outre, il s'adonna à la lecture intense d'ouvrages divers et, pour parfaire sa formation intellectuelle et professionnelle, il suivit aussi des cours par correspondance.
De 1939 à 1940, Sékou Touré passa d'un métier à l'autre : apprenti-maçon, ajusteur et autres.
De 1940 à 1941, il fut commis aux écritures à la Compagnie du Niger français et, en septembre 1941, grâce à une ténacité à toutes épreuves, il réussit brillamment au concours des commis du Cadre Secondaire des postes et télécommunications.
En 1948, il fut honorablement admis aux épreuves de recrutement des  Comptables des trésoreries du Cadre Supérieur de l'Afrique occidentale Française (A.O.F.). Cependant, il faut rappeler à propos qu'Ahmed Sékou Touré n'intégra pas l'administration coloniale pour y faire carrière, mais pour y porter la grande lutte dans le cœur même du pouvoir oppresseur de son peuple.
Dès son entrée aux Services des postes télégraphiques et téléphoniques (P.T.T.), il organisa les travailleurs africains dans l'action syndicale et, le 18 mars 1945, en pleine guerre, il créa le premier syndicat professionnel des agents et sous-agents indigènes des transmissions dont il devient le Secrétaire Général. A partir de cette plate-forme, son action anticolonialiste alla en s'amplifiant, de même que ses responsabilités dans la lutte de libération nationale, comme il est facile de le constater par les processus historiques ci-après de son implication personnelle dans la lutte persévérante et constamment motivée :
1945 : Élu membre de la Commission consultative fédérale du travail de l'Afrique Occidentale Française (A.O.F.) ;
1945 : Membre de la commission consultative territoriale de la Guinée dite française ;
1945 : Membre des commissions parlementaires et administratives du pays ;

1945 : Secrétaire Général de l'Union des employés du trésor en Guinée ;
20 décembre 1945 au 4 janvier 1946 : Sékou Touré le syndicaliste, homme d'action et organisateur de talent, pressent déjà l'importance de la grève des masses dans la lutte de libération nationale. Aussi déclenche -t-il le premier conflit collectif d'après-guerre : cette grève paralyse pendant quinze jours toutes les communications télégraphiques et téléphoniques du territoire.
Avril 1946 : II participa au Congrès de la Confédération Générale du Travail (C.G.T.) à Paris, assista au Conseil national du travail, à la conférence nationale des postiers métropolitains et dirigea à cette occasion la filiale guinéenne de la C.G.T.
Octobre   1946 :   Membre   fondateur   du   Rassemblement   Démocratique Africain (R.D.A.) dont il fut le rapporteur de la commission des questions sociales du congrès constitutif tenu à Bamako, chef lieu du territoire du Soudan français (actuelle République du Mali) ;
14 Mai 1947 : Membre du Comité Directeur du PDG, section guinéenne du RDA, il occupa le poste de secrétaire aux affaires économiques et sociales ;
1948 : Secrétaire Général de l'Union territoriale de la Confédération générale du travail (C.G.T.) ;
22-27 octobre 1951 : Élu secrétaire général du Comité de coordination des syndicats C.G.T. pour l'A.O.F. et le Togo à l'issue de la 3eme conférence de la C.G.T. (Centrale métropolitaine et filiales africaines) tenue à Bamako ;
1952 : Devint Secrétaire Général du Parti Démocratique de Guinée (PDG), section guinéenne du RDA ;
2 Août 1953 : Élu Conseiller du cercle de Beyla lors des élections territoriales partielles ;
21 septembre - 30 novembre 1953 : La grève des 72 jours pour l'application effective du texte du Code de travail d'Outre-mer promulgué le 15 décembre 1952, impose définitivement le camarade Sékou Touré tant en Afrique que dans le reste du monde comme «l'homme africain décisif» (Aimé Césaire) ;
2 janvier 1956 : Ahmed Sékou Touré est élu député à l'Assemblée nationale française, sur la liste RDA, avec notre camarade Saïfoulaye Diallo. Il créera la Confédération Générale des Travailleurs de l'Afrique (C.G.T.A.) ;
18 novembre 1956 : Ahmed Sékou Touré est élu maire de la ville de Conakry ;
1957 : - Membre du Comité de coordination du Rassemblement Démocratique Africain, il en devint le Vice-Président.
-    Il   participera  à   l'institution  de  l'Union   Générale  des  Travailleurs d'Afrique Noire (U.G.T.A.N.) ;

14 mai 1957 : Vice -Président du Conseil de gouvernement colonial autonome de la Guinée française à la suite de l'entrée en vigueur de la loi-cadre Gaston Defferre de 1956, Ahmed Sékou Touré est également élu par l'Assemblée territoriale de Guinée au Grand Conseil de l'A.O.F., à Dakar ;
25 Août 1958 : Face au Général Charles de Gaulle, chef du gouvernement français en campagne en Afrique pour donner une forme adaptée à la colonisation, Ahmed Sékou Touré lancera cette phrase historique : «Nous préférons la liberté dans la pauvreté à l'opulence dans l'esclavage... Nous ne renoncerons jamais à notre droit légitime et naturel à l'indépendance. » ;
28 septembre 1958 : Le Secrétaire Général du PDG engagea le peuple de Guinée à opposer un «non» décisif et courageux au référendum proposé par la France coloniale du Général De Gaulle, optant ainsi pour l'indépendance de la Guinée parmi les autres territoires sous domination française ;
2 octobre 1958 : Ahmed Sékou Touré conduisit la Guinée à l'indépendance, soixante années après son invasion par les colonisateurs. L'Assemblée Territoriale, érigée en Assemblée Nationale Constituante, proclama solennellement la République de Guinée et donna au camarade Ahmed Sékou Touré l'investiture lui permettant de former et de diriger le premier gouvernement de la Guinée souveraine, en sa qualité de Chef de l'État ;
Octobre 1958 : Ahmed Sékou Touré est élu président de l'Union Générale des Travailleurs d'Afrique Noire (U.G.T.A.N.) ;
23 novembre 1958 : Ahmed Sékou Touré et Kwamé Nkrumah posent les jalons des "États-Unis d'Afrique" en créant l'Union Ghana-Guinée ;
12 décembre 1958 : Admission de la République de Guinée à l'O.N.U. sous le parrainage de l'Iraq et du Japon ;
1959 : A) - Mettant fin à la prolifération des organisations de jeunesse sciemment créées par le régime colonial, et qui étaient un facteur de division, le parti mit en place un mouvement national unique qui prit le nom de jeunesse de la Révolution Démocratique Africaine (J.R.D.A.) ;
          B) - Dans la même foulée, il fut mis en place une centrale syndicale unique appelée «Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée» (C.N.T.G.), et un mouvement unique des femmes connu sous le nom d'Union Révolutionnaire des Femmes de Guinée (U.R.F.G.) avant à sa tête un Comité National des Femmes de Guinée (C.N.F.G.) :
1er mars 1960 : Création de la monnaie nationale guinéenne, non liée à aucune zone monétaire étrangère et jouissant d'une indépendance d'action réelle à travers son institut national d'émission à la B.C.R.G. Dès le départ, il a été compris que la devise guinéenne ne s'effacera éventuellement qu'au profit d'une zone monétaire africaine plus vaste et non liée à une puissance étrangère quelconque ;

Octobre 1960 et octobre 1962 : Le Président de la République de Guinée prit part aux travaux des 15eme et I7eme sessions de l'Assemblée Générale des Nations Unies au cours desquelles il fit adopter la résolution n°1514 sur le droit des peuples à l'autodétermination,
Janvier 1961 - Janvier 1968 et 1974 - 9 mai 1982 : Le peuple de Guinée honore Ahmed Sékou Touré en lui renouvelant sa confiance au cours de quatre élections présidentielles à la tête du pays ;
1963 : Le chef de la Révolution guinéenne, le camarade Président Ahmed Sékou Touré, est l'un des pères fondateurs de l'Organisation de l'Unité Africaine (O.U.A.) dont la charte constitutive est signée le 25 mai à Addis- Abéba (Ethiopie) ;
Septembre 1967 : Plébiscité Secrétaire Général du huitième congrès national du parti, Ahmed Sékou Touré est élevé au rang de Responsable Suprême de la Révolution, fidèle serviteur du Peuple ;
27 et 28 septembre 1968 : Transfert historique des cendres de l'Almamy Samory Touré, Alpha Yaya Diallo et de Morifindian Diabaté, trois héros de la résistance contre la colonisation française. Le mausolée de Camayenne, préparé à leur intention, leur sert désormais de dernière demeure.
Mai 1969 : Le Responsable Suprême de la Révolution échappe de justesse à l'attentat criminel perpétré contre sa personne par le mercenaire Tidiane Keïta, lors de la réception populaire organisée à l'occasion de la visite du Président Kenneth Kaunda de la Zambie. Les enquêtes, au cours desquelles le commissaire Mamadou Boiro fut assassiné par des parachutistes mutins, aboutirent à l'arrestation du colonel Kaman Diaby et du ministre Fodéba Keïta en même temps que d'autres éléments des forces armées.
22 novembre 1970 : A la tête de son peuple en armes, le camarade Ahmed Sékou Touré repoussa victorieusement la perfide agression impérialo-portugaise fomentée contre la souveraineté de la République libre de Guinée, ceci, avec la complicité d'apatrides guinéens de l'intérieur et de l'extérieur.
1976 : Découverte d'une conspiration militaro-civile impliquant des membres du gouvernement, dont Boubacar Telli Diallo notamment et le capitaine Lamine Kouyaté, commandant de la première zone militaire de Kindia et ancien Aide de camp du chef de l'État.
Octobre 1980 : Attentat à la grenade, au Palais du peuple, contre la personne du camarade Président Ahmed Sékou Touré qui présidait des manifestations artistiques et culturelles nocturnes. Si le Chef de l'État sortit indemne de l'épreuve, il n'en fut pas de même d'autres spectateurs dont bon nombre portent pour le reste de leur vie les traces physiques de cet acte terroriste sans précédent dont les auteurs courent toujours.

16 au 22 novembre 1983 : Assises du douzième Congrès National du PDG-RDA à Conakry. Tirant les leçons de la gestion du parti et de l'État depuis l'accession du pays à l'indépendance en 1958, le congrès approuva un programme hardi d'ouverture politique, administrative et économique destiné à accélérer la marche de la nation vers le plein développement dans tous les domaines de la vie du peuple.
26 mars 1984: L'homme propose, Dieu dispose. Au lendemain du I2eme. congrès national du parti, notre pays fut brutalement frappé par deux événements majeurs aux conséquences néfastes. C'est d'abord les secousses sismiques de Koumbia (Gaoual) qui ravagèrent la partie nord - ouest de la Guinée. Ensuite, ce fut le brutal rappel à Dieu, son Créateur, du leader de la Révolution africaine de Guinée, notre grand et inoubliable camarade Ahmed Sékou Touré en ce jour du 26 mars 1984, sur son lit d'hôpital à Cleveland (USA). Et comme si ces deux épreuves n'étaient pas suffisantes, le sort s'acharna encore contre le pays et ses institutions en provoquant le coup d'État militaire du 3 Avril 1984 suivi du changement de régime politique que l'on connaît.

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