La Communauté africaine vivant aux Etats-Unis a commémoré ce dimanche 15 avril 2012  à New York, le 63e anniversaire de l’invention de l’écriture N’ko sous la haute présidence de Son Excellence Monsieur Mamadi Touré, Représentant Permanent de la République de Guinée auprès des Nations Unies.

La civilisation d’un peuple se mesure sur l’étendue de sa littérature qui repose essentiellement sur une langue à travers laquelle elle est exprimée. La nôtre est le N’ko qui est entrain de s’inviter dans l’histoire humaine comme une langue de science que certaines grandes organisations et universités ont commencé à utiliser dans leurs programmes en plus de sa propagation dans la communauté Ouest-Africaine.

C’est pourquoi, les intellectuels, les hommes de lettres, les ressortissants des pays de l’Afrique de l’Ouest et  les sympathisants
de l’écriture N’ko se sont retrouvé dans une ambiance festive et conviviale ce week-end dans la grande salle des fêtes de l’Avenue
Gérard de Bronx pour glorifier la création de N’Ko par le savant Solomana Kanté.

Outre Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur Mamadi Touré,  plusieurs autres personnalités étaient présentes  à cette cérémonie. Notamment,l’héritier de Solomana Kanté, Baba Mamadi Diané professeur à l’Université de Caire en Egypte, Aboubacar Diakité, professeur de N’Ko et chef du département des langues de l’Afrique de l’Ouest à la célèbre Université Harvard de Boston, le fils de Solomana Kanté,Amadou Kanté, le Président de l’Association Manden n’ko, Moussadian Kourouma, le directeur de la Radio Mandingue Billo Sanoh, la Présidente des femmes du Manden, Fatoumata Magassouba, le Doyen Elhadj Karamo Keita et nos Imams de la place, Mohamed Djounidi Diaby, Saidou Kaké, Bérété …

Mais s’il y a y une présence qui a retenu beaucoup plus l’attention de l’audience, c’était  celle de Mr Howard Gutowitz, Citoyen américain travaillant au compte de l’Entreprise EATONI de Manhattan (New-York) pour la conception en 2011 de l’application numérique  « TwTool N’KO » compatible avec les programmes de I-Phone, de I-Pad et du Macintosh.

Sans oublier bien sûr, Mme Sarata Camara journaliste à la Radio Mandingue et Moustapha Condé paneliste à la même radio, respectivement marraine et parrain des festivités de  cette journée mémorable.

Après les salamalecs d’usage et la présentation de la physionomie de la salle, par le grand modérateur qui manie aussi bien le N’ko que la langue  de  Molière, Amadou Babila Keita, les choses sérieuses commenceront, comme il est de coutume dans le Manden,  par la lecture du coran par l’imam Mohamed Djounidi Diaby..

Comme avant-goût, l’infatigable promoteur de la langue N’ko aux Etats-Unis Ibrahima Traoré, très  ému, tentera de sécher d’abord ses larmes avant de  gratifier la salle d’un récital genre poème repris par ses élèves dont les mots interpellaient chacun à la connaissance et à la vulgarisation de cette écriture exceptionnelle.

A tout seigneur tout honneur. C’est Son Excellence Mamadi Touré qui s’adressera le premier aux participants en français et en N’Ko. Dans son allocution, il félicitera les organisateurs de la cérémonie et remerciera tous ceux qui ont voulu faire le déplacement avant d’attirer l’attention de l’audience sur l’importance de l’écriture et de vanter les mérites de l’inventeur Solomana Kanté. « C’est en lisant un article écrit par un journaliste libanais dans lequel était écrit, entre autres, que les Africains n’avaient pas de système d’écriture propre et semblaient ne pas s’intéresser à l’écriture, que Fodé Solomana Kanté décide de créer le N’ko, un système de transcription des sons de la langue mandingue, qui lui semble plus adapté à la transmission du savoir et à la pédagogie que des systèmes de transcription étrangers comme l’alphabet latin ou l’alphabet arabe.

Aussi, une de ses  motivations fut surtout de cette phrase prononcée par Soundiata Kéita en 1236 à Kouroukanfouga  quand il a dit en s’adressant aux Mandenkas, mesdames, mesdemoiselles, messieurs et tous ceux qui disent n’ko… » a ajouté le Représentant permanent de la Guinée aux Nations Unies.

Avant de rendre le micro au modérateur, l’Ambassadeur invitera les Mandenkas à laisser grandement ouvertes les portes de Manden à toutes les autres ethnies  car, nous sommes d’abord  Guinéens avant tout.

Tel père tel fils,  c’est en N’ko, sans aucun mot d’une langue étrangère qu’Amadou Kanté, fils de Karamo Solomana, fera un exposé sur la biographie de son père avant de  lui rendre un hommage mérité pour le travail accompli durant toute sa vie pour la promotion de la culture africaine  à travers l’écriture N’ko qui constitue aujourd’hui un héritage qui fait la fierté des peuples d’Afrique de l’Ouest. Aussi remerciera-t-il ceux qui se battent pour perpétuer cette écriture depuis  la disparition de son illustre père  en 1987.

N’Karamo Baba Mamadi Diané, venu direct d’Egypte sur invitation de l’Université Harvard de Boston, a expliqué à l’auditoire toute la genèse de l’écriture N’ko. Cette genèse du graphisme N’ko  qui a pour décor Bouaké, ville du centre de la Côte d’Ivoire où le N’ko est né le 14 avril 1949.

Lui-même auteur de plusieurs publications dont les plus célèbres, le dictionnaire arabe-n’ko, la grammaire simplifiée et le vocabulaire orthographique Mantaaya, pour lui, son maître n’a pas été un savant dont l’œuvre s’arrête à l’invention de l’alphabet N’ko, il a été après 38 ans de recherches, à la base des ouvrages scientifiques, théologiques, littéraires, linguistiques, philosophiques et thérapeutiques.

Le savant produira 9 livres syllaber, 16 livres de lecture, 25 livres des sciences, 24 livres de littérature, 48 livres d’histoires, 1000
livres de médecine, 38 livres de théologie et 4 livres de philosophie.C’est à cause de l’envergure scientifique de sa personnalité que le fondateur de l’Alphabet N’ko est considéré à juste titre par les chercheurs occidentaux comme un encyclopédiste du type du siècle des lumières en Europe.

Le dernier intervenant de la soirée fut le professeur de N’ko, Mr. Aboubacar Diakité de Boston. Dans une éloquence inouïe et une maitrise totale du domaine, le chef de département des langues de l’Afrique de l’Ouest à l’Université Harvard a expliqué dans un langage clair et précis la nécessité pour les Africains de se prendre désormais en charge en exploitant sérieusement ce grand cadeau que Karamo Fodé Solomana  nous a laissé. « Si nous ne nous intéressons pas à notre écriture, les Occidentaux l’étudieront et viendront  nous l’enseigner en Afrique. Et rassurez-vous que ce sera une nouvelle forme de colonisation qu’on pourra appeler la colonisation culturelle… », a-t-il martelé avec des exemples à l’appui.

Ce premier « Simbonsi » organisé à New York, s’est achevé par des séries de questions auxquelles les grosses têtes de N’ko ont apporté des réponses convaincantes. Par exemple à  la question de savoir si l’écriture N’ko pourrait dans l’avenir  nous servir dans le processus de développement technique et technologique de notre pays ou bien elle se bornerait seulement à la transcription de nos contes et la traduction des livres islamiques comme ce fut actuellement le cas, Mr. Aboubacar Diakité répondra qu’il y a des ouvrages de recherches qui ont été publiés ici et là  dans plusieurs domaines. Il citera entre autres, la création de polices d'ordinateurs N'ko pour les programmes Linux et Macintosh, la compatibilité de N’ko  avec les programmes de I-Phone et de I-Pad, l’invention du  compresseur de comprimé et du séchoir de médicament et  le manuel sur les techniques agricoles.

Pour soutenir cette écriture pour la postérité, Dr. Ibrahima Magassouba proposera la création d’une Organisation Non Gouvernementale (ONG) qui pourra financer dans le futur les recherchesde nos savants en N’ko dans les domaines de la science et de la technologie. Une initiative qui  sera vivement saluée par un tonnerre d’applaudissement de la salle.

Les mots de la fin seront les témoignages  des participants et les bénédictions des sages pour le repos de l’âme de l’illustre africain
que fut Solomana Kanté et le rayonnement du N’ko. Et bien évidemment, à travers elle, développer les autres langues nationales et la culture africaine, comme l’a si bien fait remarquer l’Ambassadeur  Mamadi Touré dans son intervention.

Un reportage de Bangaly Condé « Malbanga »


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