Comment pouvons-nous comprendre ce que nous nous sommes fait à nous-mêmes guinéens ?

I – IL FAUT TOUT D’ABORD, FAIRE UNE LECTURE CORRECTE DE L’EQUATION  DU PEUPLE DU 28 SEPTEMBRE 1958

En 1992, couronnant près d’une décennie d’efforts flagrants pour ramener les Guinéens au niveau où ils étaient en 1945 en matière de divisions ethniques et régionalistes, les ‘’nouveaux amis’’ de la France néocolonialiste, ceux qui avaient pris le pouvoir en Guinée après la mort d’Ahmed Sékou Touré, légalisèrent l’existence de ces morcellements mortels, sous la forme d’un multipartisme dit intégral.

Il s’en était suivi des empoignades douloureusement rocambolesques, qui avaient provoqué la mort violente de nombreux Guinéens, tués par des balles de ‘’militaires-militants’’ ! En Décembre 1993, des élections présidentielles furent organisées, et le peuple, las d’un pouvoir militaro-fasciste totalement corrompu, vota massivement, et sans retenue, pour le changement ;  ‘’L’opposition’’ dite ‘’démocratique’’ l’emporta largement sur le pouvoir en place.  

Des dirigeants politiques, tous de la diaspora, furent quasiment plébiscités par le Peuple.  

Un journaliste de cette diaspora avait écrit alors un article, où il disait en substance que le Peuple de Guinée avait fait preuve de maturité, en ne faisant aucune distinction entre Guinéens de l’Intérieur et de l’Extérieur, et ce, avait-il estimé, ‘’malgré 26 ans de laminage par le régime du grand Syli’’… ; Au lieu de dire : ‘’malgré tous les complots et tous les maux causés à ce Peuple par les Diaspo-candidats’’ !

Moi, je lui avais adressé alors une lettre que je l’avais prié de bien vouloir publier dans son journal ; Une lettre dans laquelle je lui avais demandé de me dire, en son âme et conscience, QUI :

* des Militaires au pouvoir, qui avaient semé la terrible bactérie de la division tribaliste et régionaliste (il ne faut jamais oublier l’impact ‘’des Préfets chacun chez soi’’ nommés par un CMRN qui était encore emmitouflé dans ses langes, où les Services Secrets français, triomphants, le pouponnaient avec ‘’amour’’ ! Qui donc, de ces Militaires-là, ou :

* des ‘’Partis politiques’’ aux origines ethno-bellicistes flagrantes, suscitées par les pogromes antimalinkés, arbitraires à 100%, de 1985 et 1991, des pogromes qui avaient conduit leurs Auteurs eux-mêmes à des replis et à des complicités identitaires violemment et durablement agressifs, contre leurs Victimes, au sens réel du terme ; Des victimes contraintes de se réfugier à leur tour dans une certaine ‘’Union Mandingue’’ pour se rassurer, exactement comme c’était, au cour de la nuit coloniale !

QUI, avais-je donc demandé à ce journaliste grandiloquent, QUI, de ces deux typhons naissants, aurait-il, selon lui, si bien éduqué politiquement notre Peuple, pour l’amener à faire preuve d’autant de maturité en fin 1993 ?

Ma lettre ne fut jamais publiée Je ne reçus aucune réponse non plus!

Dans la même veine, un leader de parti, qui s’était fait jadis un petit renom dans les menées subversives contre la première République, un Monsieur qui était plus anarchiste qu’autre chose, avait déclaré en 1997 ou 98, que la Guinée était un pays bizarre où les gens acceptent ce que nul autre n’aurait accepté !  Il oubliait sûrement que ce Peuple qu’il traitait de bizarre, lui avait déjà pardonné à lui, d’avoir pris une part active aux actions qui, dans le passé, avaient empêché le Grand Syli de faire de grandes et belles choses pour ce peuple-là ! Comme par exemple, notre célèbre ‘’Barrage-Konkouré’’ ! Ces gens, tous ces gens savent-ils que, sans faute, de ceux qui avaient bâti et voulu bâtir, et de ceux qui l’ont empêché, ou qui ont cassé nos acquis, l’Histoire fera une peinture sans fards, tôt ou tard ? Et mieux vaut tôt que tard ;  Quand c’est tôt, vous bénéficiez encore de certains attendrissements, même s’ils sont immérités… Plus tard, personne ne vous connaît ‘’humainement’’ : vous êtes condamnés sans état d’âme, comme dans votre tombe avec MOUNEKRY et NAKR’! Sans Appel !

Non ! Le Peuple de Guinée n’est pas bizarre : Il est bien éduqué. C’est un Peuple mûr, car il a su refuser d’aller à la guerre civile ! Ce qui est plutôt un grand signe de supériorité ; Or, ce refus de confrontations mortelles et de désordres, c’est justement un des résultats du quart de siècle de formation de l’homme, dont le président Ahmed Sékou Touré s’était enorgueilli en fin d’année 1982, devant la nuée de journalistes qui avaient pris part à sa Conférence de Presse de Paris ; Ce que notre journaliste a appelé ‘’laminage’’, avec ‘‘art’’ Sans doute une ‘’litote françafricanophone’’ !

Notre Peuple, de 1985 à 1999, a refusé de basculer dans l’anarchie.  Il a résisté, dans la douleur aux syndromes libériens et rwandais, dont des manifestations l’avaient secoué à plus d’une reprise, en plus d’un lieu ! Son attitude de sagesse, qui avait fait dire de notre pays qu’il était ‘‘un havre de paix pris dans une ceinture de feu’’, cette attitude-là ne lui avait été inspirée ni par les progromes de Conakry en 1985, un an à peine après le décès du Président Ahmed Sékou Touré ; ni par ceux de N’Nzérékoré en 1991 ;  ni par les affrontements sanglants de Septembre 1993 à Conakry ; ni par les centaines de meurtres enregistrés dans tout le pays à la fin des années 80 et au début des années 90.

Où étaient alors RFI, AMNESTY International, HRW et leur OGDU ?

L’attitude de sagesse des Guinéens ne leur a pas été communiquée non plus par les nuits chaudes de la ’’ bande à Kalil’’,  surgie on ne sait d’où, avec des Mathias et des Dénka Mansaré ! Cette clique de monstres froids, bizarrement armés de kalachnikovs, et d’autres armes de guerre, nul ne sait comment !  N’est-ce pas M. TEVOEJERE ?...

Si pendant plus de dix ans les Guinéens ont refusé d’assimiler ces modèles de chaos et de mépris souverain pour la vie humaine, un mépris très longtemps matérialisé par des cadavres mutilés d’hommes et de femmes exposés dans nos rues, sur nos places publiques, ou jetés avec banalité dans les caniveaux de nos voiries, c’est bien uniquement parce que, pendant plus de vingt ans, une équipe de Patriotes soudés au petit-peuple sans défense de notre pays, avait aiguisé la vigilance de ce Peuple contre sa propre destruction. Et cette équipe-là avait à sa tête un certain Ahmed Sékou Touré !

II- LES CONSEQUENCES DE LA SUICIDAIRE CANCRERIE DE NOS ‘’ELITES’’ .

A- Regardez comment notre Guinée a été ! Comment elle est choyée par Dieu !

S’il est une vérité indéniable, c’est que notre pays est riche ; Très riche.  Mais, hélas, il est en même temps pauvre ! Très pauvre, à cause de nous-mêmes, nous les Guinéens !

Dieu ne saurait doter mieux un territoire d’autant de richesses à la fois : un sol fertile d’un bout à l’autre du pays ; Un sous-sol qui est un véritable rendez-vous de ce que l’évolution géologique de la terre a produit de mieux, en grandes quantités ; Trois cents kilomètres de façade maritime donnant accès à une plate-forme littorale aux ressources infinies ;  Un réseau de cours d’eau parmi les plus denses du monde, etc. Pour couronner tout cela, des peuples-nations auteurs et produits d’un passé historique et d’une diversité culturelle inouïs !

Hélas, (encore !), nous sommes, nous-mêmes, mûs par des pulsions tellement aberrantes, tellement irrationnelles, qu’elles nous clouent sur place, dans une effarante immobilité ; dans une immobilité mortelle.

Je peux affirmer, pour de multiples raisons, que nous avons réussi à faire de notre pays la patrie des chances perdues ; Et j’en veux pour illustration le fait que Dieu, dans sa miséricorde infinie,  avait décrété pour la Guinée la conjonction phénoménale de trois facteurs dont chacun, ailleurs, aurait été saisi à bras-le-corps par ceux qui en auraient été dotés, pour en tirer les plus grands avantages… ;  Partout ailleurs, sauf en Guinée.  Quels furent donc ces facteurs de réussite ?

1°/ En 1958, notre pays a accédé à son indépendance nationale, de la façon la plus simple, la plus respectable, la plus exemplaire,  grâce à un choix politique tellement pertinent que le Monde entier en fut ébloui ; Ailleurs, des Peuples ont dû soutenir des guerres longues et atroces pour obtenir le même résultat.  Nous le savons tous ; Notre modèle-là  a fait la fierté de tous les Peuples opprimés du Monde, et des Nègres, tout particulièrement ; De tous, sauf de nous-mêmes, nous les Guinéens !

2°/- Cette victoire n’a été possible que parce que notre Peuple avait été mobilisé dans une unité d’action sans précédent ;  En effet,  en 1958 déjà, toutes les distinctions irrationnelles et tous les particularismes avaient été vaincus au sein de nos masses populaires, dans l’ensemble du pays. Tout peuple, toute élite intelligente et patriote, dans le monde entier, eussent soigné et renforcé une telle unité, que le PDG avait réussi à préserver malgré les assauts du Néocolonialisme, et du ‘’Racisme Peulh’’ instrumentalisé par les racistes blancs jusqu’à présent ! On aurait sauvé un tel héritage partout !  Sauf en Guinée.

3°/- Le dernier facteur fut l’élément moteur des deux premiers ; Il s’agit de Ahmed Sékou Touré, un homme d’une dimension exceptionnelle, un homme tel, que tout Peuple et toute Elite intelligente, partout, eussent souhaité en avoir… ;  Sauf en Guinée !

B- ILS NOUS FAUT GRANDIR, GUINEENS, CAR POUR LE MOMENT, NOUS SOMMES TOUT PETITS… TROP PETITS !

En effet, pourrions-nous nous questionner nous-mêmes,  pour savoir ce qu’on en a fait en réalité,  de ce triptyque phénoménal dont nous avions ainsi bénéficié ?  En avions-nous tout simplement pris conscience ? Et qu’ont fait alors nos fameuses ’’Elites’’,  de cette extraordinaire conjonction de facteurs, dont chacun est à lui seul une chance rare ?

Eh bien, voilà ce qu’il en a été : des éléments irresponsables de nos ‘’Elites’’ en question , des gens hautains , infatués de leurs propres personnes, jaloux et envieux du charisme de celui d’entre eux qui avait œuvré, avec une maturité précoce et avec un succès époustouflant , à rassembler nos populations autour des mêmes idéaux pour arracher sans coup férir l’indépendance de notre pays,  ces gens n’avaient rien trouvé de mieux à faire que de s’allier avec les indécrottables esclavagistes blancs de France, pour s’en prendre à un Prédestiné ! Contre lequel ils ne pouvaient RIEN, donc !

Ne se rendant même pas compte de la gravité de leurs actions et des conséquences de celles-ci sur le sort de notre Nation, totalement aveuglés qu’ils étaient par une haine dont ils firent ensuite leur unique raison de vivre, ils compromirent toutes les chances de notre pays d’être un modèle de développement libre et responsable, après en avoir été un, en matière de dignité et de souveraineté.  

Ils n’ont pas su que, tout comme on peut gaspiller son or, sa fortune, aussi grands qu’ils fussent, on peut aussi gaspiller un homme.  Et ils nous ont gaspillé l’élément moteur du triptyque prémonitoire du grand destin de notre Nation : Ahmed Sékou Touré Comme si Dieu était leur ouvrier, pour leur en donner un autre dès qu’ils en auraient fait la commande ! Soyons lucides : n’est pas l’incarnation d’une destinée, qui le veut ;  Ni qui on veut !  Sékou, incontestablement, était une force, une richesse de la Nature qui, de ce fait, l’avait doté des qualités humaines les plus rares : intelligence, générosité, représentativité, dignité ferme dans la liberté ;  Le tout enveloppé dans une protection divine sans commune mesure.

On a refusé de prendre le temps d’observer l’homme ;  Mais, de quoi était-il donc parti, Sékou Touré ? Sans nulles références universitaires, comme certains de ses concurrents ! Sans aucun soutien occulte de quelque lobby que ce soit, comme certains de ses concurrents ; sans un sou vaillant !

 Sans rien du tout : comme sorti du néant de Dieu ! Tout le monde l’avait vu surgir comme ça à Conakry, armé simplement de son cœur, de sa tête, et de son verbe ! Et puis, devant tous, il avait conquis la petite capitale de la Guinée Française ; Avait rassemblé et mis en mouvement toutes les populations de cette Guinée pourtant si diverses et si mystérieuses, balayant sur son passage tout ce qui pouvait faire obstacle à l’accomplissement total de sa mission !  Mais que croyions-nous donc, après ? Que nous eussions sans doute été capables de contrarier les desseins de Dieu ?

Sékou, depuis le début des années 50, n’avait-il pas inlassablement mis tout le monde en garde : Blancs et Noirs, féticheurs, marabouts, agents de ’’Services  Action’’ et leurs terroristes d’alliés Guinéens ? Bref, n’avait-il pas dit à tous que personne n’aurait jamais raison de lui, à part Dieu, dont il n’était qu’un serviteur sincère ? N’en fut-il pas ainsi, ô vous, Guinéens sourds, aveugles et entêtés, vous de la sombre armée satanique, des coups bas, de la trahison et des dénigrements aussi vils que vains ?

Sachez donc,  sachons tous,  qu’autant la richesse matérielle requiert une gestion correcte et efficiente,  autant un homme,  aux ressources aussi denses que l’étaient celles d’Ahmed Sékou Touré, requiert une gestion optimalisée,  pour le bien de tous ! Compte tenu des passés, de tous les passés d’invasion, de déportation, de domination et d’exploitation enragées de tous les pays africains, dont le nôtre, tous les éléments de nos Elites ont le devoir impérieux de s’exercer au discernement, pour déceler très tôt, désormais, celui ou celle d’entre eux et elles qui, comme ce fut le cas de Ahmed Sékou Touré, se révèlerait être le meilleur ;  Même si on ne l’aime pas ! C’est pour que tous s’imposent le devoir d’aider celui-là,  à aider l’ensemble.  En Guinée, des années 50 aux années 80, notre élite aurait dû avoir l’intelligence d’aider Sékou à aider notre pays : tout le monde y aurait gagné !

Regardez par contre comment on a tous perdu maintenant ! Et regardez comment on a recommencé…, avec Lansana Kouyaté, dont nous avons totalement perturbé la transition en moins de 15 mois !

Saurons-nous jamais nous arrêter sur une pente comme ça, où Cheytane déploie ses charmes les plus ensorcelleurs,  pour notre plus grand malheur ?

Il nous le faudra bien un jour ! Alors nous commencerions par reconnaître et confesser nos bêtises, en faisant notre mea culpa, sans lequel Dieu rendra, un à un, à chacun, le PRIX de ses œuvres ; En Bien Et en MAL.

Implacablement.

Au prochain Bilan, s’il plaît à Dieu.

Soub’hânallâhi, wa biham’dihi, wastakh’firoullâhi wa atoûbou ilaïhi

Wassallallâhou alâ Seydinâ Muhammadin, wa alâ âlihi, wa Sahabihi

Wassalim

Conakry, le 05 Avril 2012

Aly Bocar Cissé

Professeur et Administrateur Civil à la retraite.

Tél : 64-33-37-70/62-27-88-89

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