En Birmanie, l'opposante historique Aung San Suu Kyi devient députée à l'issue des élections législatives partielles, lors d’un scrutin symbolique organisé un an après l'accession au pouvoir d'un gouvernement civil dans le pays. Ce scrutin crucial annonce une première pour l'opposition avec l'entrée historique au Parlement de l'opposante Aung San Suu Kyi qui a passé quinze années en détention depuis 1989.

L'opposante birmane Aung San Suu Kyi a remporté un siège de députée pour la première fois de sa carrière lors d'élections partielles historiques, ce dimanche 1er avril 2012, selon son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND). « Aung San Suu Kyi remporte 99% des voix dans sa circonscription rurale de Kahwmu », a déclaré Soe Win, un cadre de la Ligue, tandis que des milliers de partisans hurlaient leur joie et chantaient devant le siège du parti à Rangoon. Les opérations de vote ont débuté à 6h00 locales (23h30 TU samedi). Aung San Suu Kyi, qui a passé quinze années en détention depuis 1989, se présentait pour la première fois devant les électeurs après la décision de son parti de participer à ces élections partielles. Un total de 45 sièges étaient en jeu dans tout le pays, dont 44 brigués par la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d'Aung San Suu Kyi : 37 à la Chambre basse du Parlement (sur un total de 440), six à la Chambre haute et deux dans des chambres régionales. Considérée il y a encore deux ans comme l'ennemie publique numéro un par la junte alors au pouvoir, la lauréate du prix Nobel de la paix était très largement favorite même si elle affrontait le verdict des urnes pour la première fois. Après avoir mis un terme à ses derniers déplacements à la suite de problèmes de santé mineurs, elle semblait en bonne forme, tout sourire et à son aise alors qu'elle déambulait, vêtue d'une robe rouge, dans les villages de sa circonscription. Icône magnifique détenue par la junte birmane, Aung San Suu Kyi était apparue marginalisée fin 2010 à sa libération. Les réformes l'ont depuis transformée en un acteur politique majeur, à deux doigts d'entrer au Parlement avec la bénédiction du pouvoir. Des observateurs heureux « Nous sommes heureux de constater que tout se déroule dans le calme et nous espérons que toute la journée se passera tranquillement », a déclaré à mi-chemin du vote le député européen Ivo Belet, présent en qualité d'observateur. « Nous procéderons ultérieurement à une évaluation, sur la base de toutes les observations effectuées dans les bureaux de vote », a-t-il ajouté. Un gouvernement civil est arrivé aux affaires voici un an après pratiquement un demi-siècle de régime militaire, et il a surpris la communauté internationale par la rapidité avec laquelle il a engagé des réformes politiques et économiques, notamment en libérant plusieurs centaines de prisonniers politiques. Pour être jugé crédible, le scrutin devra recevoir la bénédiction d'Aung San Suu Kyi, dont l'assignation à résidence a pris fin en novembre 2010. Concernant ces législatives, elle a d'ores et déjà dénoncé ce vendredi 30 mars 2012 des pressions « au-delà de l'acceptable ». Le gouvernement birman a invité un petit nombre d'observateurs électoraux, dont cinq de l'Asean (Association des nations de l'Asie du Sud-Est), mais ils n'ont guère eu de temps pour effectuer des préparatifs en Birmanie. En 2010, le parti de Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), avait boycotté les législatives.

Une victoire qui pourrait changer la donne au Parlement

Les résultats complets pourraient être annoncés d'ici une semaine. Mais deux jours avant le vote, Aung San Suu Kyi avait dénoncé des pressions, accusant ses adversaires de vandaliser ses affiches de campagne, de manipuler les listes électorales ou de commettre de « nombreux actes d'intimidation ».

Reste que sa victoire, si elle se confirme, pourrait changer la donne à la Chambre basse du Parlement, qui compte 440 sièges. Ces élections partielles servaient à renouveler 37 sièges de la Chambre basse, six sièges du Sénat et deux sièges des assemblées régionales.

Aung San Suu Kyi a déclaré que ses principales priorités seraient de faire régner l'état de droit, de mettre fin aux insurrections ethniques et d'amender la Constitution de 2008 qui grave dans le marbre le poids politique prééminent de l'armée.

Certains Birmans se demandent si les élus conservateurs oseront s'opposer ouvertement à la « Dame de Rangoon » dans la perspective de nouvelles élections en 2015. Beaucoup de députés pourraient vouloir s'afficher à ses côtés pour profiter de sa popularité.

Dans les rangs des militants pro-démocratie, certains voient cependant d'un mauvais oeil la décision d'Aung San Suu Kyi de collaborer avec le pouvoir, estimant que l'opposante travaille trop étroitement avec les anciens généraux qui ont persécuté durant des années les opposants.

D'autres placent leurs espoirs très haut, pensant que la fille du général Aung San, le père de l'indépendance birmane en 1947, accélérera les réformes d'ouverture une fois élue.

«Tata Suu est de notre côté, il n’y a rien à craindre »

Certains électeurs ont manifesté leur enthousiasme dans les bureaux de vote, qui ont été installés dans des écoles ou des centres religieux.

« Toute ma famille a voté pour elle (Suu Kyi) et je suis sûr que tous mes proches vont faire de même », a dit Naw Ohn Kyi, un fermier de Warthinkha. Dans la circonscription de Kawhmu, au sud de Rangoon, où se présente la lauréate du prix Nobel de la paix, les Birmans interrogés affichent leur intention de voter pour « tata Suu », comme ils la surnomment affectueusement. « J'ai demandé aux gens autour de moi, presque tout le monde a voté pour tata Suu », se félicite Ko Myint Aung, un commerçant de 27 ans de Kawhmu.

La question principale reste celle du respect du vote du peuple. L’opposition a dénoncé des irrégularités dans la campagne. Mais le scrutin s'est déroulé dans le calme comme l’explique Daw San Myint [Dô – Sane – Miént], une électrice de Rangoon qui a 65 ans

« Je suis contente d’avoir pu voter. En venant au bureau, ce matin, je doutais et je me demandais à quoi cette élection ressemblerait et si cette élection aurait bien lieu. Mais tout s’est bien passé et j’ai voté pour le parti d’Aung San Suu Kyi. Lors des dernières élections de 2010, je n’étais pas satisfaite car personne ne me convenait dans les candidats et les partis qui se présentaient. Je n’avais donc pas voté. Mais cette fois, j’ai pu faire mon propre choix. C’est bien... Certes, il n’y a pas d’isoloir pour se cacher quand on vote dans le bureau mais il y a une bordure autour de la table donc, je n’ai pas eu peur et personne n’a essayé de regarder quand je cochais mon bulletin de vote. Madame Suu [Aung San Suu Kyi] est de notre côté et elle nous protège. Les médias, aussi, sont aussi de notre côté. Donc, il n’y a rien à craindre. »

Roya Mohsen-Kha

Source : Rfi.fr