LA RECONCILIATION NATIONALE

Aujourd’hui, on constate avec beaucoup d’amertume la spéculation entretenue par certains « citoyens » autour du concept réconciliation nationale, pour se tailler une place de choix dans le débat national sur l’unité nationale. La façon dont beaucoup de guinéens pensent que cette réconciliation est un préalable pour une sortie de crise politique n’est qu’une aberration et une façon de prendre en otage toute la nation. Si réellement nous sommes condamnés à vivre ensemble, c’est que nous sommes une nation que l’on doit consolider à tout prix.

La vraie signification de ce terme tout de même dans le contexte guinéen, doit avoir de liens avec non seulement notre passé, mais surtout avec l’avenir de notre pays, qui est extrêmement déterminant pour la survie de notre jeune nation. Le Président de la République, le Professeur Alpha CONDE, disait à propos qu’il a hérité d’un pays mais pas d’un Etat. Ce qui veut dire tout simplement, qu’il faut recréer l’Etat Guinéen.

Le Guinéen a trop souffert et la Guinée a énormément de contraintes et défis à relever au nombre desquels on peut citer le pari du développement économique, gage de la lutte contre la pauvreté. La concrétisation de façon durable de cette ambition oblige nous les Guinéens à nous réconcilier avec les valeurs qui fondent l’action des grandes nations à savoir : le travail, la justice, la solidarité, le patriotisme, l’amour de l’autre, le respect de la loi, pour juguler dans deux ans la pauvreté en réalisant d’abord l’autosuffisance alimentaire. Voilà ce qui unit les Guinéens et doit interpeler tout un chacun à faire un don de soi pour sauver la patrie qui a tant souffert depuis des décennies.

C’est pourquoi, le mépris qu’on a vis-à-vis de son prochain doit disparaître et des comportements de complexe d’infériorité ou de supériorité d’apologie de sa communauté ou de son ethnie pour dire par exemple on est les plus riches, les plus nombreux, les plus forts, les plus ceci, les plus cela etc., n’honorent pas la Guinée, accentuent la division et rendent difficiles l’unité nationale. Le Guinéen, où qu’il se trouve et quel que soit son rang social, doit se sentir fier et mener sa vie en toute lucidité sans pour autant oublier que c’est dans nos différences que réside la richesse de notre patrimoine, notre force.

Quel que soit le degré de nos forces individuelles ou collectives, la Guinée reste pour le moment faible vis-à-vis de la Chine, de la France, des Etats-Unis d’Amérique, de l’Inde, du Brésil etc. Et c’est cet état de fait qu’on doit corriger par d’adoption d’une vision claire de développement car, la mondialisation est à notre porte, elle est avec nous, elle est à la fois une opportunité et un danger et si on ne change pas de mentalité et de stratégie, elle risquera de nous avaler.

D’ailleurs, le Président de la République disait tout récemment que la Guinée est comme une puissance enchainée. On est non seulement enchaîné mais aussi, on dort et le jour où on va se réveiller, on brisera ces chaines pour hisser notre pays parmi les géants de ce monde car tout est possible, il suffit de le vouloir. La pauvreté et le sous développement ne sont pas une fatalité.

Alors, il ne s’agit pas de la réconciliation vue sous l’angle d’un préalable pour que certains partis politiques puissent se mettre d’accord pour parachever la mise en place de toutes les institutions démocratiques. On doit retenir que le consensus n’est pas indispensable dans la résolution de nos conflits politiques où très souvent on voit que certaines revendications sont purement subjectives. Il ne faudrait pas qu’on perde de vue que le consensus est toujours obtenu au mépris de la loi. Si on veut réellement faire la promotion de la démocratie, comment peut-on bafouer à tout bout de champ la légalité, le respect de la loi, de nos institutions républicaines ?

Il nous faut rapidement organiser les élections législatives et communales pour que la transition prenne fin et que le pays retrouve la véritable démocratie.

Si effectivement on a opté pour le libéralisme politique et économique, alors acceptons la loi de la majorité pour que la Guinée avance, pour qu’elle prépare sa propre mondialisation et faire face à tous les défis imposés à ses filles et fils.

Je lance alors un appel à tous les leaders politiques afin qu’ils s’engagent s’engage en faveur de l’éducation civique de leurs militants, pour inculquer les valeurs démocratiques à la jeunesse et limiter la délinquance. Ce n’est qu’à travers la sensibilisation, l’éducation civique qu’on peut avoir le vrai Guinéen au service de la nation, de la patrie.

Donc, qu’on ne continue pas de nous distraire avec ces mises en scène revendicatives, revanchardes, sectaires, car l’élection n’est pas une fin en soi, c’est un enjeu ; elle permet de doter le pays de ses représentants légaux et légitimes qui sont sensés l’engager et lui imprimer une orientation claire et à la fin de chaque mandat, le dé est réjouie.

N’oublions pas dans ces conditions que l’essentiel nous attend : C’est la sécurité, la justice, la réalisation de l’autosuffisance alimentaire, c’est l’eau et l’énergie et c’est la transformation sur place de nos matières premières.

 

Mohamed SANOH