Selon nos révélations, des fonctionnaires de deux ministères français auraient, dès le 15 mai, informé Cyrus Vance Jr. de l’affaire de prostitution à Lille.

Si la journée du 14 mai est au centre de toutes les attentions depuis deux semaines dans l’affaire du Sofitel, les événements qui se sont déroulés le lendemain suscitent, eux aussi, des interrogations légitimes. Selon des informations obtenues par Libération, recoupées auprès de plusieurs sources, un accord avait été conclu entre les avocats de Dominique Strauss-Kahn et le bureau du procureur Cyrus Vance Jr. le dimanche 15 mai quant à la libération sous caution du directeur du FMI. Avant que les procureurs ne changent d’avis en fin de soirée sans en donner la raison et décident finalement de s’opposer à la remise en liberté devant la cour criminelle de Manhattan.

Caution. Dès son interpellation à l’aéroport Kennedy le samedi, DSK avait été acheminé par la police vers la Special Victims Unit, un commissariat de Harlem spécialisé dans les affaires de mœurs. C’est là que ses avocats, William Taylor et Benjamin Brafman, viendront le rejoindre le dimanche. Selon nos informations, quand les deux hommes quittent le commissariat vers 16 heures, ils ont alors un accord avec le bureau du procureur pour libérer DSK contre versement d’une caution. La dernière somme discutée est de 250 000 dollars (187 400 euros), «même si cela peut encore évoluer». Mais, à 20 heures, la défense de DSK aurait reçu un coup de téléphone de Lisa Friel, la chef du bureau du procureur en charge des crimes sexuels, pour annoncer «que les choses avaient changé et qu’il n’y avait plus d’accord sur la caution».

Plus troublant, trois sources différentes, contactées par Libération, font état de deux coups de téléphone «français» passés dans l’après-midi du 15 mai à John «Artie» McConnell, l’un des adjoints du procureur en charge de l’affaire. Deux de ses sources parlent d’appels émanant de deux fonctionnaires, l’un travaillant pour le ministère des Affaires étrangères et l’autre pour le ministère de la Justice français. Des éléments auraient alors été transmis à John McConnell sur l’affaire Tristane Banon mais également sur une éventuelle implication de DSK «dans une affaire de prostitution dans le nord de la France». Ce qui ressemble à une référence au scandale du Carlton de Lille. Un dossier pourtant couvert par le secret de l’instruction.

Intervention. Dès le lendemain, le 16 mai, le même John McConnell affirmait devant la juge Melissa Jackson «avoir reçu des informations selon lesquelles [DSK] avait une conduite similaire à celle qui lui est reprochée par la plaignante à au moins une autre occasion» afin de justifier son incarcération. Sans autre explication. Si ces informations sont confirmées, elles seraient explosives, puisqu’elles signifieraient une intervention française très rapide pour partager des éléments à charge contre DSK, et qui auraient eu pour conséquence de l’envoyer dans la prison de Rikers Island. Joint par Libération, le bureau de Cyrus Vance Jr. a dit «ne pas vouloir commenter». Lisa Friel, qui avait ensuite été déchargée du dossier DSK et travaille désormais dans le privé, a fait savoir, par l’intermédiaire de sa porte-parole, qu’il fallait «renvoyer toutes les questions au bureau du procureur», en assurant qu’elle n’avait pas participé directement aux discussions sur la caution. Les deux fonctionnaires aux ministères des Affaires étrangères et de la Justice nous ont formellement et «catégoriquement» démenti avoir appelé les procureurs. Une façon de répondre à ces nouvelles questions serait peut-être pour Cyrus Vance Jr. de diffuser l’intégralité du rapport qu’il a rendu public le 22 août pour justifier l’abandon des poursuites contre DSK. Le document remis à la presse faisait alors 25 pages mais, selon nos informations, il comptait 70 pages dans sa forme originelle, et notamment de nombreux détails sur le 15 mai…

par Fabrice ROUSSELOT


Affaire DSK : La Vidéosurveillance du sofitel diffusée par BFMTV le jeudi 8 Décembre 2011

La chaîne d'information en continu BFMTV diffuse jeudi des images des caméras de vidéosurveillance de l'hôtel Sofitel de New York du 14 mai, qui montrent Dominique Strauss-Kahn et la femme de chambre Nafissatou Diallo.

La chaîne s'est procuré les images des caméras de l'hôtel depuis la sortie de Dominique Strauss-Kahn de l'hôtel à 12h27 (heure de New York) jusqu'à l'arrivée de la police à 14h10, le 14 mai.

Selon BMFTV, "sur ces images, on découvre la sortie de l'hôtel de DSK, les images des explications de Nafissatou Diallo aux agents du service technique, la fameuse séance de congratulations entre deux des agents, puis l'arrivée de la police sur place".

De son côté, le groupe hôtelier Accor a dénoncé "la diffusion d'extraits" de la vidéosurveillance du Sofitel New York, estimant que ces images "exposent inutilement les membres de l'équipe" de l'hôtel "à la curiosité médiatique". Le groupe Accor assure que "l'idée que ces vidéos établissent l'implication de Accor dans un complot est un non sens".

Cette "danse de joie" de deux employés du Sofitel le jour de l'arrestation de DSK à New York n'a pas duré trois minutes, mais treize secondes, a indiqué le bimensuel New York Review of books (NYRB) dans un erratum.

Cette "danse de joie" (voir la vidéo) était l'un des éléments qui avaient relancé la théorie du complot contre l'ancien directeur général du FMI, accusé d'agression sexuelle par Nafissatou Diallo.

Dès la publication de l'article, le Sofitel avait affirmé que la scène ne durait que huit secondes, "sans qu'aucune extraordinaire danse de fête n'ait pu être constatée". Le groupe hôtelier Accor avait ajouté que les deux employés avaient "catégoriquement nié que cet échange ait" un rapport avec l'affaire DSK.

De son côté, le journaliste et biographe de Dominique Strauss-Kahn, Michel Taubmann, a accusé jeudi "un petit groupe de gens du Sofitel" de New York d'avoir "piégé" DSK le 14 mai, allégations auxquelles le groupe Accor, propriétaire des hôtels Sofitel, n'a pas souhaité répondre.

"Je n'ai jamais parlé de théorie du complot. Mais c'est un petit groupe de gens du Sofitel qui ont organisé un piège contre DSK", a affirmé à l'AFP Michel Taubmann, qui a publié le 1er décembre un livre, Affaires DSK, la contre-enquête (Editions du Moment).

Dans cet ouvrage, avec lequel Dominique Strauss-Kahn a tenu à prendre ses distances, Michel Taubmann donne écho à une théorie du complot qui aurait été ourdi au Sofitel de New York le 14 mai. D'après Michel Taubmann, la femme de chambre guinéenne de cet hôtel du groupe Accor, Nafissatou Diallo, a été un maillon d'une manipulation montée contre l'ancien directeur général du Fonds monétaire international.

(AFP)

Source : Libération.fr