La réunion du 15 novembre dernier entre le Président Alpha Condé et les principaux leaders de l’Opposition marque une étape importante dans la décrispation politique en Guinée. C’est loin d’être, comme semble le suggérer l’un de nos Cassandre, un non-événement. Il s’agit, à n’en pas douter, d’une redéfinition des attitudes et des comportements de la Présidence de la République et de l’Opposition. C’est une bonne chose pour la Guinée. Il est en effet malsain que nos dirigeants passent leur temps à s’entredéchirer alors que des problèmes cruciaux attendent d’être résolus. Souhaitons que, au-delà des intentions proclamées, les parties concernées acceptent de travailler ensemble dans l’intérêt de la Nation. 
En vérité, cette rencontre aurait dû avoir lieu il y a bien longtemps. Dans tout régime démocratique, il est souhaitable –et même indispensable- que l’Opposition soit consultée sur les questions essentielles concernant la vie de la Nation. En attendant l’avènement d’une Assemblée Nationale susceptible de faire des propositions et de servir de contrepouvoir au gouvernement, les partis politiques qui vont y figurer ont un droit imprescriptible à la consultation. Leur refuser ce droit serait tout simplement un déni de démocratie. 
C’est tout à l’honneur de la Présidence de la République d’avoir initié cette rencontre. Alpha Condé en  est sorti grandi. Ces consultations périodiques, loin d’affaiblir le pouvoir exécutif, lui confèrent au contraire une légitimité plus accrue. Elles ne sauraient entrainer aucun mélange des genres puisqu’il est  clairement entendu qu’il ne s’agit pas d’une cogérance du pays. En définitive, le pouvoir de décision relève de la compétence exclusive du Président de la République.
Mais il me parait utile de relever qu’Alpha Condé est enfin arrivé à la réalisation que, en Guinée, le consensus social  ne peut se faire qu’avec les leaders des partis politiques. Il faut s’en réjouir. Que de temps perdu à écouter les associations régionales, toutes tribalistes, dont la récente irruption sur la scène politique guinéenne ne peut être que néfaste.
Il est temps d’en finir avec ces délégations de sages qui se succèdent à Sékoutoureya et rivalisent de
flagorneries. La meilleure bénédiction pour un chef d’État et la seule qui vaille, est celle qui vient du peuple, non des Clercs dont les intentions ne sont jamais claires. 
 Quant au reste, la seule ombre au tableau me parait être l’absence du leader du PEDN à la rencontre de Sékhoutoureya. Ce n’est un secret pour personne que le courant ne passe plus entre le Président de la République et son ancien allié de l’Arc-en-ciel. Mais dans une circonstance exceptionnelle comme celle-ci, Lansana Kouyaté aurait dû figurer en bonne place parmi les leaders politiques invités au palais présidentiel. L’intérêt du peuple guinéen et l’avenir de la Nation doivent toujours l’emporter sur les considérations personnelles. 
Mamadi Keita Babila
Washington, DC
États-Unis d’Amérique