PARIS (Reuters) - Les fonctions vitales des réacteurs nucléaires français doivent être mieux protégées pour pouvoir résister à tous les risques de catastrophes naturelles mais aucune centrale en particulier ne mériterait d'être fermée aujourd'hui, a déclaré jeudi Jacques Repussard, le directeur général de l'IRSN.

Suite à la catastrophe de Fukushima, consécutive au séisme et au tsunami qui ont frappé le Japon le 11 mars, la France a lancé un audit sur les 58 réacteurs de son parc nucléaire ainsi que sur l'EPR de Flamanville (Manche) actuellement en chantier.

L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a remis ce jeudi à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un rapport de 500 pages présentant ses recommandations pour éviter un accident nucléaire majeur en cas de catastrophe naturelle.

Jacques Repussard a en particulier estimé lors d'un entretien par téléphone accordé à Reuters qu'il fallait "créer un noyau dur autour des systèmes vitaux du réacteur, comme les fonctions ultimes de refroidissement et d'alimentation électrique".

"Par exemple, il faut que, dans chaque réacteur, il y ait au moins un générateur diesel qui soit en hauteur, indépendant et protégé, y compris son alimentation, et qui tienne même en cas de séisme très violent", a-t-il expliqué.

L'IRSN a envisagé plusieurs scénarios catastrophes, comme l'effondrement de tous les barrages français ou encore la destruction de villes comme Nice suite à un séisme.

"UN CHOIX ÉCONOMIQUE"

L'expert rappelle qu'en France, les plus anciens réacteurs ont généralement été construits deux par deux pour limiter les risques, la possibilité qu'un grave problème puisse toucher en même temps les deux sites n'ayant pas été envisagée à l'époque.

L'institut de recherche n'est pas en mesure d'estimer le montant ni le calendrier des travaux que devra opérer EDF, opérateur de l'ensemble du parc nucléaire français.

"C'est un plan industriel d'une certaine ampleur qui devra prendre en compte des arrêts de tranche. Nous souhaitons un calendrier de mise en oeuvre établi sur quelques années", a dit Jacques Repussard, précisant que, sur l'EPR, ces travaux devront être réalisés immédiatement.

Le rapport de l'IRSN souligne que la sécurité de tous les réacteurs pourra être remise à niveau et que, par conséquent, aucun réacteur ne mérite d'être fermé.

"Il n'y a pas de raison de sûreté de fermer tel ou tel site. Ce sera un choix économique", a indiqué Jacques Repussard.

L'ASN a annoncé de son côté qu'elle rendrait début 2012 ses conclusions sur les évaluations complémentaires de sûreté des installations nucléaires françaises, jusqu'ici prévues pour la fin 2011.

"PRESCRIPTIONS COMPLÉMENTAIRES"

"L'ASN imposera les prescriptions complémentaires appropriées, voire recommandera, le cas échéant, au gouvernement l'arrêt des installations concernées", a fait savoir l'autorité de sûreté.

Lors d'une conférence de presse, Jacques Repussard a en outre déclaré que des améliorations pourraient être mises en oeuvre pour mieux protéger les centrales de Fessenheim (Haut-Rhin), Bugey (Ain) et Civaux (Vienne) contre les risques sismiques.

Contre les risques d'inondation, les sites de Fessenheim, Chinon (Indre-et-Loire), Cruas (Ardèche), Saint-Laurent (Loir-et-Cher) et du Tricastin (Drôme) pourraient là encore être mieux protégés, selon l'IRSN.

Les centrales de Gravelines (Nord), du Tricastin et de Saint-Alban (Isère) pourraient pour leur part mieux prendre en compte les risques liés à la présence à proximité d'installations industrielles dangereuses, a également fait savoir Jacques Repussard.

Marion Douet pour le service français, avec Benjamin Mallet, édité par Marc Angrand