drapeauDans un communiqué rendu public le mardi 8 novembre 2011, et signé du ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation, Alhassane Condé, le gouvernement interdit toute manifestation à caractère politique, sans autorisation préalable, sur toute du territoire national. Cette décision intervient dans un contexte où la corporation des avocats guinéens et certaines formations politiques de l’opposition projetaient des manifestations visant à dénoncer un certain nombre de choses. Un ensemble de contradictions et de malentendus qui donnent tout naturellement une floue image du pays. Qui n’est pas de nature à séduire les investisseurs et autres éventuels touristes. Et à voir clair dans la situation guinéenne. Ce mercredi 9 novembre 2011, le parti de l’unité et de la liberté (PUL) prévoyait faire une marche pacifique qui devrait aller du rond-point de Bambéto à l’ambassade des Etats-Unis. Aux dernières nouvelles, face à la résistance des jeunes de Bambéto, l’itinéraire aurait été changé. Le nouveau parcours est celui qui va du centre Mère et Enfants à l’ambassade des Etats-Unis. Mais bien avant, l’ensemble du quartier avait été sérieusement quadrillé par un impressionnant dispositif de sécurité... 

Pour sa part, l’ordre des avocats guinéens, après avoir ajourné la marche qu’il programmait hier mardi, la reporte finalement au lundi 14 novembre prochain. Les hommes en robes noires entendent ainsi exprimer leur colère et leur désapprobation suite à la séquestration sur ordre du gouverneur de la ville de Conakry, d’un des leurs, en la personne de Me Frédéric Fromo Loua, avocat à la cour et président de l’ONG, "Mêmes droits pour tous" (MTD).

Il faut rappeler que toutes ces manifestations se trouvent programmées après les marches dites pacifiques du 27 septembre dernier. Des marches qui s’étaient notamment soldées par des pertes en vies humaines, des blessés et de nombreuses interpellations. Or, au regard de la tension qui règne entre pouvoir et opposition, il n’est pas exclu que le cycle reprenne.
Et aujourd’hui, l’ensemble de ces incompréhensions, contradictions et tensions entre différents acteurs sociaux et politiques du pays commencent à déborder des frontières guinéennes. Certaines chancelleries occidentales à l’image du pays des USA et de la France n’hésitent plus à mettre en garde leurs citoyens qui envisagent venir en Guinée contre les risques d’instabilité et les facteurs d’implosion.

Une situation plutôt embarrassante pour le Pr. Alpha Condé et l’ensemble des membres du gouvernement qui, jusqu’à ces derniers temps, mettaient chaque occasion à profit pour rappeler que le retour du pays à l’ordre constitutionnel combiné à ses énormes potentialités économiques, attiraient de nombreux investisseurs potentiels.

Alors, pour éviter que cette heureuse perspective ne s’arrête, les autorités guinéennes, manifestement incapables d’obtenir la trêve sociale et politique d’une autre manière, semble avoir opté pour la plus radicale des méthodes. Sauf qu’avec cette mesure d’interdiction des manifestations à caractère politique qu’il s’agisse aussi bien de meetings, marches que de cortèges, risque d’être plus contreproductive.

Contrairement aux attentes des autorités, cette mesure pourrait être perçue comme une confirmation des accusations de "dérives dictatoriales" que ne cesse de brandir l’opposition à l’encontre du pouvoir en place. Car quoiqu’on en dira, cette mesure est une restriction d’un certain nombre de libertés.

Maïmouna Fofana pour GuineeConakry.info