Kadhafi mort et trainé dans la boue. Très peu de personnes auraient imaginé un tel spectacle, tant l’homme s’est, au cours de son long règne, élevé au rang de super star de la politique, une imperturbable icône. Une icône que tous les grands du monde avaient courtisée au gré des péripéties de l’histoire. Mais aujourd’hui, au moment où il vient de tomber, armes en mains, sur le champ de bataille, ceux qui lui avaient jadis déroulé leurs tapis rouges, jubilent, ne se souvenant que du volet dictatorial de l’homme. Alors que, lâche et réduite à sa plus petite expression, l’Afrique, assiste dramatiquement à son humiliation, quelque part... Les dirigeants africains ne sont même plus capables d’extérioriser leurs sentiments de dégout pour ce déferlement médiatique macabre sur le corps de l'ex-Guine libyen, alors que tout indique qu’ils sont attristés et, ne partagent pas la joie de Sarkozy, Cameron et Obama... Quelle Afrique !

La soi disant communauté internationale a certainement la mémoire courte. Elle qui célèbre aujourd’hui la mort dans des conditions troubles de Mouammar Kadhafi comme une victoire de Sarkozy et de David Cameron entre autres. Mais le caractère incompréhensible de l’attitude de cette communauté apparaît un peu plus encore à l’idée que l’intervention de la coalition internationale en Libye ait été motivée par des raisons humanitaires, de droits humains ou encore de promotion de valeurs démocratiques.

On est aujourd’hui à se demander quel péché Kadhafi a-t-il commis ces dernières années pour que son rapport avec les puissances occidentales se soit si gravement dégradé ?

Car il y a quelques années encore, il s’entendait à merveille avec tous ceux dont l’action a été déterminante dans sa chute. C’est ainsi que sa visite en France 2007 est demeurée mémorable. A l’époque, Rama Yade avait essuyé de sévères réprimandes pour l’avoir dénoncée. Pourtant, à ce moment-là, recevoir et s’afficher avec l’ex-Guide de la révolution libyenne était plutôt une tendance.

A propos, il faudra rappeler que c’était en provenance de Lisbonne où il avait pris part au sommet Europe-Afrique que Kadhafi avait atterri à Paris, avant de planter sa tente bédouine dans le jardin de Luxembourg. Quelques mois plus tôt, c’est Nicolas Sarkozy qui s’était déplacé à Tripoli pour avait-il écrit dans le livre d’or « parler d’avenir ».

En 2004, c’est le plutôt « sage » Jacques Chirac qui s’y était rendu. A la même année, l’ancien premier ministre britannique, Tony Blair, de son côté n’avait pas résisté à la tentation de rencontrer le richissime Guide libyen que Kadhafi était à l’époque. Mais le pire, c’est certainement ce souhait de « chaleureuse bienvenue » qu’Hillary Clinton adressait le 21 avril 2009 à Moatassim Kadhafi, en tant que conseiller pour la sécurité nationale, en visite aux Etats-Unis.

A la veille de l’assassinat de Mouammar Kadhafi et de ce même Moatassim, la même secrétaire d’Etat était aux côtés du nouveau pouvoir libyen, à Tripoli-même. C’est tout simplement du 'no comment''!

Quant aux rapports entre l’Afrique sub-saharienne et Mouammar Kadhafi, on n’a pas besoin de grands et longs discours pour dire qu’ils étaient solides. Le Guide libyen s’est toujours donné le rôle de défenseur du continent noir. De sorte que pour beaucoup, avec sa mort, c’est le dernier représentant de la génération des vrais africanistes et grands défenseurs des causes africaines qui vient ainsi de s’éteindre.

 Il est bien vrai quelque fois, les largesses dont il faisait preuve avec certains de ses collègues étaient accompagnées de peu de respect et de courtoisie, mais il demeurait le seul qui savait relever les grands défis du continent et qui lui épargnait le ridicule et la honte.

Mais on n’est ni reconnaissant, ni fidèle, encore moins conséquent. Et on se trompe manifestement de cause à défendre. On se demande en effet comment les dirigeants africains à l’image d’Ahmadou Toumani Touré, Alpha Condé ou encore Lansana Kouyaté aient subitement perdu leurs langues alors que leur généreux ami était plutôt drapé dans de mauvais draps ?

D’autres dirigeants à l’image d’Abdoulaye Wade avaient même poussé leur dépendance occidentale jusqu’à se ranger dans le camp des adversaires de Mouammar Kadhafi. C’est d’autant plus incompréhensible que paradoxalement, c’est un véritable syndicat de chefs d’Etat africains qui empêche les présidents Omar El-Béchir et Robert Mugabé d’atterrir à la Haye. C’est une attitude qui manque tellement de logique que ces deux derniers présidents sont infiniment moins utiles au continent africain que l’était Kadhafi. Comparaison n'est pas raison, me dira-t-on...

Les motivations humanitaires et morales jusque-là mises en avant par les acteurs de la coalition internationale, n’ayant été que les prétextes d’une invasion destinée à prendre davantage le contrôle des immenses ressources pétrolières et gazières de la Libye, l'Afrique peut aller réfléchir encore...

Pivi Bilivogui pour GuineeConakry.info