Paul BiyaLe chef de l'Etat camerounais, Paul Biya (78 ans), remet son mandat en jeu, dimanche 9 octobre, à l'occasion d'un scrutin présidentiel à un tour qu'il a appris à verrouiller tout au long des trente années passées à la tête de ce pays d'Afrique de l'Ouest, face à une opposition divisée.

"Cette élection présidentielle ne se soldera pas par une alternance parce qu'il apparaît que l'ensemble du dispositif a été organisé avec la perspective de reconduire le président sortant", analyse le politologue camerounais Mathias Nguini Owona, cité par l'AFP. De fait, la Commission électorale nationale indépendante (CENI), chargée théoriquement d' organiser et de garantir l'impartialité du scrutin, a été nommée par le pouvoir en place. Si cela ne suffisait pas, elle a été privée d'une de ses attributions initiales dans la plus parfaite confusion.

Ainsi, la CENI n'est plus chargée d' annoncer les résultats. Cette tâche reviendra au Conseil constitutionnel, lequel devrait être opérationnel depuis plus de quinze ans, ce qui n'est toujours pas le cas. Paul Biya, qui n'a pas dirigé un conseil des ministres depuis plus de deux ans, s'en est souvenu dans les derniers jours de la campagne. Il a promis de corriger le tir, de même que pour la création d'un Sénat, une fois réélu. En attendant, la Cour suprême, contrôlée par le pouvoir, certifiera le résultat du vote.

Bouclée techniquement, cette élection l'a été également sur le plan sécuritaire. Le pouvoir garde en souvenir les émeutes contre la vie chère et contre le projet de suppression de la limitation du nombre de mandats présidentiels - projet adopté depuis -, noyées dans le sang en 2008. Par précaution, les frontières camerounaises ont donc été fermées, vendredi, pour quarante-huit heures et la circulation entre les villes était interdite à partir de samedi soir jusqu'à la fermeture des bureaux de vote dimanche. Des renforts ont également été déployés dans les rues de la capitale, Yaoundé, et dans celles du centre économique du pays, Douala. Deux villes où les affiches géantes de Paul Biya écrasent celles de ses 22 concurrents.

Scrutin à un tour

L'éparpillement de l'opposition apparaît comme une garantie supplémentaire de succès pour l'homme fort d'un Cameroun qui n'a connu que deux présidents depuis son indépendance en 1960. L'opposant historique John Fru Ndi, septuagénaire chef du Social Democratic Front (SDF), ne mobilise plus qu'une petite partie des 7 millions d'électeurs, âgés pour la plupart de moins de 25 ans. Les autres candidats seront condamnés à faire de la figuration.

Les observateurs s'inquiètent toutefois d'un calme qui pourrait être trompeur. L'emprise totale du parti-Etat (le Rassemblement démocratique du peuple camerounais, RDPC) sur l'administration et l'économie cacherait de sourdes luttes entre les "rénovateurs" et les tenants d'une ligne dure qui, tous, rongent leur frein en attendant l'après-Paul Biya.

Surtout, la situation sociale demeure explosive dans un pays où le taux de chômage des jeunes dépasse les 30 % et où le salaire mensuel minimum (équivalent à 43 euros) est le plus bas d'Afrique centrale. Début septembre, le Fonds monétaire international (FMI) a d'ailleurs évoqué la possibilité qu'une contestation violente renaisse face à la persistance de la pauvreté.

Christophe Châtelot

Source : lemonde.fr