Après la publication de l'article : Centre d'études et de recherches mandingues (CERMAN) qui a généré des commentaires en tout genre,il est important d'apporter l'analyse de Mr Nafadji Sory CONDE pour éclairer la lanterne des confusionnistes qui voient le diable en toute chose.

En Guinée quand on parle de changement, ce n'est pas qu'économique.Ces vingts cinq dernières années ont été une catastrophe pour la culture guinéenne.Il est temps de la sortir définitive du puit dans lequel certains l'ont plongés. C'est pourquoi,Le changement prôné par le président de la république et toute son équipe,appel également à un profond changement humain dans toute sa dimension.

Avant de vous laisser à la lecture,je remercie monsieur CONDE pour cette explication intellectuelle pour permettre à d'autres d'avoir de la hauteur sur des sujets qu'ils ne métrisent pas.


Bonjour les Amis,

Je me permets de vous transmettre le document en rubrique pour attirr votre attention sur ce qui se dessine et étant des intellectuels et des démocrates, il est bon de se saisir de ce document pour une analyse plus approfondie et soumettre la question dans vos débats pour une meilleur appréhension de ce qui est en train de se faire dans le pays. S'il est normal que des Associations cherchent à se mobiliser pour la promotion d'une culture, dans le but de faire valoir les us et coutumes d'une populqtion donnée dans un contexte et un environnement bien précis, cela est forcément à saluer et à encourager.

MAis lorsque c'est l'Etat qui favorise un de ses ministères qui émarge forcément au budget national et donc sous financement public émanant de la poche du contribuable guinéen que nous sommes touetes et tous, il est clair que cela doit attirer notre attention. La neutralité de l'Etat vis‐àvis des ses populations est un comportement sacré. Il sera plus acceptable si l'Etat, dans la valorisation de la recherche concernant les groupes ethniques ou les commuautés de la nation, favorisait la création, l'organisation et le fonctionnement de centres d'études et de recherche les concernant.

Mais lorsque le Ministre de la République, issu d'une communauté cautionne la création, l'organisation et le fonctionnement de ce genre de centre pour juste le bénéfice d'une communauté, il y a lieu de se poser des question et d'émettre des inquiétudes. Il est à rappeller que ce centre, dans son fonctionnement, aura forcément besoin de fonds et étant une structure de l'Etat, c'est le contribuable guinéen qui paiera la facture de ces recherches pour le bien d'une seule communauté.

Cela n'est pas la vocation d'un Etat, parce que c'est ce genre de comportement qui mine la cohésion et entraîne et alimente la division. Mon rôle à moi est de mettre à débat ce sujet pour une réflexion, afin que jaillisse une attitude et une même compréhension de ce qui arrive est des dispositions à prendre pour faire en sorte que nous évitions que le pays aille à la dérive pour les générations futures.

 Mamadou Barry,

Analyste Financier

 REPONSE EXPLICATIVE

Bonjour, Mon cher Barry !

Je viens de lire avec la plus grande attention votre message dans lequel vous attirez l’attention des intellectuels et démocrates guinéens  à propos de la création, par le Ministère de l’Enseignement Supérieur guinéen, d’un Centre d’Etudes et de Recherches mandingues (CERMAN) à l’Université de Kankan. Dans votre message, je salue le fait que vous suscitez un débat national, ouvert et démocratique par rapport à la gestion actuelle des dirigeants actuels de notre pays. C’est toujours avec  le même intérêt que j’ai compris vos préoccupations sur la gestion des fonds publics issus des poches des contribuables guinéens, surtout en votre qualité d’analyste financier. Et je m’en réjouis fort heureusement qu’en Guinée, on trouve des intellectuels qui s’inquiètent non seulement des finances publiques, mais aussi de la cohésion et de l’unité nationale. C’est cette inquiétude partagée par tous les guinéens sincères et conscients que je trouve remarquable dans votre message. C’est pourquoi, je veux apporter mon point de vue à ce débat essentiel que vous avez appelé de vive voix tout en espérant que je contribuerai  à éclairer des zones d’ombre liées à la création de ce centre. En effet, j’apporte à la connaissance de nos compatriotes, en tant que chercheur en sciences sociales, que la création d’un Centre d’Etude et de Recherche Mandingue (CERMAN) n’est pas faite  «  au bénéfice d’une seule communauté » et cela ne met pas l’unité nationale en danger comme Mr BARRY s’en est beaucoup inquiété. Il est à remarquer que dans les milieux de recherches sur les sociétés africaines, le terme manding désigne un large espace culturel et linguistique de l’Afrique occidentale  recouvrant de nombreuses communautés. Ainsi, on peut trouver des mandingues centraux (Bambara du Mali, Maninka de Guinée, Jula de Côte d’Ivoire), des mandingues de l’ouest (Khassonka du Mali, Diakanké de Guinée, Gaabounké de Guinée Bissau, Mandinka de la), des mandingues du sud (Guerzé, Toma, de la Guinée Forestière et du Liberia). Le terme englobe aussi les soussous,mikhiforè, dialonkés et lélés en Guinée, Yowlés, Yacouba et Dan en Côte d’ivoire, Soninkés, marakas et songhaï au Mali, Bobos au Burkina, Mende en Sierra leone et Vaï au Liberia. Bref, le terme manding englobe non seulement une réalité linguistique et culturelle, mais la plupart des groupements humains de l’Afrique occidentale y compris ceux de la Guinée, notre pays. Donc  réduire le terme manding au seul pays malinké relève des affabulations de non spécialistes. Le message implicite de Monsieur Barry s’inscrit dans ce cadre. Heureusement que Mr Barry  a cette excuse d’ignorer les sciences humaines parce qu’il n’est qu’un analyste financier. Par ailleurs, les études mandingues ne sont pas l’apanage de la seule Guinée, même si notre pays a connu de nombreux spécialistes parmi lesquels les historiens Djibril Tamsir Niane, Lansine Kaba et Dian Cherif Diallo. C’est aux Etats Unis que Mande Studies Association
(Etudes Mandingues) fut créée en 1986. Cette institution qui regroupe des linguistes, historiens, ethnologues, sociologues, anthropologues, littéraires et autres spécialistes américains, européens, asiatiques et français tient des congrès réguliers aux USA, en Europe et en Afrique. Parmi des guinéens qui sont membres, on trouve par exemple Dr Ismaël BARRY, célèbre historien, qui a traité des rapports historiques qui ont prévalu entre Almamy Samory Touré et  les Almamy du  Fouta théocratique. Voici des thématiques qui, si elles sont portées face au grand public, pourra aider à recoudre le tissu social. Il ya aussi Dr Abdourahamane Diallo de l’université de francfort qui, lors de la deuxième conférence internationale des langues et de la linguistique mandé en 2008 à St Petersburg(Russie), a abordé un thème lié au contact linguistique entre les peuls et les malinkés. Mande Studies aide aussi les universités africaines en envoyant des experts et en formant les chercheurs dans plusieurs domaines.  Lors du centenaire du héros Almamy Samory Touré organisé en 1998 par le gouvernement guinéen, Mande Studies a aidé la Guinée en mettant ses ressources humaines et intellectuelles  à la disposition de notre pays. Effectivement, C’est sous la primature de Mr Cellou Dalein Diallo que la république de Guinée a accueilli la sixième conférence internationale des Etudes mandé à Novotel à Conakry et à l’Université de Kankan. A la clôture de ce sixième congrès tenu à Kankan, les chercheurs américains ont proposé aux autorités d’alors, la création d’un centre de recherche mandingue à l’université de Kankan, au grand
dam des universités de Dakar et de Bamako qui voulaient accueillir le centre en leur sein. Finalement, il a été décidé que l’université de Dakar et celle de Bamako s’associent à l’université de Kankan pour que
le projet voit jour. C’est ce que les autorités guinéennes de l’époque ont accepté sans problème. Cependant, les instabilités et les tensions sociopolitiques récurrentes que notre pays a connues ces cinq
dernières années ont ralenti  la mise en œuvre de ce projet de centre d’étude mandingue. Quoi de plus normal qu’avec le retour de la normalité, le gouvernement guinéen relance les grands projets
universitaires et interuniversitaires. La création de  ce centre s’inscrit aussi dans le cadre de la reforme et de la modernisation de l’enseignement supérieur guinéen. Commencé par une initiative américaine, C’est avec  l’aide d’une expertise française que le centre a été finalement créé. Lors de cette 3ème conférence internationale des langues et de la linguistique mandé organisée par le Centre National de la Recherche
Scientifique de la république française, à laquelle je suis entrain de participer ici à Paris, de nombreux linguistes russes, ukrainiens, français ont présenté des thèmes de recherches liées aux langues guinéennes comme le kakabé, le Toma, le Kpelle, le kouranko, le peul et le maninka. L’annonce de la création de ce centre à l’université de Kankan a été accueilli avec un ouf de soulagement par tous les
participants à ce colloque de Paris. Mais je n’étais pas au terme de ma surprise quand, au retour le soir à mon lieu d’hébergement, je découvris brusquement la lettre de Monsieur Barry dans ma boite électronique. Comme je connais très bien l’historique de la création de ce centre, je  n’ai pas voulu attendre mon retour à Conakry pour apporter des éclaircissements aux questions soulevées dans le message. Un autre souci de Monsieur Barry est aussi le fait que c’est une dépense de plus pour le contribuable guinéen, ce qui est tout à fait compréhensible, vu qu’il est analyste financier. Mais, financer la
recherche scientifique en sciences sociales et humaines permettra de mieux valoriser notre patrimoine social et culturel. Or, il n’est un secret pour personne que la culture valorisée ferra entré autant de devises à notre pays que nos mines. La première richesse d’une société, c’est l’Homme.Le CERMAN va contribuer à  rattraper le retard de la Guinée dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.Des pays voisins comme le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire ont une grande longueur d’onde d’avance sur la Guinée dans le cadre de la reforme de ce secteur névralgique de l’éducation nationale. La démarche du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique est salutaire et renforcera de surcroit l’unité nationale et la cohésion avec nos voisins ouest-africains.En  somme, ce centre de recherche mandingue, loin d’être conçu pour le « bénéfice d’une seule communauté » , n’est en réalité qu’un laboratoire de recherches et d’études historiques, culturelles,
anthropologiques, sociologiques, linguistiques, ethnologiques et géographiques de tout l’espace mandingue ouest-africain en général et les composantes socio-humaines de la Guinée en particulier.C’est aussi le fruit d’une collaboration interuniversitaire dont le processus remonte à très longtemps. Le fonctionnement de ce centre,loin de toute passion politique ou de toute querelle politicienne, contribuera à mieux coordonner toutes les recherches sur le peuple de Guinée et d’ailleurs. Il permettra à coup sûr de mettre l’accent aussi
sur ce qui  unit les différentes communautés de notre pays alors que les milieux politiques ne mettent l’accent que sur ce qui nous sépare.

J’espère que mon analyse aussi sommaire que hâtive permettra de donner à Monsieur Barry ou à tout lecteur de ce message, les raisons de création de ce centre ainsi que son historique, au-delà de toute
passion.Je ne saurai terminer ce message sans remercier mon concitoyen Mr Barry pour la pertinence du débat qu’il a suscité ; Ma mise au point n’étant qu’une suite logique de sa communication.
Depuis Paris, 17 septembre 2011

                                                      Nafadji Sory
CONDE, consultant
Membre de l’Académie N’ko
Adresse à Conakry :
Tel : 00224 62 20 52 82
Email : nafadji@gmail.com
            nafadji@yahoo.fr