sidya" Alpha Condé n'a pas d'avis sur quoi que ce soit tant que la justice ne s'est pas prononcée "

Le 12 septembre, M. Sidya Touré, Président de l’UFR a rencontrer une équipe de la Rédaction du journal La Lance autour de la situation socio-politique du pays. Il a entre autres abordé dans cette première partie-ci, la tenue des législatives, les nominations du Président Alpha Condé, la réconciliation nationale… Nous livrons ici le texte intégral de la première partie de cet entretien. 
La Lance : Quelle lecture le Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition, fait-il de la situation politique actuelle ?

Sidya Touré : Merci pour cette opportunité. C’est une situation de blocage ! Blocage sur un point essentiel : la finalisation de la Transition. C’est pour cela que le processus s’appelle ainsi. Nous n’avons pas d’Assemblée nationale dans notre pays aujourd’hui. C’est pourtant une institution importante qui est un peu le socle de la démocratie dans un pays. Le fait que nous n’avons pas réglé cette question crée une précarité institutionnelle en Guinée préjudiciable non seulement à tout investissement extérieur, mais également à l’équilibre politique de notre pays. Nous n’avons pas mené la lutte depuis le temps de Conté en passant par les militaires pour arriver à un Etat d’exception avec juste un chef d’Etat sans un Parlement qui peut contrôler l’action du gouvernement. Donc, tant que cette question n’est pas réglée, la Guinée sera dans une situation précaire qui fait aujourd’hui que nous avons l’impression de continuer à flotter.

La finalisation de la transition passe par ces élections. Tant que ces élections n’ont pas lieu, nos problèmes demeureront.

Tout récemment, vous avez rencontré le Président Alpha Condé à sa demande. Cela a alimenté la polémique. D’aucuns commencent déjà à dire qu’il vous a proposé un poste de Premier ministre pour sortir un peu le pays de sa léthargie. Est-ce que vous pouvez revenir sur quelques moments forts de la rencontre ?

N’exagérons rien. Je connais Alpha Condé depuis plus de 30 ans. Nous avons été pendant plus de dix ans dans l’opposition ensemble. Ce n’est pas parce qu’il est devenu Président que je ne peux plus lui parler. L’opportunité était là de discuter avec lui.
Nous sommes allés le rencontrer et nous avons discuté des problèmes posés par le Collectif des partis politiques pour la finalisation du processus de transition. Il s’agit des problèmes qui sont les préoccupations de l’UFR également. A savoir : les problèmes de la CENI, de la révision des listes électorales, l’installation illégale des Délégations spéciales dans les mairies et des CRD que nous avons obtenues en 2005. Ces trois points, si vous avez constaté, font partie de la panoplie des questions qui doivent être discutées aujourd’hui pour arriver aux élections législatives de manière consensuelle.

Au-delà de cela, nous avons discuté de la situation économique. Je lui ai fait part du fait que je suis préoccupé par le problème de l’équilibre sociologique même dans notre pays, et que j’estimais qu’il fallait prendre des dispositions afin de mieux rassembler les Guinéens. Et que c’est ainsi seulement que nous aurons l’opportunité de nous en sortir tous. A aucun moment, bien sûr, nous n’avons parlé de quelque gouvernement ensemble. Je crois que cela relève purement et simplement de la spéculation des uns et des autres.

Beaucoup de Guinéens pensent que vous seriez une chance au cas où il vous proposerait la Primature ?

Je crois que si les Guinéens pensaient cela, ils auraient commencé par voter pour moi (Rires). Aujourd’hui, nous sommes très loin de cette préoccupation. Ma préoccupation au niveau de l’UFR, c’est de faire en sorte que nous ayons le maximum de députés et que je puisse être candidat à la présidence de l’Assemblée nationale. C’est ce qui m’intéresse. Je ne suis intéressé par aucune Primature.

Sur la même lancée, il a invité votre ami Cellou Dalein Diallo à aller le rencontrer. Mais apparemment, ça n’a pas marché. Est-ce que ce n’est pas une offensive qu’Alpha Condé lance en vue de charmer les militants pour les législatives ?

Cellou m’a expliqué les conditions dans lesquelles il a été invité ; les raisons pour lesquelles il n’a pas pu faire cette rencontre. Mais, je le comprends. Apparemment, il m’a dit qu’on est venu le voir à 10h pour une rencontre à 11h. je pense qu’il est normal qu’un responsable de parti politique, comme je l’ai fait dans le temps quand j’ai été appelé, puisse rencontrer son Bureau politique pour discuter de ces questions avant d’aller voir le Président de la République. Surtout quand on connaît actuellement la tension qui règne dans le pays, notamment entre certains membres de l’UFDG et le Président de la République qui est lui-même Président du RPG. Donc, cela est compréhensible. L’offensive de charme serait de donner des instructions claires au ministre de l’Administration du territoire, comme le Président Conté l’avait fait en son temps avec Solano pour dire : discutez avec l’opposition , faites-nous des propositions pour que nous réglions cette histoire de la CENI, de la révision et qu’on puisse aller aux élections.

L’apaisement pour nous aujourd’hui, est qu’on puisse aller aux élections législatives. Or, ce que nous savons de l’etat de la situation, notamment ce qui se passe à la CENI, en dehors des partis politiques, avec l’arrivée de deux milles cinquante kits d’Afrique du Sud qui ont été formatés, nous ne savons pas comment, gérés par une société qui n’a pas été choisie par appel d’offres international comme ça été le cas de la SAGEM. Avec une société locale, Sabari technologie, qui est une société du RPG, il ne faut pas se le cacher. Mais j’estime que tout ceci relève de la provocation. Il faut arrêter cela parce que j’estime que 53 ans après l’indépendance, notre pays a autre chose à faire.

Quand on parle de ces élections, les gens ont l’impression que nous discutons parce que l’opposition, c’est toujours cela ; ça n’a rien à voir. Je viens de dire que si cette transition n’est pas achevée, la précarité qui est créée au niveau des institutions ne permet pas à certaines Agences notamment, d’apporter des financements. Mais, cela donne l’impression même aux sociétés privées qui veulent investir en Guinée qu’il y a quelque chose d’inachevé. Et cette pauvreté qui fait qu’on n’a pas de financements extérieurs, tant au niveau institutionnel qu’à celui des IDE (Investissements directs étrangers) fait qu’il n’y a pas de création de richesse. S’il n’y a pas de création de richesse, il n’y aura pas d’emplois. Et s’il y a la pauvreté, c’est la pauvreté à Boffa, à Labé, à Kouroussa, à Yomou…

Ce sera pareil. Donc on n’a rien à gagner dans cette situation si ce n’est que certains veulent s’arc-bouter sur le pouvoir et se dire, la Présidence ça ne suffit pas, il faut tout le pouvoir.

L’Assemblée c’est pour débattre. Personne n’attend que quelqu’un puisse avoir 70% des sièges. J’aimerais que la classe politique, y compris le gouvernement, surtout se ressaisisse. Et qu’un débat serein s’ouvre sur les questions essentielles qui ont été indiquées et que nous allions réellement aux élections avec le fichier électoral que nous avons. Parce que c’est le fichier qui a servi à élire le Président de la République, la société qui a fait ce fichier a été choisi par appel d’offres.

C’est la même société qui a fait le fichier en Côte d’Ivoire, qui l’a fait au Ghana. Je ne vois pas comment ont peut estimer que dans tous ces pays, ça été bien fait, et que chaque fois que c’est la Guinée, ce n’est jamais bien fait.

Le Président Alpha Condé vient de citer nommément, par voie de presse, Tibou Kamara, Bah Oury et Diallo Sadakadji comme étant les cerveaux de la tentative du 19 juillet contre son domicile. Par la même occasion, il a évoqué le Sénégal et la Gambie qui auraient servi de base arrière. Quelle lecture en faites-vous ?

J’avais parlé avec Alpha de ces questions-là. J’ai déploré le fait que les militaires s’impliquent dans le processus et nous avons totalement condamné cela. Au-delà, je lui avais conseillé de laisser la justice travailler sur cette question de la manière la plus sereine. Que je faisais confiance actuellement aux responsables de ce Département. Et que dans le cadre de cette enquête, il sera clairement établi et pour nous, et pour lui, et pour l’ensemble de nos compatriotes, ce qui s’est réellement passé. Donc, entre temps, il n’a pas d’avis sur quoi que ce soit tant que la justice ne s’est pas prononcée sur cette question.

Et l’on parle encore de réconciliation nationale. Les sages et la société civile ont été impliqués. En même temps, d’aucuns estiment effectivement que les nominations dans l’Administration ne sont pas de nature à améliorer cette réconciliation, parce qu’on voit systématiquement une même ethnie autour des mêmes postes ?

Je suis désolé, les Guinéens ont l’habitude de jouer à ce jeu. Ce n’est pas la première fois. Nous l’avons vu également à un moment donné vers la fin de la Présidence de Lansana Conté. Il faut éviter cela. Personne ne peut ignorer aujourd’hui que quand vous êtes devant votre télévision ou votre radio, 80% des nominations, concernent une seule région du pays. J’estime que s’est une manière extrêmement maladroite d’envisager le problème. Non seulement ce n’est pas performant au niveau du fonctionnement de l’Administration, mais c’est également un signal fort qui est donné aux autres régions, aux autres groupes ethniques sur le fait qu’aujourd’hui, c’est notre tour, c’est nous qui faisons ce que nous voulons. Et je ne crois pas que c’est comme ça qu’on gère la Guinée. Je viens de le dire en ce qui concerne les élections, je le dis également en ce qui concerne ce problème. Si nous n’arrêtons pas cela, nous continuerons de nous diviser. Avec la division, nous n’arriverons à rien. Si on n’arrive à rien, je ne vois pas l’intérêt de s’être battu pour être Président ou pour être député. Si vraiment c’est ce que la classe politique veut donner à notre pays, j’estime que nos compatriotes, après 53 ans, je suis sérieusement inquiet de ce que j’entends aujourd’hui au niveau des nominations. Je le dis franchement parce que c’est perceptible et c’est dans tous les secteurs. Et malheureusement, j’ai l’impression que dans les secteurs que je connais bien, on voit arriver des gens qui n’ont aucune capacité pour faire le travail, si ce n’est simplement l’appartenance à un parti politique ou à une région. Je déplore cela et je le condamne avec beaucoup de fermeté. Je dis à mes amis du RPG que ce n’est pas la solution pour faire avancer les choses.


SOURCE : La Lance