A PROPOS DE QUELQUES

" NOUVELLES ET BILAN " DE LA REVOLUTION D'AHMED SEKOU TOURE

sekouJuste un mot d’introduction : Le Prophète Mohamed (SAW) a vécu pendant 63 ans. Le Président Ahmed Sékou Touré, dans une thèse mémorable au courant du dernier lustre des années 70, avait vivement engagé les guinéens (en réalité ‘’Tout le monde’’ !) à ‘’payer les dettes’’ forcément contractées vis-à-vis de la Société, sans laquelle personne ne peut ni survivre, ni évoluer, ni à plus forte raison, être riche ou puissant. L’homme s’endette jusqu’à ce qu’il soit majeur et utile à son tour et, selon AST, les Elus de Dieu sont toujours rappelés à Lui lorsqu’ils sont encore valides, comme Muhammad (SAW), pour ne plus avoir à contracter de nouvelles dettes à la fin de leurs vies, pour cause d’impotence. Or, Ahmed Sékou Touré était encore dans la force de l’âge, et de grande utilité, lorsqu’il mourut lui-même à 62 ans…N’est ce pas bon à savoir, cela?

Deuxième Nouvelle NON MATHEMATISABLE :

La Mort de deux ‘’Oracles’’ de mauvaise augure. 

A/- LE Vieil Animiste qui était chef de Village :

 Je n’avais pas encore dix (10) ans. C’était dans mon village. L’arrivée de Sékou Touré était annoncée dans quelques jours, et pourtant les principaux partisans du RDA qui venaient voir mon père paraissaient bien soucieux. Je ne quittais autant dire jamais mon père qui était déjà âgé ; il devait avoir dans les soixante-dix ans. C’est ainsi que je fus informé sur les raisons qui les troublaient tant : c’est que le vieux Chef d’un petit village voisin, très mystérieux, avait juré que Sékou Touré serait mort dès l’instant qu’il mettrait le pied sur le sol de mon village !

L’anxiété de ses partisans trouvait sa justification dans la réputation de ce vieux Chef qu’on disait grand sorcier. En réalité il était craint dans toute la contrée. Il n’était pas rare que le Chef de Canton, et même le Commandant Blanc, vinssent lui faire la cour, avec tous les signes d’un grand respect ! Ce vieux Chef-là, on le disait par exemple capable de se transformer en lion! Quoi qu’il en soit, il était de notoriété publique que depuis sa plus tendre jeunesse, (on dit qu’à 18 ans - à beaucoup moins en réalité- il était déjà Chef) on n’avait jamais vu un de ses adversaires survivre, ne serait-ce que deux semaines, à une scène de querelle ouverte avec lui!

Dans le passé, il avait même reçu pendant des mois, l’Almamy Samory en personne et, malgré sa grande jeunesse à l’époque, le grand Empereur lui avait témoigné des égards tout  particuliers.

Il disposait semble-il, d’une terrible armée d’abeilles aux piqûres mortelles, qu’il pouvait lâcher et rassembler à volonté ! Son village pouvait faire alliance avec quelqu’un, mais il était imprenable de force !

Bref, il était devenu depuis lors un solide vieillard presque centenaire, qui avait la réputation de ne jamais parler en vain. Or, c’est celui-là qui venait de décider que Sékou Touré mourrait en foulant le sol  de notre pauvre village ! Avouez qu’il y avait de quoi s’inquiéter, de la part de ses partisans !

Parce que chez nous en Guinée, on ne joue pas avec ce genre de menace…

C’est dans cette ambiance particulièrement lourde que le jour fatidique arriva. Sékou Touré était déjà dans la contrée depuis plusieurs jours, ayant entamé une tournée qui devait le conduire dans toutes les villes et tous les villages importants de la Haute Guinée. Il devait arriver dans mon village aux environs de 15 heures. C’était un évènement tellement important que le Directeur de notre école avait déjà décidé de mettre tous les élèves en congé pour cet après-midi là. Il était lui-même un responsable du PDG, et éprouvait la même inquiétude que ses autres camarades.

Et voilà ce qui arriva. Ce jour-là, très tôt dans la matinée, une jeep était venue du Chef-lieu du Cercle, avec une forte délégation dépêchée par le commandant Blanc et par le Chef de Canton, dont un des fils était membre du principal parti opposé au PDG. La Jeep arriva dans notre village vers huit heures, au moment où nous entrions en classe. Notre Directeur semblait vraiment ému, comme si, à ses yeux, l’arrivée de cette délégation des Autorités coloniales revêtait une signification particulièrement lourde de conséquence.

De toutes les façons, nous apprîmes à l’heure de la récréation, à dix heures, que le véhicule avait été envoyé dans le petit village voisin, pour aller chercher le vieux Chef animiste, qui devait rejoindre la délégation du Chef-lieu chez notre Chef de village. Quelle animation ! Et quels chuchotis ! J’en étais frappé.

Après la récréation nous entrâmes en classe, mais n’eûmes pas même le temps d’y demeurer pendant une trentaine de minutes. Soudain, le Directeur en personne entra dans notre classe, le Cours Elémentaire, et parla à voix basse dans l’oreille de notre maître, qui le regardait avec ébahissement. Puis se tournant vers nous,  le Directeur déclara : ‘’Vous allez vous lever sagement pour rentrer  chez vous. Sachez cependant que le vieux Chef du petit village voisin X… vient de mourir subitement ce matin, aux environs de dix heures ! Il était dans la Jeep du Chef-lieu qui était allée le chercher, et c’est sur la colline d’où l’on aperçoit notre village qu’il a brusquement porté la main à sa gorge, comme si quelque insecte l’avait piqué. Le véhicule ne s’était même pas encore immobilisé qu’il était déjà complètement inerte lui ! Croyant que ce n’était…qu’un malaise, on l’a quand-même emmené jusque chez notre Chef de village où, Monsieur K… , notre Chef de Poste médical vient de constater son décès. On l’a aussitôt ramené dans son village.’’

Nous sortîmes donc de la classe et traversâmes le village étrangement calme, comme si les habitants avaient été assommés par la nouvelle de cette mort subite. Comme si on avait peine à y croire. Comme si les gens se disaient : ‘’Tiens! Tiens! Il peut donc mourir lui aussi en pleine adversité !?!’’

Et puis plus tard, vers deux (2) heures de l’après-midi, il ne fallait tout de  même pas voir sur la place principale de mon village : c’était grouillant d’un monde multicolore et enthousiaste ! Tam-tams et balafons ; chants et danses ; rythmes et mélodies propres à mon village, qui est très cosmopolite ; il y avait de tout ! C’était la première vraie manifestation populaire que je voyais, et cela m’impressionna très fortement. Ce Sékou Touré quand-même, hein!

Il arriva vers quinze (15) heures comme prévu, vêtu d’un complet noir et coiffé d’un chapeau noir, debout dans sa voiture également noire au toit ouvrant. C’est à peine si celle-ci pouvait rouler, tant la masse humaine était dense. Et lorsque la voiture arriva au cœur de cette impétueuse marée, Sékou Touré brandit ses deux poings en l’air et lança d’une voix qui domina tout ce vacarme : ‘’Körö gnâri bara fââh !’’.

Un cri de guerre ! Oui, c’était un véritable cri de guerre, et cela signifiait ‘’le vieux chat est môôôrt!’’. Et la foule, une foule qui paraissait réellement énorme pour notre petit village, reprit à sa suite : ‘’Körö gnâri bara fââââhh !!’’. La clameur pouvait sûrement être entendue dans certains villages environnants.

Alors, cette phrase de mon père m’était revenue à la mémoire. Il avait dit à tous ceux qui venaient le voir les jours précédents pour lui dire leur inquiétude à propos de cette visite, qu’ils jugeaient trop dangereuse : ‘’Soyez tranquilles ! Je ne saurais vous dire comment, mais j’ai la certitude que Sékou Touré viendra et repartira d’ici sans le moindre mal !

’’Etait-ce, là aussi, le signe d’un destin exceptionnel?’’  L’histoire est, en tout cas, authentique. Mais, le sceptique pourrait bien aller s’en informer dans mon village…En se hâtant tout de même. Car les gens vieillissent et meurent ! Or, c’est eux les témoins ! Surtout lorsqu’il s’agit de l’histoire d’un homme dont tant de gens pourris veulent effacer ou déformer la personnalité, l’image, et l’histoire.

B/Le Propagandiste de Macenta

Le lecteur sera certainement étonné de la brièveté de la relation de cette histoire. La raison en est fort simple : c’est que l’événement avait été conté par Ahmed Sékou Touré lui-même, sur les ondes de la Voix de la Révolution. Je ne fais donc qu’un simple rappel, toutes les circonstances en ayant été largement expliquées par le principal intéressé. C’était notre Chef d’Etat. Or toute Nation a droit à son histoire. A ce titre, je suis certain que les différents responsables de notre Radiodiffusion nationale ont veillé à bien conserver les bandes sonores de cette époque glorieuse, où notre pays s’acquittait de sa mission sacrée de libération des peuples africains du joug colonial!

Vous savez, l’histoire d’un peuple, c’est cela : chaque Homme d’Etat s’assigne une mission précise, en fonction de laquelle il arrive au pouvoir. Il est alors soutenu par la force la plus prépondérante de son époque : soit le Peuple, soit l’Armée. Soit aussi des pouvoirs extérieurs, à la suite d’ingérences, effrontées parfois, dans les affaires des pays pauvres ou faibles!

En tout état de cause, c’est au vu des bilans de chaque mission qu’on devra permettre, tôt ou tard, à la postérité de porter des jugements impersonnels, sans passion et sans interférences perverses d’aucune sorte. L’Histoire est une balance absolue, que rien ne peut fausser! Dans chacun des deux plateaux de cette balance, les réalités négatives et positives totales, sans triche aucune, seront placées et pesées. Nos états d’âme n’y feront rien.

 L’Histoire est parfois cynique ; tout comme la  Vérité, dont elle n’est que le Symbole en réalité.

Digression ? Point du tout ! Je suis parfaitement dans le sujet : c’est-à-dire la recherche et l’expression de notre Vérité Historique.

Ainsi, dans les années 50, un propagandiste opposé au PDG, tint un jour un meeting à Macenta. Devant son auditoire muet de stupeur, il exhiba une pièce de percale blanche et assura qu’elle servirait bientôt de linceul pour l’enterrement de Sékou Touré en Guinée Forestière. Car, avait-il précisé, c’est dans cette région que toutes les dispositions étaient déjà prises pour mettre un terme à son ‘’aventureuse existence’’. Il faut dire que la visite de l’intéressé était annoncée. Notre propagandiste-prédicateur avait décidé donc de demeurer dans la contrée pour pouvoir s’acquitter,  d’après lui le moment venu, d’un devoir humanitaire en remettant sa pièce d’étoffe aux partisans du PDG-RDA, avec ses plus vives condoléances, lors des obsèques imminentes de Sékou Touré, leur ‘’patron’’!

Mais voilà : parti de Macenta le même jour pour N’Zérékoré, c’est au célèbre col de Sérédou que le véhicule qui le transportait s’était renversé. Au bilan, un mort complètement écrasé : lui ! Ce qui en  restait n’était pas du tout transportable. Il fut donc inhumé, enveloppé dans sa pièce de percale, sur le lieu-même du tragique accident. Sékou Touré n’était même pas encore arrivé en Guinée Forestière pour y entamer sa tournée! Quel destin, n’est-ce pas ?

PETITE CONCLUSION

  Avant Ahmed Sékou Touré, un grand nombre, un très grand nombre de pays africains ne rêvaient même pas d’avoir une République noire et un Président noir. Il n’y a qu’à se souvenir simplement des 13 territoires sur 14 d’Afrique Occidentale et Equatoriale ‘’française’’ qui avaient ouvertement préféré demeurer dans le statut humiliant et indigne de ‘’colonies’’, et leurs dirigeants, dans celui de ‘’valets chatoyants’’ éblouis par des miroirs aux alouettes dont ‘’on’’ les avait hypocritement environnés. C’était la ‘’Foire aux cancres’’. Ca peut encore l’être pour un temps. Car des ‘’Africains’’ avaient été piégés et ‘’confortablement hébergés’’ en France : ceux-là peuvent encore ‘’servir’’, grâce à l’invention récente de ‘’Logiciels périmés’’, déclencheurs d’une extraordinaire (dé)volution pour une ‘’retutellisation’’ françafricaine ‘’décomplexée’’ et méprisante…

Avant Ahmed Sékou Touré, la Guinée n’avait aucune idée des charges et de la stature seyante d’un Président de République. Quelle qualité, quelle maturité et quel génie précoces (à 36 ans!) avaient-ils été ceux du Libérateur de notre pays, du Fondateur de notre République et, surtout, de notre Nation unitaire et forte jusqu’en 1984, pour ENDURER et DEPASSER combien de tentatives multiformes d’assassinat (par maraboutisme, fétichisme, agression physique personnelle et publique, bombardement et destruction par le feu de son domicile privé à Bellevue, attaques personnelles à la  grenade tant au Palais du Peuple qu’à l’Aéroport de Conakry…), oui, quelle force de caractère lui avait-il fallu pour faire  face à tout cela, et aussi, en même temps à toutes ses charges intérieures, africaines et internationales, dans la plus parfaite SERENITE, pendant près de 30 ans, de 1955 au moins jusqu’en 1984? Charges dont l’extraordinaire exercice lui avait valu une consécration ultime inégalée  à sa mort!

  La République et la Nation Guinéenne  à travers leurs Elites (religieuses, intellectuelles, politiques, Société civile et Autorités), ont-elles jamais été capables de reconnaître ces épreuves qu’il a subies et endurées uniquement par patriotisme et par amour pour les masses populaires de Guinée et d’Afrique ? A moins que quelqu’un ne vienne nous ‘’prouver’’ qu’il l’a fait pour de l’argent…Et puis, même si on lui a refusé la plus élémentaire solidarité, qui, parmi nos Elites, s’est-il abstenu, s’abstient-il encore aujourd’hui, au moins, de banaliser les dites épreuves, d’en accuser même la victime d’en être elle même l’instigatrice, et l’amorale manœuvrière : qui s’en est-il abstenu ? Qui s’en abstient-il ?

Peut-on expliquer cela par le seul fait qu’il a été le Premier Président de notre pays ? Ou bien parce que Dieu l’a exceptionnellement protégé et soutenu en toute circonstance, et donc parce qu’en réalité c’est à Dieu qu’on en veut ? Ou bien c’est en raison d’une pourriture morale qui affecte gravement certaines composantes de nos Elites, pendant que les autres s’en contrefichent éperdument, en pensant que notre pays peut se bâtir sur la méchanceté, la déformation, et le mépris pour les sacrifices de nos Héros de Devanciers ?

Je vais, si Dieu le veut, continuer encore à publier de ces ‘’NOUVELLES’’, que je dis ‘’Non Mathématisables’’, de la vie d’Ahmed Sékou Touré qui, faut-il le rappeler, ne peut plus rien pour ‘’récompenser’’  quelqu’un. Et plus loin, je présenterai une série de Bilans, désormais inégalables en générosité pure, que notre Révolution Populaire avait réalisés au profit de notre Peuple total, sans aucune discrimination, du Foutah à la Guinée Forestière, de la Basse, à la Haute Guinée! C’est Dieu mon Témoin. Et Il me suffit. 

A la prochaine donc pour continuer nos ‘’Nouvelles et Bilans’’, si Dieu le veut !

Soub’hânallahi wa bihamdihî

Astakh’firoullâhi wa atoûbou ilaïhi

Conakry, le 11 Août 2011

Aly Bocar Cissé

Professeur et Administrateur Civil  à  la Retraite

Tél : 64-33-37-70/62-27-88-89

cissedebma@yahoo.fr