« Le silence devient un péché lorsqu’il prend la place qui revient à la protestation ; Et, d’un homme, il fait alors un lâche ».

Abraham Lincoln

Après l’attaque contre la résidence du Président de la République, le Professeur Alpha Condé, les Guinéens, dans leur immense majorité, ont apporté un soutien unanime au chef de l’État et condamné avec énergie les auteurs de la tentative d’assassinat.

Les États-Unis et l’Union Européenne ont, par la voix de leurs représentants, condamné l’attaque de la Résidence et exprimé leur attachement à la poursuite de la paix et de la stabilité en Guinée.

De nombreux chefs d’État et de gouvernement étrangers ont téléphoné au président Alpha Condé pour lui exprimer leur soutien.

Mais à ce jour, les leaders de l’opposition guinéenne ont choisi d’observer le silence. Ni Cellou Dalein ni Sidiya Touré ne se sont exprimés sur ce qui s’est  passé le 19 juillet dernier. Ce silence calculé des leaders de l’opposition est à tout le moins troublant et inexcusable. Il est révélateur de leur degré de patriotisme et de l’idée qu’ils se font de nos institutions et de la Nation. Chercheraient-ils à tirer de l’événement des dividendes indus, et lesquels ? Je n’ose pas y croire. Mais ici, le mutisme équivaut à un consentement tacite, à une approbation de la méthode utilisée et des fins poursuivies par les criminels.

Calcul politique insensé, machiavélisme outrancier, attitude inhumaine et franchement destructrice. Il est des moments où l’intérêt général et l’avenir de la nation doivent l’emporter sur les ambitions personnelles. De surcroît, il me semble qu’un leader qui aspire à un destin national doit avoir un sens de l’honneur, c’est-à-dire la volonté de mettre son action au service de valeurs morales : refus de pactiser avec le diable, renonciation aux compromis douteux, sens du tragique de la destinée et aussi de la dignité.

Il s’agit de valeurs de fidélité que l’homme ne peut nier sans se condamner à la perdition. Répétons-le clairement pour ceux qui l’auraient oublié : la tentative d’assassinat d’un chef d’État démocratiquement élu n’est pas un épiphénomène. C’est une remise en cause de nos institutions, une transgression de la volonté populaire exprimée par voie électorale. Sous d’autres cieux, quelles qu’aient été les circonstances, une telle tentative a toujours suscité un sursaut national. Le peuple, tout le peuple, y compris les leaders politiques, s’est dressé comme un seul homme pour défendre l’unité et l’unicité de la nation.

D’où vient donc que, depuis les événements du 19 juillet, les dirigeants de l’opposition guinéenne aient choisi de rester silencieux ? Généralement très enclins à solliciter des interviews sur les stations de radio et les chaînes de télévision étrangères, ils ont tous opté aujourd’hui pour l’hibernation. Ni Cellou Dalein, ni Sidia Touré, ne sont allés à la télévision pour flétrir la tentative d’assassinat et exprimer ouvertement leur soutien au Président de la République. Ils savent cultiver l’ambiguïté, la contradiction et l’énigme. A l’heure où j’écris, ils préfèrent déléguer leurs pouvoirs à leurs lieutenants qui amusent la galerie en se barricadant chez l’un d’eux à Dixinn. Opération médiatique et piètre tentative de diversion ; Le peuple guinéen n’est pas dupe. Viendra un moment où il faudra s’expliquer.

Le pire en politique est de cultiver l’art du cynisme, cette attitude par laquelle l’homme politique se coupe de ses racines et se prive de toute morale concrète. Pour moi, il n’y a pas de différence entre ceux qui commettent l’acte criminel et ceux qui le soutiennent, tacitement ou ouvertement. Les aventuriers de l’armée guinéenne, l’opposition silencieuse et les auteurs de textes haineux sur les sites, sont unis dans une même entreprise : détruire notre expérience démocratique.

Quant au dernier groupe de la trinité, le but qu’il se propose réellement est de participer au projet de destruction de la Guinée par la propagation du mensonge, la falsification des faits, l’exaltation du sentiment ethnique.

On aurait tort de les sous-estimer. Véritables agents de la déconstruction nationale, ils sont tout aussi dangereux que les autres dans la mesure où ils s’attaquent directement à l’esprit et à l’intelligence. Un exemple. En dépit de toutes les preuves et de toutes les réactions nationales et internationales, certains Guinéens de la diaspora soutiennent mordicus que la tentative d’assassinat a été orchestrée par Alpha Condé pour se débarrasser de ses opposants. Il est à peine besoin d’insister sur le caractère ridicule et totalement irresponsable d’une telle déclaration. Elle vise tout simplement à créer la confusion pour banaliser un acte criminel.

En tout cas, les événements du 19 juillet ont montré jusqu’où certains Guinéens sont prêts à aller dans leur entreprise de déstabilisation du pays. Ils se sont parfaitement bien répartis la tâche. Pendant que leurs leaders feignent l’indifférence à Conakry ou sont dans l’avion en quête de notoriété internationale, les gribouilleurs des sites sont chargés de distiller des textes haineux dans les médias étrangers. Ils ne craignent ni le désordre ni la violence. L’essentiel pour eux est de mettre la Guinée à feu et à sang. Et après, on verra.

L’objectif immédiat, pensent ces ennemis irréductibles, est de se débarrasser d’Alpha Condé. Il est devenu l’obstacle à la conquête du pouvoir. Aucune initiative, aucune réalisation concrète de son gouvernement ne mérite d’être citée. Pour ces nihilistes assermentés, reconnaître une seule réalisation du gouvernement du premier ministre Mohamed Saïd Fofana, c’est faire une faveur à Alpha Condé. Il faut à tout prix noircir le tableau aux yeux de l’opinion publique internationale. Pour cela, ils parlent d’arrestations arbitraires, de pouvoir dictatorial, de domination du pouvoir par l’ethnie malinké, etc. Et comme si tout cela ne suffisait pas, ils s’évertuent à nier les évidences, les réalités constatées et certifiées par l’opinion internationale. D’ailleurs, disent-ils, cette tentative d’assassinat est un « vrai faux » complot ? Elle est sortie de l’imagination fertile d’Alpha Condé. On sait que c’est au nom d’arguments fallacieux de ce genre qu’ils avaient nié le débarquement du 22 novembre 1970. Malgré toutes les évidences, ils avaient prétendu que l’attaque de la Guinée par les mercenaires portugais et des exilés guinéens n’était qu’une fabrication pure et simple du régime de Sékou Touré.

C’est étrange comment la mauvaise foi peut obscurcir le jugement des hommes. Rien ne saurait convaincre les professionnels de la désinformation. Mais si l’opposition guinéenne veut devenir une force crédible pour une alternance démocratique en Guinée, elle a intérêt à adopter une attitude responsable. Ici et maintenant.

Mamadi Keita Babila dit 31

Washington, DC

États-Unis d’Amérique