strauss-kahn_dominiqueNEW YORK/PARIS (Reuters) - Les accusations portées contre Dominique Strauss-Kahn, inculpé pour agression sexuelle contre une femme de chambre d'un hôtel de New York, sont sur le point de s'effondrer, écrit jeudi le New York Times.

De source proche de l'enquête, on confirmait à Reuters que la crédibilité de la femme de chambre était mise en doute.

Selon deux enquêteurs non nommés cités par le journal, bien que les analyses d'ADN aient révélé qu'il y avait eu relation sexuelle entre l'ex-directeur général du FMI et la femme de chambre, la Guinéenne Nafissatou Diallo, cette dernière a menti à plusieurs reprises et les procureurs ne croient pas beaucoup ce qu'elle leur a dit sur les circonstances de l'incident pas plus que sur elle-même.

"Les enquêteurs ont découvert des failles importantes dans la crédibilité de la femme de chambre", écrit le journal, selon lequel l'assignation à résidence du prévenu pourrait être levée dès ce vendredi.

"De fait, M. Strauss-Kahn pourrait voir son assignation à résidence levée, signe qu'il est probable que les accusations criminelles graves portées contre lui ne seront pas maintenues", lit-on par ailleurs dans l'article du New York Times.

L'ancien patron du FMI, qui jusqu'à son arrestation le 14 mai était le favori des sondages pour la présidentielle française de 2012, a été de fait écarté de la course par ses problèmes judiciaires. Le dépôt des candidatures à la primaire socialiste s'est ouvert le 28 juin et doit prendre fin le 13 juillet à minuit. Pour l'heure, cinq socialistes sont candidats.

L'Elysée n'a pas souhaité faire de commentaire dans l'immédiat sur les informations en provenance de New York. Personne n'était disponible dans l'immédiat au Parti socialiste pour commenter ces informations.

Dans une lettre datée du 25 mai, les avocats de Dominique Strauss-Kahn avaient déclaré avoir découvert des éléments qui "entameraient gravement la crédibilité" de la femme de chambre.

Les procureurs ont rencontré jeudi les avocats de Dominique Strauss-Kahn et ont fourni des précisions sur leurs découvertes, et les parties discutent de l'opportunité d'abandonner les accusations de "crime" (felony). Procureurs et avocats de la défense doivent retourner ce vendredi à la Cour suprême de l'Etat de New York.

Les procureurs ont fourni des précisions sur leurs découvertes. Ils ont, selon l'un des responsables cités par le journal, évoqué de possibles liens de la femme de chambre, Nafissatou Diallo, avec des activités criminelles, dont celles de trafic de drogue et de blanchiment d'argent.

Des zones d'ombre sont apparues d'autre part concernant les déclarations de Diallo lors de sa demande d'asile aux Etats-Unis.

"Ces révélations marquent un changement de fortune stupéfiant pour M. Strauss-Kahn", écrit le New York Times.

REVIREMENT

Selon les deux enquêteurs cités par le journal Nafissatou Diallo a eu une conversation téléphonique avec un détenu dans les 24 heures ayant suivi sa rencontre avec Dominique Strauss-Kahn. Au cours de cette conversation, qui a été enregistrée, elle a évoqué le profit qu'il y aurait à maintenir ses accusations contre DSK.

Le détenu, ont appris les enquêteurs, a été arrêté pour possession d'environ 180 kg de marijuana, affirme le New York Times. Il fait partie d'un certain nombre de personnes qui ont fait des transferts d'argent, d'un montant total de 100.000 dollars, vers le compte bancaire de la jeune femme au cours des deux dernières années. Les virements ont été effectués en Arizona, en Pennsylvanie, en Géorgie et à New York.

Les deux enquêteurs, dont le journal ne cite pas les noms, auraient également établi que Nafissatou Diallo payait plusieurs centaines de dollars chaque mois de notes de téléphone auprès de cinq compagnies différentes. La jeune femme a affirmé n'avoir qu'un seul téléphone et a dit ne rien savoir des dépôts bancaires, sinon qu'ils étaient effectués par un homme qu'elle dit être son fiancé et par les amis de celui-ci.

L'avocat de Diallo, Kenneth Thompson, n'a pu être joint jeudi soir.

Un peu plus tôt, jeudi, l'un des avocats de Strauss-Kahn, Benjamin Brafman, avait annoncé que son client devait comparaître ce vendredi devant la justice à New York pour demander un réaménagement de son régime de liberté sous caution. La comparution de l'ex-directeur général du Fonds monétaire international devant le juge Michael Obus aura lieu à 11h30 locales (15h30 GMT).

Il s'agit d'une surprise, car lors de l'audience préliminaire du 6 juin, lors de laquelle Strauss-Kahn avait annoncé qu'il plaiderait non coupable à son procès, la prochaine comparution devant le juge Obus avait été fixée au 18 juillet.

Arrêté le 14 mai dernier et inculpé d'agression sexuelle d'une femme de chambre de l'hôtel Sofitel où il séjournait, il a démissionné du FMI le 19 mai.

Dominique Strauss-Kahn risque jusqu'à 25 ans de prison s'il est reconnu coupable des chefs d'inculpation de tentative de viol, agression sexuelle au premier degré, attouchements non consentis, emprisonnement illégal au second degré et agression sexuelle au troisième degré.

Après quatre jours en prison, "DSK" a été remis en liberté provisoire, en l'attente de son jugement, contre versement d'un million de dollars de caution et de cinq millions de dollars de garantie. Il vit assigné à résidence dans un grand appartement du quartier de Tribeca à Manhattan, ne pouvant sortir que pour des motifs précis.

Noeleen Walder et Sandra Maler, Eric Faye pour le service français