Le pouvoir en place à Yamoussoukro a décidé de relâcher dix-sept personnalités du camp de Laurent Gbagbo, retenues à Abidjan à l’hôtel Pergola, après la chute de l’ex-président ivoirien le 11 avril. Cette annonce a été faite dimanche par la voix du ministre de la Justice, Jeannot Ahoussou Kouadio alors que la situation sécuritaire reste extrêmement précaire en Côte d’Ivoire.
Malgré les discours du président Ouattara et les tentatives de mise au pas des effectifs de l’ex-armée nordiste devenues Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) par le ministre de la Défense, Guillaume Soro, les exactions se poursuivent, tandis que les avertissements et craintes des organisations non gouvernementales se multiplient.

Le dilemne de Ouattara

Parmi les personnalités figurent l’ancien ministre de la Défense Michel Amani N’Guessan et l’ex-ministre de la Justice Yanon Yapo, assigné à résidence mais relâché « pour raisons humanitaires » à la suite de problèmes de santé. Le ministre a toutefois refusé de parler de « libération », assurant que « la majorité » des personnalités sorties de cet hôtel n’étaient pas visées par des assignations à résidence et avaient sollicité « la protection de l’Etat », craignant pour leur sécurité après la chute de Laurent Gbagbo à l’issue de dix jours de guerre dans Abidjan.

Guerre des chefs

Sur place, Alassane Ouattara est confronté à de grandes difficultés : d’une part satisfaire vite aux attentes occidentales, et en particulier françaises, en matière de respect des droits de l’homme, de réconciliation nationale et de relance économique et, d’autre part, remettre de l’ordre dans une armée désorganisée, divisée par une guerre des chefs et incapable de redresser la situation sécuritaire du pays, tout en étant, elle aussi, soupçonnée d’avoir commis des crimes de guerre dans son avancée victorieuse…
Pour le nouveau président récemment intronisé en grande pompe dans l’ancienne capitale d’Houphouët-Boigny, le père de l’indépendance, ce grand écart est périlleux. Il y a urgence. Il risque de perdre en cas d’absence d’avancées rapides son crédit à l’extérieur, alors que celui-ci reste fragile à l’intérieur. Sans avoir connu le traditionnel « état de grâce », Alassane Ouattara doit montrer que la « réconciliation » prônée n’est pas un vain mot et concerne l’ensemble de la population et pas seulement quelques ethnies au gré des services rendus. Il doit également passer aux actes en matière de justice et montrer que les crimes de guerre seront punis, qu’ils aient été commis par les forces fidèles à Laurent Gbagbo ou par les siennes, tenues par son actuel Premier ministre, Guillaume Soro.

L'indépendance de la justice

Une des questions essentielle est celle de l’indépendance de la justice au pays de l’éléphant. Il faudrait que les accusés aient l’assurance d’un jugement équitable. Rien n’est moins certain. Pour le moment, seuls les discours vont dans ce sens. Depuis deux mois de nombreuses personnalités sont emprisonnées sans avoir été formellement inquiétées.
Charles Konan Banny doit assister Alassane Ouattara dans sa mission de paix en présidant la future Commission pour le dialogue, la vérité et la réconciliation en Côte d’Ivoire. En attendant, c’est Henri Konan Bédié, l’ancien président de la Côte d’Ivoire entre 1993 et 1999, qui semble jouer de son influence pour faire baisser la pression en libérant quelques-uns des hiérarques du régime Gbagbo. Le FPI (parti de Laurent Gbagbo) salue ces libérations mais réclame celle de « l’ex-président et de son épouse, Simone Gbagbo ». Pas sûr qu’ils soient entendus. Mais ce qui apparaît de plus en plus certain c’est que pour durer et reprendre en main son propre camp, Alassane Ouattara va devoir, étrangement, donner des gages… à son opposition.
Par : Antoine Kowalski

Source : FranceSoir