Dominique Strauss-Kahn comparaît à nouveau devant la justice américaine cet après-midi à New York. A priori, aucun rebondissement n'est à attendre. Mais pour vous, c'est quand même une date importante.

strauss_kahn_dominiqueJ'ai conscience que j'ai l'air de prendre sa défense. C'est tout le paradoxe de la situation : on a beau dire que DSK est présumé innocent, la force des images et la puissance répétitive des accusations sont si fortes que le monde entier le voit comme un coupable. La preuve : si on parle de la "victime présumée", c'est qu'on présume qu'elle a dit vrai. Donc que DSK est coupable. Or elle n'a toujours pas porté plainte. Et DSK n'a jamais eu accès à sa déposition ni aux éléments retenus par le procureur pour l'accuser. À partir d'aujourd'hui, il devrait pouvoir y accéder, du moins en partie. Ses avocats vont sans doute devoir déposer une requête en ce sens. Il va pouvoir commencer à se défendre. Commencer seulement.

On a beaucoup dit que l'étonnement des Français venait du traitement très égalitaire de la justice américaine, qui ne fait pas de différence entre les puissants et les autres. Vous n'êtes pas d'accord ?

Tout démontre le contraire. La publicité donnée à son arrestation était inévitable - à proportion de sa notoriété. Mais la juge qui l'a fait emprisonner a dit clairement que sa position, ses réseaux et sa fortune pouvaient lui permettre de fuir. Donc son statut a joué contre lui. Et regardez depuis : il a été obligé de s'installer dans une maison parce que les habitants des immeubles où il voulait s'installer n'ont pas voulu des nuées de journalistes qui campent devant chez eux. Résultat : comme la maison est très luxueuse, on lui reproche le montant du loyer. Ça revient à retenir contre lui le fait que son épouse soit riche. C'est vrai que c'est une chance pour lui. Sinon, il serait retourné en prison - ce qui n'est pas la règle aux USA dans les affaires similaires.

Ce qui est déstabilisant, vu de France, c'est qu'on ne connaît toujours pas sa version des faits...

C'est vrai. Et cela aussi est retenu contre lui dans l'opinion. En France, un homme public se défend toujours publiquement. Donc on se dit : s'il se tait, c'est qu'il n'est pas à l'aise. La réalité, c'est que dans le système américain, le procureur peut garder des cartes dans sa manche jusqu'au procès ; donc DSK n'a pas intérêt à livrer trop tôt un récit que le procureur pourrait ensuite chercher à contredire. Dans tous les films américains on entend : "Vous avez le droit de garder le silence. Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous." Pour DSK, on voit bien que son silence aussi est retenu contre lui.

Sincèrement, vous croyez qu'il peut être victime d'une erreur judiciaire ?

Dans l'absolu, on ne doit pas l'écarter. Le problème, c'est qu'en effet on en est réduit à croire ou à ne pas croire - ce qui n'est pas très rationnel. Dans la lettre qu'il a écrite au personnel du FMI, il jure qu'il est innocent. Et l'actualité nous rappelle aussi qu'il y a quelques années, Dominique Baudis a été lui aussi présenté comme un monstre, un tortionnaire - et qu'il était innocent. Comme c'est à lui que Nicolas Sarkozy a décidé de confier le poste de "défenseur des droits", qui sera une sorte de supermédiateur, ce serait utile qu'on lui demande ce qu'il pense de la façon dont DSK a été traité.

Hervé Gatteno

source : le Point.fr