Dialogue social

La Guinée, un cas d’école

alphaconde01_01Incontestablement, la Guinée est l’un des rares pays africains où le dialogue social a un sens. L’arbre à palabre et ses vertus exaltés par nos grands-parents, pour ne pas dire nos ancêtres, n’ont pas perdu, en Guinée, leur essence malgré le temps et ses effets souvent néfastes.

Lorsque des évènements douloureux présageant le pire dans la jeune nation guinéenne se sont présentés comme il n’en manque jamais dans la vie des nations, les fils et filles de la Guinée ont toujours su, dans un sursaut salvateur et patriotique, faire appel au bon sens pour éviter le chaos. Le dialogue social, la médiation et le pardon restent les maîtres mots.

Le retour dans un passé récent de la Guinée a de quoi faire frémir et les plus religieux diront que Dieu aime vraiment la Guinée pour l’avoir tiré des fourches caudines du diable ! Oui, nous n’irons pas jusqu’à dire comme ce prêcheur que comme Israël dans la Bible, la Guinée est élue mais en tout cas elle a la grâce divine. Avant même le second tour de la dernière présidentielle, des surchauffes politico-militaires ont fait craindre le pire.

Peut-on oublier les années de braises de la Révolution où se menaient des guerres « souterraines » entre forces « cagoulées » qui s’exprimaient à travers une littérature particulière : les tracts ? Certainement pas. Ceux qui à l’époque lisaient ces écrits et ne connaissaient pas leurs origines s’attendaient du jour au lendemain à ce que les masques tombassent et que s’embrasât le pays.

On a souvenance qu’il fut un temps où le simple sachet plastique, qui contenant de l’air et éclatait sous la pression d’un quelconque poids, suffisait à faire vider à la minute un lieu public parce qu’on n’était sûr de rien et il ne fallait pas être cette victime innocente qu’on allait regretter plus tard dans un discours apaisant.

C’est dire que la psychose était grande. Grâce à Dieu, il n’en fut rien ou du moins, les non-acteurs directs du « jeu » qui se jouait ne peuvent dire qu’en dehors du supplice psychologique, ils aient été violentés. Les choses ont fini par se tasser et la nouvelle ère démocratique qu’ouvrait l’adoption de la Constitution de 1992 est venue comme pour attester que la Guinée et son peuple sont bénis.

Et c’est cette bénédiction qui certainement fera vivre et traverser douloureusement mais avec lucidité et souci de préserver l’essentiel, les crises socio-politiques consécutive aux événements de janvier-février 2007, au drame du 28 septembre 2009 et au deuxième tour de l’élection présidentielle.

Ils étaient nombreux les Guinéens et les observateurs qui voyaient venir le pire. Les appels à la raison et au calme, sans cesse répétés, n’avaient pas eu raison de la volonté des Guinéens de manifester leur ras-le-bol et de le faire savoir à qui de droit. Les actes de violence étaient presque devenus quotidiens. Bref, la Guinée était sur une pente raide et il suffisait d’un seul faux pas pour sombrer dans le chaos de la Sierra Léone et du Libéria.

Le reste, vous le connaissez : les sages ont fait un travail remarquable, salué à sa juste valeur, un travail qui a contribué à faire baisser la tension sociale avec au bout du compte des actions ayant permis à chaque fois la résolution des crises. Le dialogue et la médiation ont finalement eu raison du diable de la division et de la violence. La main invisible de Dieu avait agi, la Guinée revenait de loin. Dans certains pays, on avait vu des crises de moindre ampleur qui ont fini par être un désastre social. La Guinée, une fois de plus venait de donner un bel exemple de patriotisme où les vertus du dialogue ont été exaltées.

Au plan national comme local (régions, préfectures, villages), le dialogue a toujours prévalu. La prédisposition d’esprit des protagonistes au dialogue a chaque fois permis de ne pas aller jusqu’à l’irréparable. La Guinée peut être fière de ses fils, eux qui ont toujours su sauver l’essentiel dans les moments difficiles.

Aujourd’hui et eu égard au passé, le nouveau président doit tout faire pour que les Guinéens soient fiers de lui. Pour cela, il ne devra jamais mettre en doute les vertus du dialogue et du pardon. En bon Guinéen, il doit savoir qu’un chef  ressemble à un dépotoir qui reçoit tout et qui entend tout.

Sa capacité d’écoute et son sens inné du dialogue doivent confirmer la pensée selon laquelle « le plus haut degré de la sagesse humaine est de savoir plier son caractère aux circonstances et se faire un intérieur calme en dépit des orages extérieurs ». Comme pour dire avec NAPOLEON que le cœur d’un homme d’Etat doit être dans sa tête.  Il doit faire faire sienne cette assertion de MONTESQUIEU : « Je pardonne aisément, par la raison que je ne sais pas haïr. Il semble que la haine est douloureuse ».

Au regard de tout ce qui précède, on peut dire que les Guinéens ne sont pas comme les autres. Et le dialogue qu’ils cultivent au quotidien ne peut que produire des résultats probants et positifs pour la paix et la cohésion nationale. D’ailleurs, le pardon et le dialogue ne sont-ils pas culturels, une tradition, ici en Guinée ?

 

Dioumaténin T. Traoré