cart_africEncore beaucoup de réactions ce mercredi dans la presse africaine après l’incarcération du directeur du FMI. Un peu d’humour d’abord, avec ce dessin de Hic publié dans El Watan  en Algérie et intitulé « Affaire DSK : l’onde de choc ». On y voit un touriste éberlué face au réceptionniste d’un hôtel qui lui tend les clés de sa chambre avec cette phrase : « On vous a réservé la meilleure chambre, vue sur mer, internet haut-débit, jacuzzi et surtout sans femme de ménage ! » Sous-entendu, pas de tentations, pas de risques…

Et puis cette photo publiée par le site d’information guinéen TamTam Guinée , la photo d’une jeune femme censée être Nafissatou Diallo, la fameuse femme de ménage, avec ce commentaire : « célèbre malgré elle… » Rien n’indique, rien ne prouve qu’il s’agisse vraiment d’elle. Son identité et son origine guinéenne sont désormais avérés. Mais, rappelons que Nafissatou Diallo a été placée sous protection policière et qu’aucune photo officielle d’elle n’a été publiée à ce jour…

Guet-apens ?

Toujours est-il que pour de nombreux médias africains, la victime dans cette affaire n’est pas la jeune femme mais bien Dominique Strauss-Kahn. Ainsi le site d’information Guinée Conakry Infos  avance l’hypothèse d’une « relation sexuelle consentie entre Dominique Strauss Kahn et Nafissatou Diallo. Dans une telle hypothèse, DSK ne serait pas moins blâmable, tempère le site, mais on ne serait pas loin de la thèse du guet-apens, avec Nafissatou Diallo comme proie. Là également, il restera à trouver celui qui se cache derrière le piège.

En attendant la comparution de vendredi, on passe alternativement des preuves les plus solides aux incohérences les plus élémentaires. «D’ici là, la seule victime, renchérit Guinée Conakry Infos, c’est l’image de Dominique Strauss Kahn qui ne s'en remettra pas de sitôt. »

Plutôt complaisante également la presse burkinabé… Avec tout d’abord ces interrogations posées par le quotidien L’Observateur  : « Que les éraflures ou l’ADN retrouvés soient ceux de DSK suffit-il à déclarer ce dernier coupable ? Comment dans une suite, une femme de ménage qui s’introduit et constate que l’occupant est toujours présent, s’attarde-t-elle ? DSK est-il tombé benoîtement dans un piège, même si d’aucuns affirment que l’homme est trop faible devant la chair féminine ? » Et L’Observateur d’affirmer que « le sentiment, l’impuissance et la pitié qu’inspire, individuellement et collectivement, le spectacle d’un DSK menotté, le regard hagard, ne peuvent laisser personne de marbre.

Le Pays , toujours au Burkina, s’interroge également… « Quid de cette fameuse femme africaine jusque-là ni vue, ni entendue mais que l’on décrit belle, naïve et vertueuse dont un DSK présenté, lui, comme un homme sans vergogne, sans pudeur aucune et obsédé sexuel, a tenté d’abuser ? Si complot il y a, poursuit le quotidien burkinabé, a-t-on donc choisi cette femme africaine pour mieux réussir le coup ? En refusant de la présenter au public, la justice américaine avance comme raison, sa volonté de protéger l’image de cette présumée victime. Dont acte, relève Le Pays. A tout le moins, l’on s’attendait à ce que son présumé violeur, DSK, bénéficiât aussi du même traitement de retenue et de prudence. En tout état de cause, si la thèse du complot (ou de l’escroquerie ?) était avérée et que le patron du FMI venait à être relaxé, cette femme aurait terni à jamais l’image de la femme africaine qui a la réputation d’être vertueuse. Elle aura jeté le discrédit sur toutes ces Africaines qui migrent vers l’Occident. »

Voilà pour le point de vue donc du Pays au Burkina…

Presque tous les hommes politiques…

DSK victime… c’est que sous-entend également Le Républicain  au Mali : « que son accusatrice soit une Guinéenne influence un peu le regard de l’Afrique sur l’affaire, et nombreux sont, sur le continent, ceux qui prient pour Dominique Strauss-Kahn. Il avait su à la faveur de la crise financière internationale, remettre en cause les certitudes du temple libéral, convaincre les étudiants de Jo’berg et partagé la mal-vie du bidonville kenyan de Kibera. Il avait su plaider pour l’Afrique, c’est incontestable. »

De son côté, le quotidien Le Temps  en Tunisie remarque que « presque tous les hommes politiques ont un comportement et un processus déterminés par les fantasmes sécrétés par leur libido. Des scandales, il y en a toujours eu. Et il y en aura encore. Mais que le tout  puissant Directeur Général du FMI saute, tout nu, sur une femme de ménage, il y a là de quoi frapper de stupeur la planète tout entière. (…) C’est un mythe qui tombe, relève le quotidien tunisien. Et de surcroît, en ces temps où l’Amérique se fait puritaine. A croire qu’il n’y a jamais eu à la Maison Blanche d’histoires entre Kennedy et Marylin Monroe, ni ce vulgaire petit truc entre Clinton et Monica Lewinsky… »

Enfin, le site d’information Slate Afrique  résume la vision africaine de l’affaire: « Strauss-Kahn est bien connu en Afrique. Les frasques d’un politique, quoi de plus habituel ? Sauf que sur le continent, les puissants échappent à la justice… »

Fédéric COUTEAU

Source : rfi.fr