10 ans après son incarcération…

Alpha Condé libère des prisonniers injustement détenus

alphaconde01_01Arrêté à Piné en 1998 sous le prétexte fallacieux de tentative de coup d’Etat, le professeur Alpha Condé sera libéré le 18 mai 2001 après plus de 28 mois passés en prison. Cela fera dix ans, jour pour jour, que le professeur Alpha Condé a été libéré. En souvenir de ce tournant de sa vie politique, le professeur Alpha Condé a fait libérer aujourd’hui des prisonniers injustement incarcérés. Un acte qui marque le début effectif de la réconciliation nationale prônée par le professeur Alpha Condé lors de la campagne présidentielle.

En homme politique averti, Alpha Condé attendait patiemment le moment propice pour marquer le début de la réconciliation nationale. C’est dire que son silence n'était rien d'autre que l’expression de la vertu qu'ont les grands hommes d'Etat qui prennent du recul avant de se prononcer ou d'agir. «Un peuple a toujours besoin d'un homme qui comprenne sa volonté, la résume, lui explique et le mène où il doit aller», disait Arthur de OBINCAR (1818-1882). C'est ainsi que ce 18 mai 2011, il a fait libérer tous les prisonniers détenus injustement. Comme il a eu à le dire dans une de ces interviews : « J'ai été isolé pendant deux ans et demi, sans contact ni avec un prisonnier, ni avec ma famille. Mais uniquement avec mon médecin. Donc, ça m'a donné le temps de faire le tour de ma vie. Avant d'aller en prison, je ne savais pas qu'on pouvait devenir infirme étant un homme normal. En 1998, avant même la proclamation des résultats, je me suis retrouvé en prison pendant deux ans et demi. Mais j'ai dit aussi que si on veut être opposant en Afrique, il faut accepter la prison. A défaut, ce n'est pas la peine d'être opposant. Parce que la prison est une bonne école pour un homme politique. Parce que quand on est en prison, on n'est rien. »

Ailleurs le professeur Alpha Condé précisait : « Il faudrait qu’on organise le débat comme en Afrique du Sud afin que les Guinéens apprennent à se pardonner. Beaucoup de gens ont perdu des êtres qui leur sont chers. Il faut qu’on fasse un débat pour qu’on leur demande pardon et qu’ils acceptent aussi de pardonner et que la Guinée puisse se réconcilier avec elle-même. Et que chacun de nous ait un seul souci, c’est-à-dire comment faire avancer la Guinée. (…) Mon premier meeting je l’ai fait à Maférényah. Cela a fait qu’on m’a attaqué en 1993, mon véhicule a été brûlé ainsi que la plantation de mon secrétaire général, El hadj Kaba, paix à son âme. Ceci pour montrer que je suis pour la réconciliation pour qu’aucun n’ait de remords ou de haine, mais au contraire, je veux que tous les Guinéens se donnent la main en allant faire mon premier meeting à Maférényah et le deuxième à Dubréka. (…) J'ai expliqué en priorité partout que j'ai pardonné tout ce qu'on m'a fait et je demande au peuple de Guinée de pardonner. Parce que seuls les Guinéens peuvent développer ce pays. Et ils ne peuvent pas le faire s'ils ne se donnent pas la main ».

Avec le recul et l’expérience, le professeur Alpha Condé est assurément conscient que beaucoup de manquements et d’erreurs accumulés ont posé beaucoup de meurtrissures dans les cœurs des uns et des autres. Tous les Guinéens, à un niveau ou à un autre, sont comptables de l’actif et du passif de ces 50 dernières années. Dans l’exercice de leurs fonctions, les dirigeants guinéens ont été, consciemment ou inconsciemment, responsables des torts et meurtrissures qui demeurent encore vivaces. Aussi, doivent-ils demander aujourd’hui pardon au peuple guinéen.

Le professeur Alpha Condé, dans son programme, promet une journée du repentir et du pardon. Le repentir de tous les torts et crimes qui ont sali la mémoire du Guinéen et terni son image de marque. Ce sera la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat et le regret officiel de tous les actes qui ont créé une fracture sociale qu’il faut absolument combler. C’est la mise en œuvre officielle des conditions d’un pardon sincère, préalable incontournable à une réconciliation véritable. Une quête du pardon qui ne met pas un terme à la recherche de la justice.

Dans le sillage du professeur Alpha Condé, tous les Guinéens, de l’intérieur comme de l’extérieur doivent cultiver les vertus de tolérance et du pardon car l’histoire de l’humanité ne montre aucun exemple ou un peuple a pu progresser dans la haine et la division. Les peuples qui ont réalisé des progrès l’ont fait dans la paix et la cohésion sociale.

Il faut donc rompre avec le cycle de la haine et de la violence pour poser ensemble les jalons d’un avenir de paix et de justice pour la Guinée. Le premier ton a été donné ce 18 mai…

Ivan Le Pacifique