Un mois tout juste après l'arrestation de Laurent Gbagbo et l'accession au pouvoir d'Alassane Ouattara, la situation de la presse en Côte d'Ivoire demeure problématique, selon Reporters sans frontières. « Si certains journalistes menacés ont finalement pu reprendre le travail, les journaux d'opposition, favorables à l'ancien chef de l'Etat, ne paraissent toujours pas », indique l'organisation.

Dans un communiqué en date du 10 mai 2011, Reporters sans frontières (RSF) demande aux nouvelles autorités de Côte d'Ivoire d'agir rapidement pour restaurer un climat de confiance chez les journalistes et surtout permettre aux journaux d'opposition de préparer leur retour en kiosques.

« L'absence de presse d'opposition porte un coup très dur à la liberté de la presse en Côte d'Ivoire. Dans ces conditions, nous craignons que ne se développe le règne de la pensée unique. Le gouvernement d'Alassane Ouattara suscite des attentes dans le domaine du respect des libertés. Il doit les satisfaire », a déclaré l'organisation.

Aucune disposition officielle n'empêche les journaux d'opposition de paraître, mais le saccage des rédactions des quotidiens Notre Voie et Le Temps ainsi que l'incendie criminel de leur imprimerie ont créé des dommages très conséquents. De plus, la rédaction de Notre Voie est depuis quelques temps occupée par des soldats des Forces républicaines de Côte d'Ivoire, les FRCI, qui interdisent l'accès des lieux aux journalistes, indique RSF.

Une « situation nouvelle »

« Cette situation est tout à fait nouvelle. Dans le passé, les locaux du Patriote, quotidien favorable à Alassane Ouattara, avaient été attaqués et détruits, mais jamais occupés comme le sont ceux de Notre Voie aujourd'hui. Nous ne comprenons pas le comportement des FRCI qui violent de façon flagrante le droit des employés de ce journal de se rendre sur leur lieu de travail », a estimé RSF.

D'autre part, en attendant la reprise de la Radio-Télévision Ivoirienne (RTI), Reporters sans frontières exhorte Télévision Côte d'Ivoire (TCI) à « se comporter comme un média de service public en arrêtant de diffuser les slogans de campagne du candidat Ouattara et des chansons qui font son apologie. La TCI avait été créée par le camp Ouattara dans une démarche de résistance, elle doit désormais s'adresser à tous les Ivoiriens depuis qu'elle remplace la RTI et que Alassane Ouattara est devenu chef de l'Etat ».

Enfin, RSF prend acte de la transformation du Conseil national de la communication audiovisuelle (CNCA) en Haute autorité de la communication audiovisuelle. « La nomination de l'ancien ministre de la Communication, Ibrahim Sy Savané, à la tête de cette institution apparaît comme un signe d'ouverture prometteur », estime Reporters sans frontières.

Source : rfi.fr