Les autorités guinéennes ont mis leur menace à exécution. Les services d’Areeba n’ont certes pas été suspendus, mais un décret présidentiel rendu public par les médias d’Etat dans la soirée du mardi 3 mai 2011, a décidé de la réquisition des locaux, du personnel, des équipements et des actifs de la société de téléphonie mobile. Conséquence, l’administration provisoire de la société est confiée, à compter de la date de diffusion du décret, à l’Autorité de Régulation des Postes et Télécommunications (ARPT)...

On remarquera au passage une certaine synergie d’actions et une solidarité gouvernementale autour de ce contentieux avec Areeba.

C’est ainsi qu’après que le décret présidentiel ait été diffusé, le ministre des Postes et Télécommunications et des nouvelles technologies de l’information est passé dans le journal télévisé de 20h30 pour apporter des précisions. On en avait notamment besoin pour comprendre comment de 15 millions d’euros au départ, on est maintenant à 45 millions que l’Etat guinéen dit la société lui devoir.

Dans son exposé, Oyé Guilavogui a laissé entendre que les 15 millions étaient réclamés au titre des pénalités suite à la violation par Areeba des dispositions de l’article 7 de la convention la liant à l’Etat guinéen. Globalement, cet article imposait à la société de téléphonie d’informer l’Etat guinéen de toute intention de céder une partie de ses actions ou de fusionner avec une autre société. Dispositions qu’Areeba aurait, aux dires du ministre, ignoré lors de la cession de 75% à la Sud-africaine, MTN.

Or, une telle violation était sanctionnée par le versement de la moitié du montant déboursé pour l’acquisition de la licence initiale, qui était pour Areeba de 30 millions. Pour ce qui est des 30 autres millions, le ministre Oyé Guilavogui a estimé qu’ils représentaient l’estimation de la plus-value générée par la cession-fusion avec MTN, le géant sud-africain de la téléphonie.

A l’issue de cette explication, le ministre a laissé entendre que conformément à la lettre et à l’esprit du décret, l’administration de la société revenait provisoirement à l’ARPT. En outre, on aura compris que, d’une certaine façon et au-delà du seul objectif qui viserait à épargner les clients, la décision gouvernementale était destinée à permettre à l’Etat de récupérer ce qu’il estime lui être du par Areeba, coûte que coûte.

En tout cas, le ministre a insinué que cette nouvelle donne prévaudrait jusqu’à ce que le contentieux connaisse un règlement heureux. Ce qui n’exclut pas que l’Etat, lui-même, profitant de la période de réquisition, puisse faire en sorte de récupérer ses 45 millions d'euros.

Du côté d’Areeba, on ne se montre guère bavard. En sourdine, on argue tout de même que les montants aujourd’hui réclamés ont été bel et bien versés. Notamment du temps où le général Mathurin Bangoura, actuel ministre de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Construction était au département des Postes et Télécommunications.

Certains responsables estiment alors qu’à l’époque une certaine entente aurait eu lieu entre le chef de département et la société Areeba. Entente qui aurait notamment permis de financer une campagne promotionnelle de la destination Guinée lors de la coupe du monde de 2010 en Afrique du sud.

Par ailleurs, à Areeba-Guinée, on dit qu’une partie de l’argent qui avait été versé aurait également servi à la construction des bâtiments du personnel du département des Télécommunications, dans la commune de Kaloum. Mais d’ores et déjà, le général Mathurin Bangoura, qui semble aujourd’hui bénéficié de la confiance du Pr. Alpha Condé, a rejeté ces accusations. A Areeba d'apporter la preuve.

Ce qui fait dire à certains observateurs que même si Areeba avait raison, elle a pêché par amateurisme en payant là où il ne fallait ou en donnant de l’argent sans aucune espèce preuves, de pièces comptables conséquentes.

A moins que ce ne soient les conséquences d’un deal douteux dont les objectifs de départ étaient de ne pas payer les véritables montants. Quoiqu’il en soit, Areeba semble être en très mauvaise posture.GCI suit pour vous.

Pivi Bilivogui pour GuineeConakry.info