« Mon objectif est d’obtenir la majorité parlementaire », nous a déclaré à Paris, mardi, Cellou Dalein Diallo, le leader de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG). Sa défaite à la présidentielle, sa stratégie pour les législatives, son ambition pour la Guinée… Le principal opposant au président Alpha Condé s’est confié à Afrik.com.

Cellou Dalein Diallo est entré dans la bataille des législatives. Trois mois après sa défaite aux élections présidentielles contre Alpha Condé, il repart en campagne. Lors d’un meeting dimanche à Paris, dans le cadre d’une tournée mondiale, il a tenu à rendre hommage aux Guinéens de l’étranger pour la confiance qu’ils lui ont accordé. L’occasion aussi pour lui de leur faire part de ses nouvelles ambitions.

Afrik.com : Pourquoi avoir organisé un meeting à Paris ?
Cellou Dalein Diallo :
Je suis en tournée ici car les Guinéens de l’extérieur m’ont accordé 77% des suffrages. Il est tout à fait normal qu’après les élections, je vienne les remercier pour m’avoir attribué leur confiance. La diaspora est très importante pour l’économie guinéenne, elle m’a apporté un soutien inestimable et à beaucoup investi dans le pays. Donc je vais poursuivre cette mission au Sénégal, en Gambie, au Mali, en Espagne, en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne et au Portugal. Il est évident que les résultats de la présidentielle n’expriment pas la volonté populaire. Il y a eu un certain nombre d’irrégularités lors du scrutin.

Afrik.com : Si vous estimez qu’il y a eu des fraudes, pourquoi avoir accepté les résultats de la présidentielle ?
Cellou Dalein Diallo :
Il fallait faire un choix. Nous avons avant tout voulu protéger les intérêts de la collectivité plutôt que nos propres ambitions, pour épargner à la Guinée la violence et la guerre civile. Nous avions préparé des dossiers solides de réclamation avec des documents pertinents. Mais après les avoir examiné, la Cour suprême a confirmé les résultats. Nous nous sommes conformés à sa décision. Nous avions concerté tout le monde pour savoir que faire si les résultats n’étaient pas en notre faveur. Si nous les avions contestés, il y aurait eu des violences entre nos militants, l’armée et d’autres personnes. Une situation que l’on n’aurait pas pu maîtriser. Nous assumons pleinement cette position. D’autant plus que nous avions pris des engagements à respecter la décision de la CENI pour préserver la paix et l’unité de la Nation car il y avait déjà un climat de tension et de terreur très fort lors de la campagne. Mais ce qui importe le plus, est que nos militants, sympathisants et alliés aient approuvé cette décision, et non les hommages rendus par la communauté internationale. Je ne l’ai pas prise pour recevoir les félicitations de Barack Obama, Ban ki-Moon ou Koffi Hannan.

Afrik.com : Si vous vous retrouviez à nouveau dans cette situation, prendriez-vous la même position ?
Cellou Dalein Diallo :
Nous n’y étions pas préparés. Maintenant, nous allons nous y préparer pour éviter que des choses comme cela arrivent. Il est important que toutes les bonnes volontés au sein du parti s’investissent pour éviter qu’un tel cas de figure se reproduise. Nous allons nous atteler à la tâche et je crois que nous avons l’appui de la communauté internationale.

Afrik.com : Selon vous, quest-ce qui a failli à la CENI lors des présidentielles ?
Cellou Dalein Diallo :
Lorsque le Général Sékouba est arrivé il avait l’intention de réformer le système. Mais il était déjà piégé. Des imprimés et des ordinateurs où figuraient tous les résultats du premier tour ont disparu. Nous avons demandé des enquêtes, mais aucune n’a été menée jusqu’à présent, et personne n’a été sanctionné. J’ai déjà à plusieurs reprises dénoncé des violations de la Constitution par Alpha Condé.

Afrik.com : Pourquoi refusez-vous de travailler au sein du gouvernement d’Alpha Condé ?
Cellou Dalein Diallo :
Il est très difficile pour moi de travailler avec un homme qui a une hostilité aussi marquée vis-à-vis des peuls. Je ne peux pas travailler avec quelqu’un qui méprise ma communauté. Nous ne partageons pas la même vision des choses. D’ailleurs, contrairement à ce qui a été dit, Alpha ne m’a jamais rien proposé. Il essaye constamment d’exproprier les commerçants peuls et les accusent d’être responsables de l’inflation.

Afrik.com : Quelle est votre stratégie pour gagner les élections législatives ? Envisagez vous de les boycotter si toutes les conditions de transparence ne sont pas réunies ?
Cellou Dalein Diallo :
Mon objectif est d’obtenir la majorité parlementaire. Que son président soit issu de mon parti. Mais cette fois-ci, nous allons exiger des conditions d’élections libres et transparentes, nous serons plus vigilants. Nous n’accepterons pas qu’elles soient manipulées par l’administration. Nous ferons tout pour qu’elles n’aient pas lieu si les conditions d’une élection équitable et transparente ne sont pas réunies. Nous voulons avoir une Commission électorale nationale indépendante (CENI) digne de son nom qui ne soient pas à notre dévotion ni à celle du pouvoir. Et cela dépendra, dans une large mesure, de la qualité des hommes qui la dirigent, de leur objectivité et de leur intégrité. Je pense que la Guinée a des citoyens qui peuvent assumer ce rôle et qui ont conscience de l’importance que cette mission requiert. Il faudrait trouver une personne sur laquelle il ne pèse aucun doute d’un esprit partisan.

Afrik.com : Que proposez-vous pour donner un nouveau souffle à la Guinée ?
Cellou Dalein Diallo :
J’avais déjà un projet de société pour ce pays. Un programme de gouvernement pertinent. J’ai le soutien des partis alliés pour répondre aux préoccupations du peuple. Maintenant, nous allons revoir le programme et demander aux Guinéens de nous faire confiance. Nous refusons d’être le candidat des peuls. Nous voulons faire de la Guinée un état moderne et prospère sans divisions ethniques. Dans un monde de globalisation comment peut-on juger un chef d’Etat sur des critères ethniques ? Il faut faire preuve d’objectivité et d’efficacité pour que l’on sorte de ces problèmes de tribalisme. Nous devons être des hommes modernes. Le monde change, notre défi n’est pas de savoir si tel candidat est peul ou malinké mais s’il est compétent ou suffisamment expérimenté pour répondre aux attentes du peuple. Il faut quelqu’un qui soit capable de réunir le pays.

Source : Afrik.com