Le président égyptien Hosni Moubarak a promis lundi une hausse de 15% des salaires des fonctionnaires et des retraites, au 14e jour de manifestations réclamant son départ, cependant que Barack Obama se félicitait des "progrès" enregistrés dans le dialogue avec ses opposants. Evénement

"Le gouvernement se préoccupe du citoyen égyptien et veut améliorer son niveau de vie", a déclaré le Premier ministre Ahmad Chafic, à l'issue d'une première réunion de l'ensemble du Conseil des ministres depuis le remaniement pour faire face à la crise qui secoue le pays depuis deux semaines.

La hausse entrera en vigueur à partir du 1er avril. "Les augmentations des retraites coûtent au Trésor 6,5 milliards de livres égyptiennes (un peu plus d'un milliard de dollars)", a précisé le ministre des Finances Samir Radwane.

Cette annonce n'a néanmoins pas apaisé la colère des protestataires. De nouvelles manifestations sont prévues mardi dans les grandes villes, et la place Tahrir, devenue un symbole de la contestation au Caire, restait occupée par des milliers de manifestants dans la soirée, a constaté un journaliste de l'AFP.

La veille, une nouvelle "séance de dialogue national" avait été organisée entre pouvoir et opposition, à laquelle les Frères musulmans, première force d'opposition, mais bête noire du régime, s'étaient joints. C'était la première fois en un demi-siècle que le pouvoir et la confrérie discutaient publiquement.

La Maison Blanche a indiqué lundi que les autorités américaines n'étaient pas en contact avec les Frères musulmans, soulignant "les nombreux désaccords (des Etats-Unis) avec les déclarations de certains dirigeants de cette organisation".

Le président des Etats-Unis Barack Obama a estimé de son côté que le processus politique en Egypte enregistrait des "progrès".

Pour autant, selon le porte-parole du département d'Etat américain, Philip Crowley, l'organisation d'élections libres à brève échéance en Egypte constituerait "une entreprise ambitieuse".

Il a rappelé que la Constitution égyptienne prévoyait des élections dans un délai de 60 jours si le président Moubarak quittait le pouvoir.

"La question se poserait de savoir si l'Egypte est prête aujourd'hui à avoir des élections concurrentielles et ouvertes, sachant que le passé récent a montré, très honnêtement, que les élections n'avaient pas vraiment été libres et justes", a dit M. Crowley.

La Maison Blanche a appelé par ailleurs tout futur gouvernement égyptien à respecter les "traités et engagements" actuels, allusion évidente au traité de paix liant l'Egypte à Israël.

De son côté, tout en affirmant que la France ne souhaitait pas "s'ingérer dans le choix du peuple égyptien", le ministre français de la Défense Alain Juppé a souligné que Paris soutenait l'avènement d'une "réelle démocratie" et estimé que "la transition (devait) se développer dès que possible".

Le site internet allemand d'information Spiegel Online écrivait dans la soirée que M. Moubarak pourrait venir effectuer "un bilan médical prolongé" en Allemagne, évoquant des réflexions "concrètes" en faveur d'une telle solution.

"Des discussions préparatoires avec les hôpitaux adéquats sont en cours, en particulier avec la clinique Max-Grundig à Bühl dans le Bade-Wurtemberg (sud-ouest)", affirmé Spiegel Online, en citant des sources proches de cette clinique.

L'AFP n'a pu avoir la confirmation de telles discussions auprès de la clinique, et le porte-parole du gouvernement allemand a indiqué qu'il n'y avait eu "ni demande officielle, ni demande officieuse concernant un tel séjour".

Dans le même temps, la vie reprenait doucement son cours au Caire, avec la réouverture des magasins et des routes depuis dimanche.

La durée du couvre-feu a été de nouveau réduite dans la capitale, à Alexandrie (nord) et Suez (est) : il sera désormais en vigueur de 20H00 (18H00 GMT) à 06H00 (04H00 GMT), contre 19H00 auparavant.

La Bourse du Caire, fermée depuis le 30 janvier, doit de son côté rouvrir le 13 février. Le constructeur automobile japonais Suzuki a par ailleurs annoncé avoir fait repartir sa production en Egypte, une semaine après l'avoir suspendue.

Devenu une figure de la mobilisation, un cadre égyptien du géant américain de l'internet Google, a été relâché lundi.

Wael Ghoneim, chef du marketing chez le géant de l'internet au Moyen-Orient et en Afrique selon sa page sur le réseau social pour professionnels LinkedIn, n'avait plus donné de nouvelles depuis le 28 janvier, après une manifestation géante au Caire.

Plutôt dans la journée lundi, plusieurs dizaines de personnes avaient bloqué l'accès à un important édifice gouvernemental à l'architecture soviétique, le Mougamma, donnant sur la place Tahrir.

Depuis le 3 février, les manifestations se déroulent le plus souvent dans le calme. Des heurts entre policiers et manifestants pendant les premiers jours de la contestation, puis entre militants pro et anti-Moubarak le 2 février, ont fait au moins 300 morts, selon un bilan non confirmé de l'ONU, et des milliers de blessés, selon des sources officielles et médicales.

Source : AFP