Les chefs d’Etats africains n’aiment pas débattre de leurs crises internes de gouvernance et donc, à Addis-Abeba, ils ne se donneront pas le temps de méditer, en profondeur et avec la gravité qui sied, le volcan de Sidi Bouzid qui brûle aujourd’hui l’Egypte.  Jetant des dizaines de milliers de révoltés dans la rue, se sachant à la merci des balles mais méprisant de ce qui peut leur arriver car seuls comptent le geste de rupture et le message que plus rien ne sera comme avant.

Quelques jours dans la rue, avec sans doute des morts et des blessés mais le dénouement quasi certain

que si la pression est maintenue, le roi n’hésitera pas à se mettre à genoux ou plus lâchement à prendre l

a fuite. Ce ne sont pas les calculs d’apothicaires de Washington d’ailleurs qui arrêteront la vague. Et si

Obama continue à donner un milliard de dollars à Moubarak pour tirer sur un peuple dont le seul tort est un

petit désir d’avenir, c’est que d’abord il est lui-même incohérent avec son propre discours et qu’ensuite le

peuple américain, lui-même, n’est pas exigeant. Ce n’est pas digne de mettre dans la balance les

aspirations légitimes des citoyens égyptiens et le confort d’Israël qui lui n’hésite pas à emprisonner tout le

peuple de Palestine, le président Abbas y compris. Dans le mépris le plus total pour l’homme tout court et

dans la condescendance coupable de l’Occident moralisateur. Tunisie hier, Egypte aujourd’hui donc, et

quel autre pays demain ? Bienheureux qui pourrait le dire. Cependant au milieu de toutes les inconnues, il

y a une certitude : les peuples africains entrent en éruption. Ont moins de soucis à se faire les pays qui

ont connu leurs conférences nationales, qui vivent encore des processus démocratiques et de

gouvernance plus ou moins louables. Mais partout où le vernis défraîchi dévoile d’épaisses couches de

laideurs, où les rois se prennent pour les sauveurs suprêmes et où les oligarques riches de nos Etats

pillés narguent une jeunesse désespérée qui préfère la barque même incertaine des passeurs aux

horizons bouchés du pays, le danger est grand.  Les rois ont prouvé qu’ils peuvent être nus. Et les sujets

ont prouvé qu’ils peuvent être des acteurs.

Adam Thiam

Source : Le Républicain