Le chef de tribut  contre le Président de la République

Haidara_Ch_rifLa jungle a ses lois dont celle de la raison du plus fort. Croire à un Etre Suprême, omniscient et omnipotent, capable de faire et de défaire la vie des hommes nous est enseignée par les canons des religions révélées. La loi de la nature rejoint celle de la biologie pour dire que là ou il y a vie il y a aussi mort. C’est l’histoire des cellules, c’est également celle des humains. Et comme toutes ces lois, les lois particulières sont soit liées à une autre, soit liées à une loi générale.

Dans la gestion des états, il existe trois types de gouvernements : le gouvernement despotique, le gouvernement monarchique et celui républicain. Toutes ces méthodes de gestions se définissent par des lois que leur sont dictées par leur nature propre.

Nous nous intéressons ici qu’aux deux sortes. L’un est de notre vécu quotidien en Côte d’Ivoire et l’autre est de notre souhait sur le continent. Le gouvernement qui est caractérisé par la volonté et les caprices d’un seul homme, par l’absence de lois et de règles telle qu’incarné par le Christ de Mama, Gbagbo Laurent, est sans équivoque de type despotique. Et c’est Montesquieu qui a si bien défini l’ancien chef d’état ivoirien on ne peut plus clairement et de fort belle manière : « L’homme à qui ces cinq sens disent sans cesse qu’il est tout, et que les autres ne sont rien, est naturellement paresseux, ignorant et vo­lup­­tueux ». En dix ans, qu’a-t-il accompli ? N’est ce pas qu’en face de lui, disait-il : il n’y a rien que Maïs ? Ou encore : si je suis un boulanger, c’est bien parce que les autres ne sont pas malin.

Gbagbo est doublé, en plus de son goût immodéré pour la loi de la jungle, d’un tribalisme exorbitant. Rien, ni personne ne pourra le défaire de cet archaïsme digne du précambrien.

Elu de façon calamiteuse (le terme est de lui-même) en Octobre 2000 et, recevant au palais de la république sa « tribut » il lâcha ce libellé prémonitoire : « Essuyez vos larmes, je suis là ». Lui, le vengeur, le Seplou, le rédempteur. Pour saisir ce que cela sous-tend, il faut connaître l’histoire profonde de la Côte d’Ivoire profonde diagnostic que la mémoire sélective des prestidigitateurs à la défense du dictateur ivoirien peinent à factoriser. Si un état de droit se caractérise par la primauté du droit, dans un état despotique et tribal ce sont les caprices et la volonté du chef qui en sont le ressort. La solution toute trouvée de la crise ivoirienne se trouvait dans les résolutions du Forum de la Réconciliation Nationale de 2001. Si celles-ci avaient été respectées, la Côte d’Ivoire ne se serait jamais baladée à travers le monde à la recherche de la paix. Ni Marcoussis, ni Accra ni Pretoria n’ont dit mieux que ce que les ivoiriens avaient trouvé eux-mêmes lors de ce forum, mais le chef n’en voulait pas. Le dialogue dit direct orchestré par ses soins non plus n’a pu assouvir ses frasques. Tout comme il n’en voulait d’aucun de ces autres arrangements pourtant signés par lui-même. La constitution qui tantôt devient son cheval de bataille n’a de valeur non plus que quand il l’interprète à sa guise. Elle qui soumet le président à la volonté populaire tous les cinq ans n’a pu convaincre Gbagbo de la quintessence de l’alternance au pouvoir. Quand l’ONU le maintient au pouvoir par ses résolutions elle est la volonté de la communauté internationale mais, dès lors qu’elle s’aligne derrière la volonté du peuple ivoirien elle s’appelle la France et s’ingère dans les affaires du pays. Le penseur le disait bien : « chez le despote, il n’y a ni règle ni honneur et ses caprices détruisent tous les autres ». N’est ce pas l’état clinique du Gabgboland ? Le chef tribal et le despote gouvernent tous avec l’onction de la crainte. En effet, il faut les craindre car, ils peuvent ôter la vie. Les tueries perpétrées par la milice et les mercenaires du prince depuis la proclamation du vainqueur des élections par la CEI sont édifiantes. Les habitants d’Abobo (la plus peuplée des communes de Côte d’Ivoire et qui a voté à plus de 60% pour ADO) s’étaient défendus à la mi janvier comme les juifs devant l’armée d’Assuérus qui avait ordonné leur extermination.

Il est vrai que l’homme politique ivoirien n’a pas aidé le citoyen lambda à s’émanciper au-dessus des sentiments ethniciste, tribaliste et régionaliste. Laurent Gbagbo les a plutôt exacerbé, exaspéré et en a tiré le plus grand « profit » à des fins plutôt machiavéliques. Ces sentiments ont toujours animé une majorité dans ce pays et, c’est pourquoi il faut à la Côte d’Ivoire des hommes modernes, démocrates et républicains pour le sortir de ces labyrinthes

Dans le Combat, il y a toujours d’autres combats menés par d’autres combattants. Celui que nous menons est pour l’éclosion d’un état républicain et démocratique. Là ou tous les citoyens sont égaux devant la loi, subissent sa rigueur ou jouissent de ce qu’elle octroie. Etat où les préjugés d’origine, de religion ou d’ethnie ne définissent pas l’appartenance à une nation ou le degré de patriotisme. Dans cet état, les institutions se doivent de lire la loi et non de la soumettre aux desiderata du prince. Cet état est dirigé par un Président de la République.

Le combat de Gbagbo est de se maintenir au pouvoir vaille que vaille. Dans cette logique obsessionnelle de confiscation, toutes les théories sont mises à contribution. Le nationalisme, la lutte pour l’indépendance et l’argument du néocolonialisme, la litanie de l’ingérence occidentale et le réveil du réflexe identitaire. Il se trompe lourdement d’époque, de combat et d’ennemies. D’ailleurs se trompe t-il ?

Nous avons entendu des « hommes de Dieu » eux aussi ne prêcher ni la parole de Dieu ni la parole du sage. Le combat sournois qu’ils livrent n’intéresse ni ceux qui n’arrivent plus à nourrir leur famille et à éduquer leurs enfants ni ceux qui ont perdu la foi dans leur « nouvelle religion » à nous révélée. Passons sur ceux ayant un combat personnel avec la France, justifié ou non, peu importe. Laissons de coté le combat de ceux là qui voient le mal en blanc et la victime en noir. Voyez, les « guerriers » sont nombreux en vérité.

« Si la rhétorique triomphe aisément des maux passés et des maux à venir, les présents triomphent d’elles ». Le combat le plus macabre et désolant est livré par nos « éclairés » mais, qui, en réalité, assombrissent l’horizon d’une Afrique démocratique. Parmi eux, différentes chapelles s’exercent à défendre ce qui ne devrait être défendu ; l’entorse à la volonté du peuple. Certains, sous le manteau des valeurs de gauche, d’autres habillés dans les livrées souverainistes dissertent d’idéologies du passées et de théories inadaptés pour le malheur de ce peuple. Et pourtant, notre malheur ne doit pas faire leur bonheur.

Volontiers, ils ferment les yeux que Gbagbo était au pouvoir depuis plus d’une décennie sans élection, qu’après le changement de plusieurs premiers ministres, la signature de plusieurs accords, la dissolution de la Commission Electorale Indépendante (CEI), l’implication, voulue et encouragée par Gbagbo lui même,  de la communauté internationale, la crise ivoirienne va de mal en pis. La seule solution qui n’a jamais été essayée est bien le retrait de Gbagbo du pouvoir. Est-il si difficile de comprendre entre une solution curative et une solution palliative ?

Qui sont ceux qui disent que l’ONU veut recoloniser l’Afrique ? Ils ont certainement un autre vœu qu’ils n’osent pas articuler. La résolution 1765 de l’ONU a été incorporée à la constitution ivoirienne par la signature de Gbagbo et à l’Assemblée Nationale de la Côte d’Ivoire sans contrainte. Quand on ne veut pas, on dit NON et on assume comme Lumumba, Sékou Touré, Sankara… Certains ont insulté la mémoire de ces valeureux fils du continent en les mentionnant, avec le même calame et sur le même parchemin, auprès du nom de Gbagbo. Sacrilège !

Même les athées réfutent les écrits saints. Comment voulez vous nous faire accepter la décision d’une Cour Constitutionnelle qui ne lit pas la loi au prétexte que son verdict ne peut être récusé? Qu’est ce que la dictature donc? L’Afrique n’a-t-elle plus besoin d’institution forte conduite par des hommes intègres ? Dans l’état de la Floride aux USA, sur la soixantaine de comté que compte l’état, Al Gore n’en remporta qu’une dizaine seulement. De la contestation qui en suivit, le camp Al Gore ne demanda le recomptage des voix que dans une poignée de comtés uniquement et non dans l’ensemble de l’état, ce que la Cour Suprême accepta dans un premier temps. Lorsqu’elle s’est aperçue de plusieurs défaillances dans le système électoral de la Floride (le système a été revu depuis), elle ordonna l’arrêt des décomptes. Cela était dans ses prérogatives et cela était conforme à la loi. La Cour Suprême américaine, pour ne pas s’immiscer dans le choix du peuple, n’a ni rayé des comtés ni choisi un président. Il n’y a aucun parallèle à établir à ce qu’a fait Yao N’Dré en Côte d’Ivoire. Voila ce que dit la loi ivoirienne :

L’article 64 nouveau du Code électoral prévoit que :

« Dans le cas où le Conseil Constitutionnel constate des irrégularités graves de nature à entacher la sincérité du scrutin et à en affecter le résultat d'ensemble, il prononce l'annulation de l'élection et notifie sa décision à la Commission Électorale Indépendante qui en informe le Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies et le Représentant Spécial du Facilitateur à toutes fin utiles.

La date du nouveau scrutin est fixée par décret pris en Conseil des Ministres sur proposition de la Commission Électorale Indépendante. Le scrutin a lieu au plus tard quarante cinq jours à compter de la date de la décision du Conseil Constitutionnel. »

Où est la faute ? Ou est l’ingérence ? Accepter la volonté du peuple ou se soumettre à la faute de la Cour Constitutionnelle ? Le combat démocratique c’est le respect des lois par les citoyens et par les institutions. Les enjeux sont clairs et simples mais les conséquences énormes. Nos « éclairés » qui prennent le bourreau pour la victime, le coupable pour l’innocent, ne se gênant ni d’amalgames ni de raccourcis pour distendre la réalité ivoirienne que Gbagbo se moque bien de notre intelligence, finiront par découvrir la nature réelle du prince de Mama et devront réciter ces vers après Césaire :…Les volcans éclateront, l’eau nue emportera les tâches mûres du soleil et il ne restera plus qu’un bouillonnement tiède picoré d’oiseaux marins…la plage des songes et l’insensé réveil !

Haïdara Chérif