Le ministère gabonais de l’Intérieur a annoncé ce mercredi la dissolution « avec effet immédiat » du parti d’opposition l’Union nationale (UN). La veille, le secrétaire exécutif dudit parti, André Mba Obame, avait prêté serment sur la Constitution et devant des milliers de ses partisans, à Libreville. Il estime avoir remporté la présidentielle anticipée de 2009, avec 42% de suffrages. Il a nommé un Premier ministre, le docteur Raphaël Badenga-Lendoye, qui a rendu public le même jour la liste d’un gouvernement de 18 membres.

« Dans cette situation particulière où les Institutions de la République se sont disqualifiées en participant à la tentative d’établissement d’un pouvoir illégitime issu d’un coup d’État, il est de ma responsabilité de Président élu de m’adresser directement au peuple souverain et de prononcer le serment solennel de l’article 12 de la Constitution qui consacre l’entrée en fonction du Président de la République gabonaise », a déclaré André Mba Obame, mardi, vers 17 heures, dans sa prestation de serment au siège de son parti, à Libreville. Officiellement classé 3e à la présidentielle du 30 août 2009 remportée par Ali Bongo Ondimba, M. Mba Obame a toujours revendiqué la victoire à ce scrutin à tour unique. Et il estime aujourd’hui qu’« Ali Bongo va partir comme Ben Ali ».

Il a nommé, hier, le docteur Raphaël Badenga-Lendoye Premier ministre de son gouvernement, lequel a donné la liste de ses 18 ministres. Ce gouvernement est composé, entre autres, de Bruno Ben Moubamba qui occupe le portefeuille des Affaires Etrangères, Fabien Mbeng Ekorezock, aux Finances, du professeur John Nambo, au ministère de l’Intérieur et de Michel Ongoundou à la Défense nationale.

André Mba Obame, réfugié depuis mardi soir au siège du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) à Libreville, a déclaré que la mission de son équipe est de mettre en place une véritable politique de développement du pays, afin d’apporter une amélioration substantielle des conditions de vie des Gabonaises et des Gabonais. Cette équipe gouvernemental aura également pour tâche, selon le président autoproclamé, de « rétablir les piliers de notre république qui, face aux défis du développement économique et social, est appelé à un ordre nouveau pour exalter dans la vie quotidienne des Gabonaises et des Gabonais, la devise de notre pays : union, travail justice ». M. Mba Obame et son équipe se sont dits déterminés à aller jusqu’au bout de leur logique, comptant sur le soutien du peuple et peut-être de la communauté internationale. « Je ne reculerai pas. Les Gabonais ne reculeront pas », a-t-il lancé avant d’inviter les forces de sécurité à faire preuve de patriotisme.

Ali Bongo réagit

La réaction des autorités de Libreville ne s’est pas fait attendre. Dans un communiqué lu à la radiotélévision nationale hier vers 23 heures, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Jean-François Ndongou, a prononcé des sanctions contre le président autoproclamé et les membres de son gouvernement, lesquels devraient être tous traduits devant les tribunaux pour violation des dispositions constitutionnelles. « La violation de ces dispositions (...) constitue un crime de haute trahison puni par la loi », a ajouté M. Ndongou, parlant depuis Tchibanga (sud-ouest) où le président et le gouvernement doivent tenir un Conseil des ministres jeudi.

L’immunité parlementaire du député du 1er siège du Haut Como, à Medouneu, André Mba Obame, devrait être également levée auprès de l’assemblée nationale, alors que la dissolution de l’union nationale (UN, opposition) devrait être prononcée dans les prochains jours, conformément aux articles 22 et 29 de la loi 24/96 du 6 juin 1996 relative aux partis politiques. Aussi, tous les agents de l’Etat faisant partie du « gouvernement insurrectionnel » seront radiés de la fonction publique, souligne le communiqué de l’Etat.

Le gouvernement de Paul Biyoghé Mba, Premier ministre d’Ali Bongo, a demandé aux Gabonaises et aux Gabonais, ainsi qu’à tous ceux qui résident sur le territoire national de vaquer librement à leurs occupations et de ne donner aucun crédit à cette situation « incongrue et inutile ». La même demande a été faite à l’endroit du corps diplomatique accrédité au Gabon et « aux pays amis et aux organismes internationaux partenaires du Gabon ».

Visiblement, le message du gouvernement de Paul Biyoghé Mba a été entendu par les Librevillois, qui sont nombreux ce matin dans les rues de la capitale gabonaises, vaquant tranquillement à leurs occupations, même si certains redoutent que la situation dégénère dans le pays dans les prochains jours.

Source: Afrik.com