Philippe_Henry_Dacoury_Tabley" Face au fait que la politique a tendance à être introduite à la banque centrale, nous avons accepté de rendre la démission qui nous a été demandée..." dixit le gouverneur démissionnaire Philippe-Henry Dacoury-Tabley

Sous la pression des chefs d'Etat ouest-africains, le gouverneur ivoirien de la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest (BCEAO), Philippe-Henry Dacoury-Tabley, proche du président sortant Laurent Gbagbo, a démissionné. Le président reconnu par la communauté internationale Alassane Ouattara a été sollicité par l'UEMOA pour désigner un nouveau gouverneur de la BCEAO.

La décision était attendue elle est donc tombée. Philippe-Henry Dacoury-Tabley, le gouverneur de la BCEAO, n’est plus gouverneur. Il vient de présenter sa démission à la conférence des chefs d’Etat de l’UEMOA, à Bamako.

Les soupçons qui portaient sur lui d’avoir facilité des décaissements frauduleux au sein de la Banque centrale ouest-africaine pour un montant de 80 milliards de francs CFA au profit de Laurent Gbagbo lui ont été fatals.

La décision de l’Union européenne de le placer sur une liste noire qui lui interdit de voyager et qui gèle ses avoirs auront peut-être été le coup de grâce.

Le gouverneur de la BCEAO est sorti de la salle de conférence en faisant une courte conférence de presse où il indiquait que les circonstances actuelles en Côte d’Ivoire l’empêchaient de faire son travail de gouverneur correctement.

(…) Face au fait que la politique a tendance à être introduite à la banque centrale, nous avons accepté de rendre la démission qui nous a été demandée. Je voudrais souligner que je suis profondément attristé pour l’institution que j’ai servie pendant 35 ans. Je pense qu’il y avait mieux à faire que ce qui a été fait. Je reste attaché à cette institution. Je crois à l’union monétaire et j’espère que les jours à venir ne seront pas sombres pour notre union et que nous pourrons continuer cet idéal d’intégration que nous avons commencé. Il est indispensable que notre zone, notre espace monétaire continue d’être ensemble, continue de se consolider (…)

C’est son vice-gouverneur, à Dakar, qui va assurer l’intérim en attendant que le président reconnu par la communauté internationale Alassane Ouattara désigne un candidat ivoirien pour succéder à Philippe-Henry Dacoury Tabley.

Le gouvernement de Laurent Gbagbo a immédiatement « récusé cette décision, illégale, nulle et de nul effet », selon son porte-parole Ahoua Don Mello. Ce dernier a dénoncé la précipitation de la décision des chefs d'Etats  alors que, dit-il, le gouvernement du président ivoirien sortant a un recours pendant devant  la Cour de justice de l'Uemoa. « Le gouvernement récuse cette décision et rejette la démission de Philippe-Henri Dacoury-Tabley », a-t-il ajouté. Ahoua Don Mello a précisé que « toutes les dispositions sont prises pour assurer le bon fonctionnement du système bancaire ivoirien ».

Le Burkinabè Jean-Baptiste Compaoré assurera l’intérim de la BCEAO

C’est désormais l'ancien ministre burkinabè des Finances et vice-gouverneur de la Banque centrale, qui est aux commandes de la BCEAO. Jean-Baptiste Compaoré  assurera l’intérim jusqu’à ce qu’Alassane Ouattara désigne un successeur pour remplacer Philippe-Henry Dacoury-Tabley, prié de démissionner. Un successeur qui devra être reconnu lors d’une session extraordinaire des chefs d’Etat de l’UEMOA à Lomé au Togo, session qui doit se tenir au premier trimestre 2011.

D’ici là, le président de la commission Soumaïla Cissé est prié de poursuivre son mandat ainsi que les autres membres de la commission de l’UEMOA.

Quant à Christian Adolendé, président de la BIDC, Banque d’investissements et de développement de la Cédéao, il est désigné comme remplaçant d’Abdoulaye Bio Tchané à la BOAD, Banque ouest-africaine de développement, sous réserve que la candidature de ce dernier à la présidentielle béninoise soit validée par la Cour constitutionnelle.

Pour ce qui est de la Côte d’Ivoire, et de la stratégie d’asphyxie économique prônée par Alassane Ouattara aux dépens de son adversaire Laurent Gbagbo, le premier semble avoir gagné une bataille avec l’UEMOA en obtenant donc le départ de Philippe-Henry Dacoury-Tabley.

En ce qui concerne la stratégie diplomatique ou militaire pour résoudre la crise ivoirienne, ces questions devraient être abordées au prochain sommet de l’Union africaine à Addis-Abéba.

Source : RFI