<< Voici pourquoi Odinga doit repartir avec Gbagbo >>

Le 28 novembre 2010, Dr Alassane D. Ouattara a été élu au suffrage universel direct au poste de Président de la République de Côte d'Ivoire. C'est un fait indéniable que l'ancien Secrétaire général des Nations Unies (1997-2006) et Prix Nobel de la paix 2001, Kofi Atta Annan, a crédibilisé, voire immortalisé par son communiqué du 21 décembre 2010 depuis sa fondation sise à Genève. « Je me joins (a-t-il dit) aux nombreuses voix, et avant tout à celles de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et de l'Union Africaine (UA), qui appellent l'ancien président Laurent Gbagbo à céder la place et à respecter la volonté du peuple. Celui-ci a choisi Alassane Ouattara et aucune répression, aussi brutale et longue soit-elle, ne pourra altérer ni cette décision, ni la légitimité de M. Ouattara ».

Parmi ceux qui prétendent le contraire, les excusables sont les tarés psychiques obnubilés par les désinformations de la RTI (Radio et Télé d'État) et des journaux affiliés pro-Gbagbo tels Fraternité Matin dirigé par Jean-Baptiste Akrou (sous sanction de l'UE), Notre Voie dirigé par César Étou (sous sanction de l'UE), Le Quotidien dirigé par Stéphane Kipré (sous sanction de l'UE) et Le Temps. Ce dernier est la propriété de Nadiana (Nady) Bamba, seconde épouse de Laurent Gbagbo et communicatrice professionnelle sanctionnée également de restriction de visas par l'UE pour incitation à la haine et à la violence à travers son journal qu'elle dirige elle-même. Est-ce parce qu'elle se croit être encore disposée d'immunité de co-Première Dame, donc dotée d'impunité de fait, que Le Temps semble s'être donné la mission de détenir la palme du plus grand renard? Morceaux choisis des Unes de la dernière semaine : «Les Noirs Américains lâchent Obama et Sarkozy (samedi 8/1)»; «Duékoué : l'ONUCI recrute des enfants soldats (lundi 10/1)»; «Les Occidentaux ne croient plus en Ouattara, Document confidentiel explosif (mardi11/1/)»; «Rififi au Golf Hôtel : Un charnier se prépare au sous-sol (mercredi 12/1)»; «Partis en Angola négocier la reconnaissance d'Alassane, les émissaires de Ouattara chassés par Dos Santos (jeudi 13/1)».

Par contre, parmi ceux qui soutiennent Laurent Gbagbo, se sont illustrés dans la Presse (Cf. Le Temps du 11/1), des non excusables formant un conglomérat de prétendus «intellectuels camerounais et africains, soucieux de l'indépendance et de la souveraineté des États africains, et (…) opposés à la recolonisation de l'Afrique par les Occidentaux». De leur point de vue, la situation ivoirienne symbolise «l'ingérence belliqueuse inacceptable de la communauté dite internationale, France, USA, UE et Nations unies et leurs négriers sur le continent noir». C'est pourquoi, écrivent-ils, ils lancent un appel ferme au Secrétaire général des Nations unies Ban Ki-Moon ainsi qu'au Président Sarkozy, exigeant de ces derniers qu'ils agissent conformément aux règles qui gouvernent les Nations unies, à savoir le respect de la souveraineté des États qui la composent et par conséquent, le respect des Institutions de l'État de Côte d'Ivoire. Car, pour ces intellos, le seul crime que Laurent Gbagbo a commis est d'avoir osé s'opposer à la scandaleuse tentative de recolonisation de la Côte d'Ivoire. Patati patata.

Si les tarés psychiques sont excusables pour déficience mentale, les universitaires enlisés dans la nostalgie d'une Afrique digne, aussi mythique que mystérieuse, ne peuvent bénéficier d'aucune circonstance atténuante pour leur soutien à Gbagbo. Tant leur appui pue le bakchich pour son inconditionnalité, sans un iota de bémol. Des visages humains à cervelle simiesque portant au cou des cravates griffées pour les mêmes raisons qu'atèles et xérus porteraient des chaussures «Bali». C'est à cause d'eux et pour eux qu'Aimé Césaire a écrit ceci : «Le nègre, même affranchi, garde longtemps l'allure d'un esclave; le souvenir de la chaîne fait qu'il traîne encore la jambe». Ils ne sont donc que de présumés intellectuels, ces nationalistes africains qui reçoivent le foin de la panse pour donner leur caution au fruit de la pensée d'autrui. La théorie de l'évolution ne semble visiblement pas s'appliquer à eux. Car pour de la pacotille, ils lâchent leur ascèse comme de la fiente et l'enterrent dans la bouse, au même titre que les roitelets nègres vendaient leurs âmes au diable en livrant leur prochain. Une façon de dire que bafouer la décision ou la volonté du peuple au nom de la démocratie, c'est défendre l'indéfendable par mauvaise foi. C'est le peuple qui incarne la démocratie étymologiquement et constitutionnellement. Faut-il le rappeler aux imposteurs!

Personne ne l'ignore, toute la planète médiatique tient en archive les preuves de la dérive dictatoriale du régime de Laurent Gbagbo, lequel se dit être sorti des entrailles de la démocratie. Pendant trente ans, dont dix longues années au pouvoir (2000-2010), les discours pro-constitutionnalistes de «l'enfant de la démocratie» nous ont tous attendris et endormis. Jusqu'à ce que la démocratie impose à l'enfant prodige le test du détecteur de mensonge : vrai ou faux tu as perdu l'élection présidentielle du 28 novembre 2010? L'enfant prodige aux prouesses exceptionnelles comme opposant politique devient alors prodigue en démontrant son attachement excessif aux biens publics à des fins de son maintien au Pouvoir, quoi qu'il en coûte à la population.

Comme de raison, la Côte d'Ivoire est à feu et à sang dû à l'entêtement de cet ex-président de demeurer au Palais au nom de la Constitution, ce, contre la Constitution, comme d'autres tuent au nom de Dieu sans sa permission. Des quartiers d'Abidjan, tels Abobo et Anyama, sont sous couvre-feu pendant que des villes comme Duékoué, Sinfra, Lakota, Issia semblent abriter des charniers qui auront leurs monuments aux morts après que la Communauté internationale aura intervenu pour user de «la force de dernier recours» pour déloger Gbagbo.

En attendant, le nombre de martyrs pour la démocratie n'est que de la statistique, d'autant plus que le SG de l'ONU, Ban Ki-Moon, a alerté le 13 janvier dernier qu'on n'est pas loin d'un génocide. Le laxisme diplomatique, à cet égard, laisse à penser que Gbagbo aurait des droits qui priment sur ceux du peuple. Or, l'ancien Président est un véritable hors-la-loi, un vrai séditieux, un terroriste interdit de séjour en Occident, un kleptocrate aux avoirs réquisitionnés, un criminel en lice pour la Cour pénale internationale (CPI).

Alors, pourquoi un tel ballet de chefs d'État ou de gouvernements africains pour supplier un voleur de trône de rendre son recel? Ce que Gbagbo mérite, c'est un mandat d'arrêt à décréter par les Autorités légitimes incarnées par le Président Ouattara et son gouvernement. Ce n'est certainement pas le dorlotement.

Autrement-dit, avec tant de déférence à l'égard de Gbagbo l'usurpateur, lorsque viendra le moment d'user de «la force légitime» pour le chasser du Pouvoir, comment s'y prendra-t-on? On devra lui annoncer le jour et l'heure de l'assaut. Sinon pourquoi mènera-t-on une opération secrète et militaire pour enlever un homme avec lequel on viendrait d'avoir une discussion fraternelle décuplée d'accolades de haut rang? Ce serait aussi insensé et hypocrite que de ranimer un condamné à mort dans une salle d'une urgence et le pendre haut et court une heure plus tard comme prévu dans la geôle d'à-côté. Autant avertir franchement Laurent Gbagbo de ce qu'il représente réellement devant la loi et des risques qu'il court à tout moment, en l'occurrence l'arrestation pure et simple. Les Autorités légitimes devraient à présent émettre un mandat d'arrêt contre Gbagbo sans toute autre forme de procès. À défaut d'un tel message clair et ferme, Gbagbo va continuer à distiller autour de lui et auprès de la population, l'illusion qu'il dispute légitimement le pouvoir présidentiel au Dr Alassane Ouattara, son adversaire du second tour électoral. Pour lui, il n'y a qu'un bras de fer de nature politique entre deux ex-candidats dont le plus futé ou le plus supporté par l'Armée emportera l'autorité de gouverner. Voilà la vision erronée gbagboïste de l'avenir, une auto-attribution du droit à la réclamation de l'assujettissement de l'adversaire, comme le vainqueur d'une guerre du Moyen-âge.

Fort de ce point de vue, Gbagbo s'abrite derrière son état de chef d'État sortant pour se voir en pole position, disposant des moyens d'inculquer par la désinformation médiatique qu'il détient légalement les structures institutionnelles jusqu'à ce qu'il y ait passation de charges. C'est dans cette optique qu'il croit pouvoir renforcer son autorité fictive en glanant çà et là, à la recherche d'appuis internationaux qu'il qualifie paradoxalement d'agents d'ingérence dans les affaires ivoiriennes.

Alors, animé d'un esprit machiavélique, Gbagbo tente d'exercer le pouvoir politique sans scrupule moral. C'est pourquoi, il se contente de s'octroyer une certaine quantité de fanas, peu importe leur qualité. Dans son carnet d'adresses de premiers secours figurent des Chefs d'État dont le dictateur Robert Mugabe du Zimbabwe, Président autoproclamé «à vie», sous sanction du Commonwealth, celui de la Guinée-Bissau, pays qualifié de « narco-État» par l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime, ainsi que José Eduardo dos Santos, le guérillero de l'Angola. Ses avocats actuels pour défendre sa cause désespérément perdue sont Me Roland Dumas (88 ans) et Jacques Vergès (85 ans), surnommés «sorciers blancs» par Vincent Hugeux dans son «Enquête sur les faux amis français de l'Afrique» (Fayard, 2007). Le plaidoyer de ceux-ci repose sur le thème central du «recomptage des voix», preuve qu'ils ont perdu la faculté de pouvoir se mettre à jour sur les enjeux électoraux de la Côte d'Ivoire.

N'empêche que l'exaspération des populations ivoiriennes a commencé à les pousser au relâchement, à la démobilisation générale et au pessimisme quant à la possibilité pour le Président Ouattara et son PM, Soro, de pouvoir conquérir les structures de l'État face aux discours répétitifs et fastidieux des mêmes menaces de sanctions déjà prises contre les concernés, de la part des officiels de l'ONU, UE, UA, CEDEAO, États-Unis et France comme s'ils avaient lancé la serviette quant à leur volonté d'user de «la force de dernier recours» au moment où les victimes civiles de la police politique de Gbagbo (Garde prétorienne, Cecos et mercenaires) atteignent des sommets inquiétants, les Casques bleus sont molestés en violation du droit international et que l'ex-Président Gbagbo pousse son impertinence à un niveau d'insouciance qui dépasse l'entendement.

Bien-sûr que les efforts de va-et-vient des émissaires de la CEDEAO et de l'UA sont louables mais, ils tardent à rassurer qu'il y a un consensus au sein de ces deux Instances africaines pour venir sauver la Côte d'Ivoire par l'usage de cette «force de dernier recours». C'est vrai que le Premier ministre kenyan Raïla Odinga apporte un peu de baume aux souffrances des Ivoiriens en affirmant que «l`UA craint qu'étant donné qu'environ 20 élections sont prévues sur le continent africain en 2011, la situation en Côte d`Ivoire créée une tendance, si elle n`est pas suivie à la conclusion, avec la remise du pouvoir au vainqueur». Si le problème ivoirien n`est pas résolu, dit-il, les présidents sortants lors des prochaines élections peuvent essayer de s`accrocher au pouvoir à la façon de Gbagbo, un développement qui, selon lui, conduirait à une situation de désordre en Afrique.

N'empêche que l'angoisse est palpable dans la population et l'anxiété, dans le camp du gouvernement sous blocus au Golf Hôtel par des bandes armées pro-Gbagbo, en plein dans la rébellion contre la République, sa Constitution et ses Institutions. La question du jour est donc de savoir ce qu'on attend pour balayer ces déchets toxiques humanoïdes qui empoisonnent la vie des Ivoiriens. Les populations veulent savoir la vérité. Si la volonté politique fait défaut au niveau de ceux qui doivent agir par «la force légitime», les Ivoiriens ont droit à l'information afin qu'ils organisent leur propre autodéfense, car il est anormal que la Communauté internationale continue de menacer de sanctions les mêmes personnes qui le sont déjà. Comme il est aussi inadmissible que les soldats des Forces impartiales armées jusqu'aux dents se laissent intimider et abandonnent leurs véhicules aux mains de jeunes truands. Car le rôle central de l'ONU de maintien de la paix provient de l'engagement collectif après la Seconde Grande Guerre d'empêcher par tous les moyens, les dictateurs pseudo-démocrates de répéter les crimes humains troublant la paix internationale.

Est-ce encore nécessaire de rappeler que la chère Paix est le premier, sinon le "but des buts" posés par la Charte, dans son Préambule et son Article 1. Le CS (conseil de sécurité) des Nations unies, dont les décisions sont obligatoires pour les membres de l'Organisation (Chapitre V, Article 25), est dépositaire de la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales (article 24, paragraphe1).

A cet effet, le CS dispose de pouvoirs spécifiques, définis notamment aux chapitres VI et VII de la Charte. Le Chapitre VII traite de l'action du CS face à une atteinte grave à la paix et à la sécurité. Il lui revient de manière tout à fait discrétionnaire, de constater l'existence d'une situation de menace contre la paix, de rupture de la paix ou d'acte d'agression, et de faire les recommandations ou de prendre les décisions concernant les mesures éventuellement coercitives pour maintenir ou rétablir la paix ou la sécurité internationales (Article 39), sans que le principe de non-intervention de l'ONU dans les affaires intérieures d'un État fasse obstacle à l'application des mesures de coercition décidées dans le cadre de ce chapitre VII (Article 2, paragraphe 7).

La Charte prévoit que le CS de l'ONU peut recourir à des mesures non-militaires (embargo, sanctions économiques) pour faire pression sur les États (Article 41). Mais elle donne également au CS le pouvoir d'entreprendre toute action militaire qu'il juge nécessaire, au cas où les mesures précédentes apparaîtraient d'emblée ou se seraient révélées inadéquates (Article 42). La présente situation de la Côte d'Ivoire s'inscrit exactement dans ce cadre.

Lors de son adoption, la Charte avait prévu la mise en place de forces coercitives propres à l'ONU, en établissant de façon impérative et permanente la contribution des États membres à cette force d'intervention (Article 43). Cette disposition n'ayant pas été appliquée, les Organisations régionales, telles la CEDEAO et l'UA, ont été autorisées et ont pris des mesures pour suppléer l'ONU au besoin. C'est ce qui a justifié la mise sur pied de l'Écomog. Aujourd'hui, le besoin est là.

Que tout le monde se réveille et que Gbagbo, ses sbires et ilotes soient neutralisés dans leur crise de personnalité les amenant à croire qu'ils représentent encore quelqu'un et quelque chose dans l'État de Côte d'Ivoire postélectorale. Que le PM Kenyan qui s'est annoncé au bord de la Lagune Ébrié pour une énième fois, reparte avec Laurent Gbagbo, l'homme le plus recherché pour banditisme et le plus indésirable en Côte d'Ivoire.

Dr Antoine Ahua Jr

Québec, Canada

Source : Le Patriote