Autopsie d'une défaiteannoncé : Pourquoi Celloun a t-il échoué et pourquoi il échouera encore ?

Le candidat malheureux à l’élection présidentielle guinéenne a refusé la main tendue par Alpha Condé parce que, selon lui, ce dernier serait responsable des violences dirigées contre sa communauté.

Une fois encore, Cellou démontre son incapacité à dépasser ses émotions et à tirer les leçons de son échec. Le seul et unique responsable de ce qu’il faut bien appeler le repli identitaire qui a caractérisé ces élections, c’est bien lui. Ne pas le reconnaître et en tirer les conséquences est inquiétant. Non seulement pour lui mais également et surtout pour les futures joutes électorales en Guinée.
Des erreurs fondamentales ont été alignées par l’équipe de communication du candidat de l’UFDG. Si elles ne sont pas corrigées, elles maintiendront notre pays dans son communautarisme actuel et affecteront systématiquement son environnement politique et son tissu social car Cellou a perdu cette élection à cause des cinq grandes fautes qui suivent :
1. L’image de Cellou Dalein Diallo sur le bulletin de vote
En choisissant, avec la complicité active de la CENI, d’arborer le fameux bonnet du foutah sur les bulletins de vote, Cellou s’est retrouvé pris à son propre piège. Certes, la manœuvre lui donnait un avantage considérable sur les autres candidats dans la mesure où elle mettait ses militants à l’abri de toute erreur lors du choix à faire dans l’isoloir. Malheureusement, les dommages collatéraux de ce procédé ont été sans doute plus graves que les avantages escomptés.
A travers l’image (qui passait également dans le clip de campagne) d’un candidat arborant fièrement la coiffe de son terroir les guinéens ont vu LE candidat d’une région, d’une communauté. Ils ont compris que CE candidat n’était intéressé que par une seule chose, permettre à SA communauté de le reconnaître. Les autres guinéens ? Quantité négligeable.
2. La musique du clip de campagne
Pendant TOUTE la campagne et sur TOUS ses clips seuls deux morceaux étaient utilisés comme fond sonore. « Bherden en den waaliké » de Lamah Sidibé et « Cellou Laamikè » de Masta X. Lorsque l’équipe de communication de l’Arc en ciel mettait un point d’honneur à utiliser un générique en soussou et des morceaux d’appui dans plusieurs autres langues, l’Alliance Cellou Dalein n’utilisait que des morceaux chantés en peul.
3. La « mafia peule » du commerce
L’argument principal exploité par Cellou Dalein Diallo pour accuser Alpha Condé d’avoir attisé l’ethnocentrisme c’est l’utilisation du terme « mafia peule » par le Professeur pour qualifier le soutien apporté par les commerçants originaires du Foutah à son adversaire. Cellou Dalein Diallo confond le fait pour Alpha de procéder à un constat, par ailleurs accessible à tous les guinéens, à une propagande mensongère destinée à faire peur ainsi que l’a pratiqué son allié Sydia Touré.
Les faits sont incontestables : Tous les grands commerçants peuls ont soutenu financièrement la campagne du candidat de l’UFDG. De gré ou de force. Cellou Dalein Diallo n’a même pas cherché à le cacher tellement cela était évident. Pour preuve, lors de son meeting du premier tour à Kindia, le caméraman s’est attardé longuement sur la brochette de commerçants peuls alignés à la tribune d’honneur derrière leur candidat. Ces images n’ont pas été coupées au montage. Apparemment, il s’agissait bien de montrer au guinéens que les importateurs de riz et autres denrées de première nécessité soutenaient Cellou. Chantage ? Désir d’affirmer sa puissance ? Message déguisé destiné à d’autres soutiens tapis dans l’ombre ?
Alpha n’a rien appris à personne en évoquant la présence de ces acteurs économiques autour de Cellou et il n’a rien inventé non plus pour effrayer le consommateur guinéen. Cellou l’a commencé tout seul, Bah Oury et Faya Millimono ont fini le travail, nous le verrons plus loin.
En revanche, Sydia Touré, allié de Cellou, a fait sillonner la Basse-Côte par des missions chargées insidieusement de terroriser les soussous par rapport à l’éventualité d’une arrivée de Alpha Condé au pouvoir. Ses envoyés ont épouvanté plusieurs familles en leur disant que si Alpha venait au pouvoir les malinkés se vengeraient du « wo fatara » lancé par Lansana Conté en 1985.
La Professeur n’est pas allé pleurnicher dans les jupons des médias et de la communauté internationale pour autant. Il a entrepris un travail de proximité méticuleux pour déconstruire cette propagande maléfique de Sydia.
4. La prise en otage économique du pays
A chaque fois que les intérêts stratégiques de l’Alliance Cellou Dalein Diallo ont semblé menacés, les guinéens ont été obligé de subir les conséquences économiques de ses revendications.
En appelant publiquement les commerçants peuls à « paralyser économiquement » le pays (ce qui a été fait) Bah Oury n’a fait qu’exacerber le sentiment de défiance des consommateurs guinéens vis à vis des opérateurs économique peuls, ceux-là même dont Cellou revendiquait si ostensiblement le soutien (voir plus haut). Il est même arrivé que le prix du sac de riz vendu par des détaillants peuls change en fonction de l’appartenance ethnique de l’acheteur.
Faya Millimono à gravement enfoncé le clou en défiant les « commerçants malinkés » de fermer également leur boutiques s’ils le voulaient (sous-entendu : si ils en étaient capables).
Par ailleurs, dans toutes les villes ou Cellou passait, le marché (dont les étals sont tenus principalement par des peuls) s’arrêtait et les ménagères n’avaient pas d’autre choix que d’attendre le départ de Cellou pour faire leurs courses. Ce qui, il faut le croire, n’était qu’une manifestation de soutien à un candidat, a vite été perçu comme une prise en otage de l’économie à cause notamment des défis et déclarations de Bah Oury et Faya Millimono.
5. Cellou, candidat exclusif du Foutah
Alpha Condé a partagé une partie de ses fiefs électoraux avec d’autres candidats malinkés (Lansana Kouyaté notamment). Il a eu en opposition directe en Haute Guinée sept candidats qui ont raflé en tout 250 541 voix. Il est à noter que, de tous les candidats originaires de Haute Guinée (Ousmane Kaba, Bouna Keita, Francois Lounceny Fall, Lansana Kouyaté, Mamady Diawara, Saran Daraba Kaba, Alpha Ibrahima Keira et Alpha Condé lui même) Alpha est celui qui s’exprime le moins correctement en malinké.
De l’autre côté, les candidats peuls susceptible de «piquer » des voix à Cellou Dalein en Moyenne Guinée étaient Boubacar Barry, Boubacar Bah, Mamadou Baadikoh Bah, Ousmane Bah. A eux quatre ils n’ont grignoté que 44 571 voix à Cellou Dalein Diallo. On a vu ce qui est arrivé aux domiciles de Bah Ousmane et ses partisans à Pita pour s’être rallié à Alpha Condé au second tour.
Incapacité à tirer des leçons des l’échec
Toutes les accusations que Cellou porte à l’endroit du candidat Arc en ciel sont des constructions mensongères destinées à couvrir sa propre conception de l’accession au pouvoir
Peut-on réellement reprocher à Alpha Condé d’avoir utiliser les atouts naturels qui étaient les siens pour mobiliser l’électorat soussou ? Y-avait-t-il un crime à rappeler aux soussous, que par sa mère, il est leur fils ? Devait-il se refuser à s’exprimer en soussou uniquement pour ne pas attirer l’attention sur le fait que Cellou, malgré toute sa vie passée à Conakry, n’en connaît pas un mot ?
Le Foutah s’est mobilisé comme jamais pour porter son fils au pouvoir. Le candidat imposé et assumé était Cellou Dalein Diallo. La Guinée entière est convaincue que Bah Ousmane, successeur naturel de Bah Mamadou n’a pas été choisit comme candidat du Foutah à cause de son métissage. Vous avez dit candidature ethnique ?
Les clivages ethniques en Guinée existaient avant cette campagne électorale. Qu’on l’appelle jalousie, convoitise ou suspicion, la défiance des autres communautés vis-à-vis de la prospérité économique (objective) mais aussi du repli identitaire (réel ou imaginaire) de la communauté peule est une réalité qui n’a rien à voir avec Alpha Condé. Le nier c’est passer à côté du problème et s’éloigner des solutions à y apporter.
Un article récent du Docteur Mamadou Diallo est édifiant en ce sens. Le créateur du site guinea-forum, espace dédié au « pouvoir peul » et à l’invective contre tout ce (et ceux) qui ne vont pas dans ce sens a cru bon de tirer publiquement les leçons de la défaite de Cellou Dalein Diallo.
L’analyse de l’article « Présidentielle guinéenne : le sacre d’Alpha Condé, la défaite dégradante de l’UFDG et l’humiliation des peuls » permet de tirer plusieurs enseignements.
Celui qui est connu sur le net comme l’un des plus grands idéologues du « pouvoir peul » décrit la défaite de Cellou Dalein Diallo comme une « humiliation pour les peuls ». A travers une analyse, parfois pertinente, des causes de l’échec de celui qu’il considère comme le candidat du Foutah, l’auteur révèle à quel point l’intelligentsia peule se sent « orpheline » d’un véritable leader. Il conclut en assurant que « entre la force économique et politique, il faut s’investir sur la force politique qui contrôle la force économique ».
De par son auteur et son contenu, cet article assène à ceux qui en doutaient encore une vérité crue et grave : la candidature de Cellou Dalein Daillo, depuis son choix pour succéder à Bah Mamadou jusqu’au combat d’arrière-garde qu’il est en train de mener pour inverser les résultats du second tour, est le fruit d’une stratégie de conquête de pouvoir basée exclusivement sur un postulat, des moyens et des objectifs ethnocentristes.
Malheureusement cette séance d’auto-flagellation que Mamadou Diallo a imposé aux intellectuels peuls risque de ne pas faire avancer la question de l’ethnocentrisme en Guinée et de ce que lui-même appelle « le problème peul »
La défaite de Cellou Dalein Diallo est avant tout une conséquence directe de l’incapacité de sa communication à faire oublier les préjugés qui collent aux peuls et à rassurer les autres communautés. Soit Cellou le reconnaît et le corrige avant les prochaines élections, soit il l’occulte et, dans cinq ans, les mêmes causes produiront les mêmes effets.

Ansoumane Koly
ansoumanekoly@yahoo.fr