22 novembre 1970-22 novembre 2010 : 40ème anniversaire de l’agression
impérialo-portugaise contre la République de Guinée

22 Novembre 1890 : naissance à Lille de Charles DE GAULLE ;
22 novembre 1970 : agression impérialo-portugaise contre la République de Guinée.
Une coïncidence fortuite ? certainement que non.
Le Général DE GAULLE, Président de la République Française, démissionne le 27 avril 1969 suite au rejet du projet sur la régionalisation et la réforme du Sénat par un référendum du même jour. Après sa démission, voici ce qu’il confie à son fidèle serviteur Jacques FOCCART : « je quitte le pouvoir avec un regret, celui de n’avoir pas mis Sékou TOURE à genou ».
Le 22 novembre 1970 coïncidant au 80ème anniversaire du Général DE GAULLE, les principaux acteurs de l’agression ont dû, après quelques reports, convenir sur cette date pour aussi rendre un vibrant hommage à celui que je considère comme le sauveur de la Nation française des griffes du nazisme hitlérien.
Pour en venir à l’agression, il est intéressant de savoir :
a) Quels ont été ses principaux acteurs ?
b) Quelles étaient leurs motivations profondes ?
- Il n’est plus à démontrer que, le « crime » commis par la Guinée contre une certaine France a été de voter Non le 28 septembre 1958. Les décideurs français d’alors nous ont appris dans leurs écrits abondants, les dispositions que le Pouvoir français prenait pour agenouiller la Guinée « rebelle ». Les complots ourdis et qui ont tous lamentablement échoués ne se comptaient plus.
- Le deuxième acteur principal de l’agression était l’Allemagne Fédérale d’alors. Le gouvernement Allemand ne pouvait d’aucune façon tolérer la reconnaissance par la Guinée de la République Démocratique Allemande (RDA). Ainsi, pour lui, l’impertinent qui a commis ce « crime », et qui de surcroit était en bonne entente de coopération avec la RDA devait tout simplement disparaitre.
- Le troisième acteur principal était indéniablement le Portugal. Ce pays colonisateur avec son gouvernement têtu d’alors, était en guerre contre le Peuple de Guinée Bissao qui, organisé au sein du PAIGC, avait la base de sa lutte de libération nationale installée à Conakry. Compte tenu de cette situation spéciale, le Portugal a assumé le rôle de tête de pont pour tous ses alliés.
- Un autre acteur, opérationnellement moins important que les trois premiers était le honteux régime d’Apartheid d’Afrique du Sud. En effet, le camp militaire Kémé BOUREMA de Kindia formait déjà des contingents d’hommes à la guérilla pour les différents Partis et Mouvements de lutte contre l’apartheid dont l’ANC de Nelson MANDELA.
Par solidarité de camp ou de bloc, ces acteurs avaient le soutien d’autres alliés, directement ou indirectement. La nécessité de la préparation et de l’exécution de l’agression du 22 novembre 1970 découle de tout ce qui précède, mais aussi de la simple raison des échecs répétés de multiples complots ourdis avant elle.
Voilà que Conakry est attaqué dans la nuit du 21 au 22 novembre 1970. Au matin, des centaines de cadavres jonchaient les rues de Conakry. Selon le Capitaine portugais CALVAO, près de 500 cadavres.
Alors Ahmed Sékou TOURE lance son premier appel à la Nation à 9 heures. La riposte s’engage. Les armes sont distribuées dans tous les quartiers, dans les concessions de la capitale ainsi que dans les régions avoisinantes. C’est moi qui ai eu l’honneur de recevoir la dotation de Dubréka. Nos miliciens mobilisés ont vite rejoint Conakry le champ de bataille.
Ma remarque non moins importante était que si le régime était vomi comme le disaient ses ennemis, le Peuple aurait profité de l’occasion pour s’en débarrasser. Au contraire, il s’était saisi des armes distribuées pour mettre en déroute les ennemis.
Pour la jeunesse qui n’a pas vécu cet évènement crucial de la vie de la Nation guinéenne, il est de notre devoir impérieux de lui dire sans passion ni détour comment a été gérée cette agression par la Nation guinéenne, les institutions africaines et internationales.
Après le premier appel adressé au Peuple de Guinée, le Président Ahmed Sékou TOURE s’est adressé à tous les Chefs d’Etat Africains, au Secrétaire Général de l’OUA et à celui de l’ONU, à toutes les Nations éprises de paix et de justice ainsi qu’à tous les mouvements de libération en Afrique et dans le monde. Comme il fallait s’y attendre, les réactions n’ont nullement tardé à se manifester.
Sur le plan africain, aucun Chef d’Etat n’a manqué d’envoyer à Conakry son message de soutien. La CEDEAO n’existait pas encore. C’est l’Organisation des Etats Riverains du fleuve Sénégal (OERS) composée de la Guinée, du Sénégal, du Mali et de la Mauritanie qui a aussitôt rejoint Conakry. Son Conseil Extraordinaire des Ministres présidé par le Sénégalais Daniel CABOU s’est réuni dès le 24 novembre 1970 à Conakry. Voici un extrait de sa Résolution :
L’OERS : « constate que la ville de Conakry fait l’objet depuis dimanche 22 novembre 1970 d’une agression armée déclenchée par le Portugal et qui a pris la forme d’un bombardement de la ville et d’un débarquement de troupes de mercenaires étrangers à partir de navires étrangers….
- Condamne avec la dernière énergie cette agression barbare contre la République de Guinée…
- Salue l’héroïsme et la foi du Peuple de Guinée , de son Parti , de son Gouvernement et de son armée qu’il félicite pour leur action prompte et vigoureuse qui a permis d’éliminer l’essentiel des forces d’agression et de tenir en respect des unités navales qui croisent encore dans les eaux territoriales de la République de Guinée…
- Invite toutes les forces progressistes dans le monde à condamner avec force une telle forfaiture qui menace la paix en Afrique et dans le reste du monde
- Appuie sans réserve le Peuple frère de Guinée dans sa juste lutte contre l’impérialisme et le colonialisme.
Le Conseil des Ministres de l’OUA a quant à lui, eu lieu à Lagos du 9 au 12 décembre 1970. Ce Conseil Extraordinaire a connu la participation de tous les Etats membres. Il a adopté une résolution condamnant fermement l’agression et soutenant sans réserve la République de Guinée. Dans cette longue Résolution voici quelques extraits qui méritent d’être retenus :
L’OUA « Lance un appel à la Communauté Internationale et à l’ONU pour qu’elles mettent fin aux actes criminels du Portugal et à cette fin, demande que cesse toute assistance militaire au Portugal….
- Exige qu’un châtiment exemplaire soit infligé à tous ceux qui ont collaboré et perpétré l’agression contre la République de Guinée…
- Demande aux Etats membres de l’OUA d’arrêter et de remettre immédiatement tout mercenaire au pays contre lequel il aura commis une agression….
- Demande aux Etats membres de l’OUA d’octroyer une aide immédiate et totale à la République de Guinée afin de lui permettre de faire face aux conséquences de l’agression
- Décide de célébrer le 22 novembre comme journée de la lutte contre le colonialisme portugais en Afrique ».
Sur le plan international, la réaction des Nations Unies avait été plus déterminante. En effet, le Conseil de Sécurité s’était immédiatement réuni après la réception du message du Président guinéen. Une mission composée de cinq pays et conduite par le Népalais Padma BAHADUR KHADRI est arrivée à Conakry dès le 24 novembre 1970.
Transparence aidant, la délégation onusienne a rejoint la commission nationale d’enquêtes chargée d’interroger les mercenaires capturés et leurs complices locaux. C’est là que l’ONU s’était rendue compte de la matérialité de l’agression. La délégation a alors conséquemment fait le compte rendu au Conseil de Sécurité qui, à son tour a adopté une Résolution dont voici quelques extraits :
Le Conseil de Sécurité « fait siennes les conclusions du rapport de la Mission Spéciale en République de Guinée.
- Condamne énergiquement le gouvernement Portugais pour son invasion de la République de Guinée
- Exige que le gouvernement portugais indemnise intégralement la République de Guinée des importantes pertes en vies humaines et en biens causés par l’attaque armée et l’invasion et prie le Secrétaire Général d’aider le Gouvernement de la République de Guinée à évaluer l’étendue des dommages causés
- Lance un appel à tous les Etats afin qu’ils prêtent une assistance morale et matérielle à la République de Guinée pour qu’elle renforce et défende son indépendance et son intégrité territoriale
- Prie le Président du Conseil de Sécurité et le Secrétaire Général de suivre de près la mise en œuvre de la présente résolution.

Signé U Thant, Secrétaire Général de l’ONU »

Après toutes ces réactions tant africaines qu’internationales, la gestion juridique de l’agression s’imposait. Il a été alors mis en place un tribunal spécial chargé de juger les mercenaires capturés et leurs complices locaux. Voici la Loi instituant ce tribunal.

Loi n° 01/AN/71
érigeant l’Assemblée nationale de la République de Guinée en Tribunal Révolutionnaire Suprême.
L’Assemblée Nationale :
Vu les articles 7,9 et 14 de la Constitution,
Vu la loi n° 58/AN/62 du 14 avril 1962 portant création des tribunaux populaires en République de Guinée,
Après en avoir délibéré,
Adopte la loi dont la teneur suit :
Article 1er : l’Assemblée Nationale est érigée en Tribunal Révolutionnaire Suprême
Article 2 : Le Tribunal Révolutionnaire Suprême ainsi constitué a compétence pour juger de tous les crimes et délits commis en corrélation avec les évènements des 22, 27 et 28 novembre 1970 qui avaient pour but de porter gravement atteinte à la souveraineté intérieure de la République de Guinée.
Article 3 : La présente loi qui sera immédiatement applicable sera publiée au journal officiel.
Ainsi délibéré et adopté en séance publique
Conakry le 18 janvier 1971
Le Président de l’Assemblée Nationale
Léon MAKA
Les députés de cette Assemblée nationale étaient de la 3ème législature. Ils étaient au nombre de 75 dont 15 femmes. Le Premier inscrit était Bah Mamadou Kaba et la dernière inscrite Tourou SYLLA de Mamou. Certains d’entre eux vivent encore ; ils sont là.
C’est à l’issue de ce procès que les coupables ont été condamnés. Ce n’était donc pas nos tribunaux ordinaires qui avaient jugé les acteurs de l’agression du 22 novembre 1970. Il est à remarquer que c’était une procédure qui a un peu de ressemblance avec les tribunaux spéciaux qui avaient jugé les « collabos » du nazisme hitlérien après la guerre 1939-1945 en France.
En dépit de tous les dommages endurés par le Peuple de Guinée, la victoire a été de son côté à la fin de cette guerre d’indépendance déclenchée contre lui dès le lendemain du 28 septembre 1958. Deux Nations européennes, l’Allemagne et la France, avaient reconnu et regretté par l’intermédiaire des Nations Unies, leur tort devant la Guinée. Cela a eu pour conséquences le rétablissement des rapports de coopération Germano-Guinéen et Franco-Guinéen. Ce qui a conduit à la libération de leurs concitoyens (6 Allemands et 18 Français) jusque-là purgeant leurs peines pour atteinte grave à la souveraineté de la Guinée.
Le Gouvernement Guinéen ne s’est pas arrêté là. Il s’est réconcilié avec ses voisins : le Sénégal et la Côte d’Ivoire en 1978. Puis il a pardonné les guinéens, acteurs et complices de l’agression qui encore encouraient diverses peines selon la gravité de leur participation. C’est ainsi que les prisonniers ainsi que ceux condamnés par contumace furent tous amnistiés.
La consolation du Peuple martyr de Guinée reste sa victoire internationalement reconnue à l’issue de la guerre d’indépendance.
Conakry, le 21 novembre 2010
Par
El Hadj Momo BANGOURA
Président d’Honneur du PDG-RDA