Le Destin de la Guinée ne doit pas se monnayer avec 25 kg de Céréales
Décidément, la Guinée ne va jamais cesser de surprendre l'Afrique et le reste du monde, au point que d'aucuns ne s'embarrassent point de fioritures pour oser la qualifier de pays des exceptions. Après avoir réussi à offrir au monde sa capacité de faire durer l'entre-deux tours d'une élection Présidentielle à quatre mois,(quelle prouesse!), les citoyens guinéens ont découvert une autre façon de battre campagne.

Au lieu d'une confrontation d'idées et d’un choc d'idéologies, le pays de Sékou Touré vient de montrer que l'ont peut convaincre les électeurs, rien qu'avec un sac de riz. Oui, pour la pêche aux voix, rien de plus qu'un sac de riz, estampillé aux couleurs d'une des deux parties en course pour le fauteuil laissé vacant par Conté.
La veille du scrutin aura permis de comprendre qu'un sac de riz de 25kgrs pèse plus lourd que tous les programmes de gouvernement, Car là où les arguments n'ont pas pu faire l'affaire,  la céréale pourrait faire le poids. Et les populations ciblées sont connues  pour être les plus enclines à mordre à ce genre d'appât.
C'est malheureux d'observer ce balai d'hommes politiques d'un autre âge, faire la ronde des quartiers à forte densité soussou, avec en sous-mains des cargaisons de riz, vendu à vil prix, mais assortis d'une ''petite'' condition. Il s' agira pour ceux qui acceptent de vendre leur âme, de jurer, la main sur le très Saint Coran, de voter pour le gourou, pour obtenir la denrée avec seulement 40000fg, les 25kgrs, au moment  où le sac de 50kgrs oscille autour de 200000fg.
Et nombreux sont ceux qui, sans mesurer les conséquences d'un tel geste pour l'avenir des 12 millions de Guinéens, ont accepté cette humiliation, car pour certains, ces 25kgrs de la honte arrivent à peine à couvrir les besoins de la famille au delà de 5 jours.
Cette bassesse  qui consiste à faire la danse du ventre, est certes favorisée par cette période de disette que traverse tout le pays, conséquences, s'il en était de l'échec de toutes les politiques mises en place depuis l'indépendance du pays en 1958; mais aussi met à nu l'avilissement des intellectuels Guinéens de tout bord, qui ne sont plus crédibles aux yeux des populations, au point qu'aujourd'hui, un sac de riz pèse plus lourd que leurs promesses électorales.
Cet argumentaire, loin de contribuer à sortir le pays de l'impasse, l'ancre plutôt dans ce mal pernicieux qu'est la corruption et le clientélisme que, naguère, dénonçait Moussa Dadis Camara "Arrête de me servir du poisson et apprends-moi plutôt à pêcher", disait le sage.
Le destin de la Guinée ne doit pas se monnayer avec 25kgrs de céréales; il doit au contraire se construire par le choc des idées et l'intelligence de tous les citoyens.

Mahmoud Ben Hamid, envoyé spécial à Conakry, pour Guinée nouvelle.info