Dadis" Si le blocage persiste une seule alternative : un retour  des acters vers le médiateur "

Au moment où on parle d'un nouveau report de la date du secoud tour de l'élections présidentielle, nous nous sommes entretenus avec Me Marcel CECCALDI , avocat du président du CNDD, Moussa Dadis Camara. Il nous livre ici ses impressions sur la situation en Guinée, les raisons et conséquences des multiples reports du 2ème tour et esquisse une solution de sortie de crise.Entretien.

La Dépêche Diplomatique Afrique : Maître, en tant qu’avocat du président du CNDD, Moussa Dadis Camara, comment voyez-vous la situation actuelle en Guinée, au moment où on s’interroge encore sur la possibilité d’un éventuel report du deuxième tour de l’élection présidentielle ?
Me Marcel CECCALDI : C’est bien la première fois qu’on voit une telle situation où plus de trois mois après un premier tour de scrutin, on n’arrive pas à organiser un second tour définitif pour départager les candidats en lice. Quels sont les commentaires que cette situation m’inspire ?
Je vous rappelle que le Président Moussa Dadis Camara, a fait l’objet, à l’époque, d’une offensive médiatico-politique d’une ampleur sans précédent concernant la tenue de ces élections. Je constate d’abord une chose ; lorsque Dadis Camara était en place, la Guinée était un pays calme et la paix civile régnait. Je relève que les narcotrafiquants arrêtés par Dadis ont été libérés quatre mois après son retrait du pouvoir. Et quelques mois seulement après leur libération, la situation devient beaucoup plus compliquée qu’auparavant…
Cela prouve comme nous vous l’avons toujours dit, et malgré le battage politico-médiatique, que la véritable histoire du 28 septembre 2009 reste à écrire. D’autre part, il est clair que l’on veut imposer un prisme de démocratie aux pays africains, et à la Guinée en particulier – dont la trajectoire politique est quand même différente de la plupart des ex-colonies françaises d’Afrique – en mettant de côté l’historicité des Nations. En effet, il est de l’ordre de l’évidence qu’au terme de 50 ans de dictature, il fallait que la Guinée apprenne, ou plutôt réapprenne, ce qu’on pourrait appeler les règles d’une démocratie adaptée à son originalité.

La Dépêche Diplomatique Afrique : Face à cette sorte d’impasse à laquelle le pays est confronté, quelle serait, pour vous, la solution idéale ?
Me Marcel CECCALDI : Il n’y a pas d’autre alternative que de se tourner vers le médiateur, en l’occurrence le président Blaise Compaoré. En réalité, la campagne médiatico-politique qui s’est déchaîné contre Dadis n’a pas permis au médiateur de poursuivre sa mission dans des conditions sereines. Il a même été écarté du processus de transition pendant un premier temps. Je vous rappelle que, dans les premiers mois de la transition, ni le président par intérim, le général Konaté, ni le premier ministre de la transition Jean-Marie Doré, ne se sont rendus à Ouaga. Il faut désormais situer les responsabilités, aussi bien au niveau des nations occidentales comme la France et les Etats-Unis, que les nations africaines qui n’ont pas osé, pour leur part, s’opposer à cette campagne médiatico-politique.
Un des chefs d’orchestre de cette grande campagne de diabolisation fut sans conteste l’ancien secrétaire général de la Cedeao (le ghanaén Dr Mohamed Ibn Chambas) qui a pris des positions qui ne relevaient pas de son domaine de compétences. C’est vraiment regrettable.
Ensuite, que dire de cette palinodie d’élection où le premier président de la CENI (Commission électorale nationale indépendante), feu Ben Sékou Sylla (Paix à son âme) qui avait organisé le premier tour a été condamné pour fraude électorale par les juridictions guinéennes. Dans quel pays au monde a-t-on vu le président de la structure ou l’Autorité chargée d’organiser une élection condamné, après le scrutin du premier tour, pour fraude électorale ? Parce que c’est la Guinée ? Parce que la Guinée est un petit pays et qu’on peut lui imposer n’importe quoi…
En réalité, tout le monde se donne bonne conscience avec des déclarations de principe au détriment des intérêts du peuple de Guinée qui souffre, qui verse son sang, et qui est, dans les faits, le bouc émissaire d’entreprises criminelles.

La Dépêche Diplomatique Afrique : En définitive, vous semblez donc préconiser un retour de tous les acteurs du processus vers le médiateur de la crise…

Me Marcel CECCALDI : Absolument ! Si nous parlons des acteurs de ce processus, il s’agit à la fois du président intérimaire et du président Dadis Camara, des candidats arrivés en tête au premier tour et les principaux acteurs politiques. Il n’y a pas d’autre alternative.
Les élections ont été organisées dans la précipitation, ce qui a favorisé les entreprises criminelles, les ambitions personnelles et les clivages ethniques. La Guinée avait d’abord besoin d’une transition apaisée, ce que le président Dadis Camara était en train de mettre sur pied s’il n’y avait pas eu les évènements du 28 septembre 2009. Est-ce que les chefs d’Etat de la sous région ont eu leur mot à dire dans cette affaire ? Non. On les a pas entendus, on ne les a pas écoutés, on n’a pas sollicité leurs avis… Ni Gbagbo, ni Compaoré, ni Wade n’ont été écoutés. Ils ont été totalement écartés. Tout a été laissé entre les mains du Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-Moon. On lui a délivré pratiquement un chèque en blanc dans la gestion de cette transition.

La Dépêche Diplomatique Afrique : Maintenant que le processus semble encore compromis, avec l’annonce de ce nouveau report, que suggérez-vous ?
Me Marcel CECCALDI :
Ce que je suggère, c’est qu’il soit organisé, dans les meilleurs délais, une réunion autour du Médiateur de la Crise de toutes les parties impliquées dans le processus ; c'est-à-dire le président par intérim, le président du CNDD Moussa Dadis Camara, les candidats arrivés en tête au premier tour. Pour remettre les choses à plat. Car dans le climat de tension que connaît actuellement la Guinée, je considère qu’aller au 2ème tour dans ces conditions, aujourd’hui, est suicidaire.
Le général Sékouba Konaté en particulier est obligé de se tourner vers le Médiateur. Il est maintenant prisonnier des engagements qu’il a pris sans avoir mesuré les difficultés. Il n’a pas d’autre alternative, c’est la seule voie qui s’impose, après la désignation d’une personnalité étrangère (le général malien Siaka Toumani Sangaré) à la présidence de la CENI.
En toute hypothèse, j’observe qu’aucun pays souverain n’accepterait que l’instance chargée d’organiser des élections soit dirigée par un non ressortissant, quelles que soient, par ailleurs, les raisons évoquées pour expliquer ce choix.
Ce cafouillage est inadmissible et montre parfaitement que c’est bien la précipitation et le pilotage à vue qui caractérisent les agissements de ceux qui ont en charge le processus de transition.
De surcroît, le Conseil national de transition (CNT) a élaboré une Constitution qui a été promulguée par décret présidentiel en mai 2010, un mois avant l’organisation du premier tour, le 27 juin. Or cette constitution, et je pèse mes mots, est une caricature de loi fondamentale. Avec un tel texte, le pays est ingérable.
Et il le sera d’autant plus que l’élection présidentielle devra être suivie d’élections législatives. Que se passera t-il si le Président élu ne dispose pas d’une majorité qualifiée ?
Quel est l’avenir d’une Constitution élaborée, on ne sait trop comment, par un CNT auto-désigné et qui n’avait, par conséquent, aucune légitimité démocratique ?
On veut plonger la Guinée dans un mécanisme sans fin de consultations interminables qui ne feront que raviver les tensions.
On ne mesure pas les conséquences de cet empressement à aller aux élections agité alors que la priorité du président Dadis Camara était d’abord de réorganiser l’administration, de restructurer l’armée et d’assainir la société minée par la corruption et les narcotrafiquants.

La Dépêche Diplomatique Afrique : Concrètement, quelle est la posture actuelle du président Moussa Dadis Camara ?
Me Marcel CECCALDI : Le président Dadis Camara, comme tout citoyen guinéen, ne peut qu’être favorable au processus de démocratisation en Guinée. Il vous l’avait d’ailleurs dit dans l’entretien qu’il vous avait accordé à l’entame du premier tour et l’a réitéré également à l’issue de ce scrutin là (Ndrl – Entretien du 6 mai 2010).
Toutefois, si les évènements l’exigent et si le peuple guinéen le demande, en tant que citoyen et patriote guinéen, il est prêt à se mettre au service de son pays et de son peuple.

La Dépêche Diplomatique Afrique : Qu’est ce qui explique, selon vous, ces nombreux rendez-vous manqués avec les reports successifs de la date du 2ème tour ?
Me Marcel CECCALDI : Chaque élément est l’élément d’un tout. Pour bien comprendre ce qui se déroule, il faut revenir en arrière et se pencher de plus près sur les circonstances des évènements qui se sont déroulés les 28 septembre et 3 décembre 2OO9.
Je constate ainsi que plus personne – à l’échelle nationale ou internationale – ne semble se préoccuper de Toumba Diakité.
A qui fera t-on croire qu’une radio comme RFI puisse entrer en relation avec lui, alors qu’en revanche ni les autorités guinéennes, ni la communauté internationale, en particulier les nations occidentales qui possèdent de puissants moyens d’identification, ne trouvent le moyen de procéder à son arrestation ?
J’en déduis qu’on ne veut pas qu’il réapparaisse. Pourquoi ? La conclusion s’impose d’elle-même : le 28 septembre et le 3 décembre participent d’un seul et même complot.
D’ailleurs, vous remarquerez que dès le retrait de Dadis CAMARA, les audits de la gestion passée ont été interrompus et que c’est depuis la libération des narcotrafiquants que les tensions ethniques ont été exacerbées, comme si on attisait à dessein les facteurs de déstabilisation du pays, car un Etat plongé dans le chaos est le terreau fertile des entreprises criminelles.
Aujourd’hui, les faits prouvent que Dadis CAMARA est le seul dirigeant à avoir su transcender les clivages ethniques à partir d’un seul mot d’ordre : la défense des intérêts de la Guinée et des Guinéens, de tous les Guinéens réunis dans une seule et même nation.
L’entreprise de diabolisation dont il a fait l’objet s’inscrit donc dans un ensemble et l’élection présidentielle n’est qu’un alibi.
Cette diabolisation a pour support également ce que je qualifie de nouvelle colonisation de l’Afrique à qui l’on veut imposer un « droit-de-l’hommisme » dévoyé au détriment de la conscience collective des peuples et de leur historicité.
il est temps que les africains reprennent leur destin en mains et imposent leur modèle.

La Dépêche Diplomatique Afrique : Qu’en est-il de la saisine de la Cour pénale internationale (CPI) par rapport aux évènements du 28 septembre et ses conséquences éventuelles sur l’évolution de la situation en Guinée à court ou moyen terme ?
Me Marcel CECCALDI :
Pour l’heure, la CPI ne bouge pas. La justice guinéenne est saisie. Par contre, cette saisine de la CPI suscite beaucoup d’interrogations. Il y a lieu de s’interroger en parallèle sur les raisons qui ont amené l’Union Africaine à refuser l’ouverture d’un bureau de cet organisme sur le continent. Car l’Afrique constitue le terrain de prédilection d’une justice à double standard, forte avec les faibles, faible avec les forts.
De plus, quelle légitimité peut-on donner à des déclarations et actes posés en violation flagrante des principes de droit ?
Dans tous les cas, malgré tout ce qu’on a pu dire ici et là, j’apporterai la preuve, le temps venu, qu’il n’y a eu ni génocide ni crimes contre l’humanité.
Je tiens ici à saluer le remarquable travail de la Commission Nationale d’Enquête, dont les travaux contredisent les affirmations de la Commission Internationale.
La première, elle, s’est livrée à une enquête méthodique et impartiale, la seconde a agi sur ordre des puissants dont elle était l’instrument.
Savez-vous que deux de ses membres – une ancienne ministre burundaise et une obscure avocate mauricienne – ne sont restés que 48 heures à Conakry ?
Cette manière de faire est une caricature d’un certain business onusien qui prospère sur le malheur et le désarroi des peuples.

Propos recueillis par Karim DIAKHATE

Source : LaDépêcheDiplomatiqueAfrique

Vendredi 22 Octobre 2010