Cinquantenaire : Appel au boycot contre la France en Afrique

Le prétexte est intimement lié à l’Histoire de l’Afrique et de ses relations hypocrites avec la France : l’ « affront » de Sékou Touré. Alors que le général De Gaulle souhaitait plutôt une Communauté française dans laquelle les nations africaines sous joug de la métropole resteraient politiquement, culturellement et économiquement tributaires de la France, celui qui deviendra plus tard le premier président de la Guinée-Conakry indépendante s’inscrivit contre en se prononçant pour une indépendance immédiate des pays africains et ceci sans conditions. C’est pour saluer cette sortie courageuse et rendre hommage à son auteur que le Collectif afro manif  (Africains organisés contre les manipulations de la Françafrique) entend commémorer la date du 28 septembre 2010 qui marque le 52ème anniversaire du référendum par lequel « le peuple africain de Guinée » a dit «Non» à la France.

La dizaine d’organisations de la société civile africaine qui forme le Collectif afro manif et des « amis de l’Afrique » entendent donc marquer à leur manière le coup pour rappeller à la mémoire collective le sens du combat qui fut celui de Sékou Touré. C’est ainsi qu’ils organisent le 28 septembre 2010, devant les ambassades de France dans le monde et l’Assemblée nationale française à Paris, un front de dénonciation de la politique africaine de la France et, plus largement la Françafrique. Il question pour ces associations « d’en finir avec cette ‘Françafrique’ qui se veut désormais décomplexée et tous les instruments à son service ». Selon le Collectif, le temps où les Africains attendaient passivement que les « bourreaux du continent décident du moment où ils voudront bien leur accorder une dose d’humanité » est révolu.

Non à la Françafrique

Selon les termes de leur communiqué de presse parvenu à notre rédaction, cette manif sera clôturée par la remise d’un mémorandum aux autorités françaises. Mémento par lequel les « Africains et amis de l’Afrique » demandent le désengagement renégocié de la France de l’Afrique, sous peine de représailles multiformes. Ces représailles pourraient, sur le plan économique, s’étendre jusqu’à un appel au boycott des produits et services français (Air France, Peugeot, Total- Elf -Fina, etc.). Lesquels seraient remplacés par l’offre des pays émergents ; sur le plan politique, le Collectif envisage de faire la promotion de la situation « d’ingouvernabilité » contre les régimes anti-démocratiques (Gabon, Congo, RD-Congo, Cameroun, Tchad, Togo, Burkina Faso, etc.) ; et sur le plan culturel par la promotion du détachement des pays africains de la France et du français en faveur de l’anglais et des sphères culturelles et économiques anglophones « avec, en perspective, des politiques culturelles nationales, régionales et continentales en vue du développement endogène de l’Afrique ».

En gros, il s’agit pour ce Collectif de saisir l’opportunité de la célébration des cinquantenaires des indépendances des pays africains, pour dire « Non » comme les Guinéens en 1958. Sauf que pour ce cas, il n’est pas question de dire « Non à la communauté française » mais non à la Francafrique et ses réseaux installés sur le continent. Ainsi entendent-ils hurler le 28 septembre 2010 : « Non au maintien du colonialisme français déguisé en Afrique, Non aux accords de défense de la Françafrique, Non à l’armée française et à ses bases en Afrique, Non aux parodies électorales de la Françafrique, Non aux emprisonnements politiques, aux assassinats et aux génocides orchestrés par la Françafrique, Non au pillage de l’Afrique, Non au mensonge et à la manipulation de l’information, Non au révisionnisme de l’Histoire africaine et à toute tentative de justification de la colonisation , Non à l’Aide au Développement empoisonnée, Non parce que jamais la Françafrique n’a été aussi arrogante, aussi avilissante et aussi résurgente que depuis l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République française ». Vaste programme, si les différentes manifs prévues ont effectivement lieu…

Rodrigue N. TONGUE

Source : Le Messager