AST_palais_du_peupleC'est dans un climat de morosité, de tension et de suspicion caractérisé par l'angoisse de l'attente du second tour de la présidentielle que les populations de villes et des campagnes de la guinéefêteront cette année le 52ème anniversaire de l'accession de leur pays à l'indépendance.

Jamais un pays n’avait autant étonné le monde par la détermination de ses combattants pour la souveraineté  et par la particularité de son accession à l’indépendance. Autant dire que la République de Guinée sera proclamée sans pavoisements ni salves de canon, sans tambours ni tam-tam, sans délégations étrangères  ni manifestations. Bref par une procédure unique dans l’histoire de l’Afrique sous la conduite du responsable suprême de la révolution, le commandant en chef des forces armées populaires et révolutionnaires, le Camarade Ahmed Sékou Touré.

Ainsi, la Guinée sera-t-elle  le seul territoire africain de l’ancienne communauté française à rejeter la constitution de la Vème République ouvrant  la voie aux autres colonies françaises. Il aura fallu deux ans d’attente pour ces dernières pour oser  dire, comme la Guinée, non à l’ancien maître.

Une attente stratégique, car elle permit à ces pays de voir quelles pourront être les représailles de l’ancien colonisateur contre le jeune Etat. Effectivement les jours qui suivirent, la France ne manqua pas de prendre des mesures de rétorsions  qui constituèrent une entrave à son développement économique. Nul besoin d’être savant pour  comprendre que l’histoire de la décolonisation a pesé de tout son poids sur l’orientation politique et économique de la jeune nation. Mais n’empêche, les avantages combien significatifs  enregistrés par  l’accession de la Guinée à   l’indépendance  ont été le facteur  stimulant des nouveaux candidats à la souveraineté. Tels que le Mali, le Sénégal, la Côte D’Ivoire, le Congo,  le Togo, le Benin etc.

Ces colonies qui ont emboité le pas au pays de Lansana Conté constituent aujourd’hui des vitrines pour la Guinée en matière de développement. Dans ces pays aujourd’hui, nos malades y vont se soigner, nos équipements y sont commandés et nombreux sont des  Guinéens qui y émigrent pour la recherche du bonheur qu’ils n’ont pas retrouvé en Guinée.

Alors, qu’a-t-on fait de l’héritage du père de la nation ?

sekouEn 1984, après la disparition tragique de l’homme du 28 septembre, la Guinée disposait d’un réseau routier en pleine effervescence, des résultats concrets étaient là dans le domaine des emplois des jeunes qui ont été intégrés à des programmes de développement et aux unités industrielles d’Etat. Au plan éducationnel, les instituts Polytechniques de Conakry et de Kankan attiraient les jeunes  des pays limitrophes à cause de leur renommée et des cadres nationaux  bien formés qui y sortaient.

Sur le plan économique, tout n’était pas rose mais la Guinée connaissait la stabilité de la monnaie. Il y avait un contrôle strict de la masse monétaire, la maitrise de l’inflation par le contrôle du taux, la dette extérieure était raisonnable et les prix des produits de base sur le marché étaient contrôlés par l’Etat. Aucun commerçant ne pouvait à sa guise fixer le prix de sa marchandise sans se référer à la réglementation du Gouvernement. Donc le peuple n’était pas à la merci de ces  commerçants véreux,  spéculateurs et apatrides, qui sont entrain aujourd’hui de faire souffrir le panier de la ménagère. Un véritable pandémonium.  Nul besoin de  dire que l’Etat guinéen existait. Visible partout dans le pays. Il était garant de la sécurité et symbole de fierté nationale.

Certes la fourniture des services sociaux de base n’était pas assurée à 100%, mais la plupart  des grandes villes  de la Guinée était allumée et l’eau coulait des robinets.

Qui ne se rappelle pas la chanson du Horoya Band de Kankan ? « Ibaraye kuran menena Kankan » qui veut dire qu’on t’a vu à la lumière à Kankan.  A N’zérékoré  la Scierie de Sérédou fournissait de l’électricité à la ville et l’eau potable ne manquait. Des exemples sont légions.

Aussi, faut-il ajouter au crédit du président Ahmed Sékou Touré le rayonnement culturel et sportif de la Guinée avec les ballets africains, le Bembeya jazz National, les Amazones de Guinée, le célèbre Hafia Football Club, le Kaloum Star et la fameuse équipe féminine de Beyla, etc.

Il faut également signaler la bravoure  de notre armée sous le régime de Sékou Touré. Elle était une fierté africaine à la fois crainte et respectée. Sa discipline et son courage étaient plus que légendaires. Une armée qui s’illustra dans le maintien de la légalité constitutionnelle, s’est distinguée sur tous les fronts de lutte de libération Africaine et s’impliqua dans le secteur de la vie économique en s’investissant dans les programmes nationaux de développement.

Qui ne retient pas encore l’image des soldats dans les champs de riz, dans les fermes Agro-pastorales (FAPA) et dans la construction des routes et des pistes ainsi que les ouvrages de franchissements à travers les génies militaires sous la première République ?

Un peu plus d’un quart de siècle après la mort du père de l’indépendance, la Guinée se retrouve à la case de départ. Les militaires tuent les civils sans défense, les deniers publics dilapidés, les ressources minières bradées, les services sociaux de base inexistants (l’eau ne coule plus dans les  robinets et l’électricité est devenue une denrée rare),1-  les quelques  50 usines et 300 unités de productions  qui étaient fonctionnelles sont en panne, Salguidia, Sobragui, Conserverie de Mamou, l’Usine militaire, l’Usine textile de Sanoya, l’Usine de thé de Macenta, Briqueterie et l’Usine de jus de fruit  de Kankan , l’Huilerie de Dabola, Enta… ces usines qui créaient forcement de l’emploi ont été simplement sabotées.  Pire, le train reliant Conakry-Kankan ne circule plus, les avions revendus, une démocratie bâclée, bref, la Guinée continue de s’enfoncer au sous-sol de la misère.

Ironie du sort, l’un des responsables des maux dont souffre la Guinée aujourd’hui est entrain de briguer  la magistrature suprême au grand dam du peuple martyr de Guinée. Celui qui a détruit ce pays quand Lansana Conté était devenu grabataire, impotent, qui n’était plus au courant de la chose politique. Cellou Dalein Diallo, ce petit-fils de Karamoko Labé, est devenu  l’un des hommes les plus riches de la Guinée en volant l’argent du contribuable pour  investir au Sénégal, en Côte D’Ivoire, aux Etats-Unis, en France, etc.

Ce n’est qu’après la mort du Général Lansana Conté le 22 décembre 2008  et l’avènement du CNDD au pouvoir qu’il y a eu un semblant d’espoir à l’horizon.  Le Capitaine Moussa Dadis Camara tiendra un discours qui donnera de l’espoir à tous les Guinéens. « Nous sommes venus pour créer les conditions propices à l’organisation d’une élection libre et transparente. Nous ne serons pas candidats. Les militaires resteront dans les casernes pour  défendre l’intégrité territoriale et assurer la sécurité des civils et de leurs biens… ». Disait-il.

Des grands chantiers seront ouverts. Notamment la lutte contre les narcotrafiquants, la corruption, le clientélisme, le grand banditisme et la gabegie financière. Tout le peuple soutiendra le jeune capitaine jusqu’au jour où il déclarera ceci : « Aucune loi ne m’interdit d’être candidat, je suis guinéen comme les autres… ». Puis vint ce fameux 28 septembre 2009 où plus d’une centaine de civils ont perdu la vie au stade du même nom. Heureusement, les réalités politiques du terrain commencent à démasquer les vrais  commanditaires de ce massacre. Il suffit de rappeler l’attitude de Sidya Touré dès après le premier tour et la récente déclaration de Cellou Dalein Diallo : « Si le second tour n’a pas lieu le 19 septembre il y aura un deuxième 28 septembre… ». Une petite phrase mais suffisante pour l’inculper. Car celui qui souhaite un deuxième 28 septembre pour sa patrie ne peut être qu’un criminel.

Le 3 décembre 2009, le mouvement pendulaire de la politique guinéenne s’accélère. Le Capitaine Moussa Dadis Camara reçoit une balle dans la tête de son aide de camp Toumba Diakité. Il est évacué sur le Maroc, la Guinée bascule dans la confusion, les populations sont médusées et soucieuses de la peur du lendemain.

Mais le vrai espoir, c’est celui qui est né du discours du 6 janvier 2010 du Général Sékouba Konaté et des accords de Ouaga du 15 janvier 2010. Moussa Dadis Camara et Sékouba Konaté  sous la médiation de Blaise Compaoré ont signé des accords qui ont permis la mise en place d’un  gouvernement d’union nationale chargée de la restructuration de l’armée, l’instauration de l’autorité de l’Etat, et  l’organisation des élections libres, transparentes et crédibles dans six mois. Le désormais président intérimaire, le Général  Sékouba Konaté, créera toutes les conditions qui permettront d’aller aux élections à la date prévue par les accords de Ouaga, le 27 juin 2010. Ce jour, le peuple de Guinée sortira dans le calme, la discipline et la sérénité pour voter mais la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) qui était dominée par l’ethnie de l’un des 24 candidats voulant coûte que coûte faire élire ce dernier, sabotera les votes des citoyens en organisant des fraudes massives et des irrégularités sans précédentes. Pourtant ni le président de la transition, ni les membres du gouvernement, encore moins les membres du Conseil National de la Transition(CNT) n’ont participé à ce scrutin. Ces fraudes et irrégularités constatées ici et là sont aujourd’hui les causes principales du blocage du processus électoral  amorcé le 27 juin dernier. Des négociations aux affrontements, c’est le statu quo qui s’installe. Les deux candidats arc-boutés  sur leurs positions, continuent de se regarder en chien de faïences, surtout après l’élection de Lounceny Camara à la tête de cette boite trouble qui est la CENI.

L’alliance Cellou Président n’ira pas au deuxième tour si le nouveau président de la CENI n’est pas limogé. L’Alliance Arc-en-ciel quant à elle, subordonne sa participation à l’élection aux réparations des dysfonctionnements constatés lors du premier tour. C’est dans ce climat de tension que le peuple de Guinée  fêtera l’an  52 de l’accession de son pays à l’indépendance. 

Aujourd’hui,  il semble que les uns et les autres ont eu le temps de faire, honnêtement, des comparaisons, des recoupements, des analyses et tirer des conclusions qui situent les faits et réalisations dans leurs contextes. Même si cela n’occulte en rien l’insuffisance des infrastructures et l’atteinte aux droits de l’homme, il est normal d’enseigner la vraie histoire à la nouvelle génération en lui expliquant la valeur du « Non » historique du président Ahmed Sékou Touré.

Une véritable fierté que des intellectuels pervers et des extrémistes qui ont de l’aversion pour toute action qui n’est pas entreprise par leur ethnie continuent de remettre en cause ce non historique du père de la nation. Ainsi, ces débauchés sur le pavé en occident à la plume veineuse et haineuse focalisent-ils toutes leurs critiques sur Sékou Touré, Alpha Condé, Lansana Kouyaté et leur actuel chou gras, le Général Sékouba Konaté. N’en déplaisent à ces pseudos intellectuels, ethnocentristes et jusqu’au-boutistes, qui font honte à leur ethnie, Ahmed Sékou Touré  et Sékouba Konaté  dont les noms s’identifient désormais à l’histoire guinéenne resteront gravés dans la mémoire collective pour leur action positive dans l’accession de notre pays à l’indépendance et dans l’instauration de la vraie démocratie en Guinée.

Le changement auquel aspire aujourd’hui le peuple de Guinée ne viendra que d’un homme intègre et  patriote qui a plus de 25 ans de lutte pour la démocratie et qui n’a jamais accepté  d’appartenir à un gouvernement corrompu.

Est-il nécessaire de dire que cet homme ce nomme  Alpha Condé?

Bangaly Condé «Malbanga»