DrapeauTout observateur (même averti) de la vie politique guinéenne se sent envahi par un fourmillement d’interrogations dans sa tentative perspicace de comprendre et s’expliquer la complexité évidente de la situation mélodramatique actuelle d’un pays qui risque d’agacer la communauté internationale par l’énigme de ses "exceptions historiques".
Sans prétention particulière, nous avons essayé de pénétrer avec un regard extérieur, les différentes sphères de la dynamique de cette "Situation guinéenne" dont la trame semble être tissée de paradoxes, d’intrigues, d’énigmes. Mais pardessus tout, scintille une certitude.
Allons donc comprendre :
(1)- Pourquoi les leaders politiques guinéens (toutes tendances confondues) on t-il manqué de bon sens pour saisir l’opportunité historique qu’offrait à leur pays, le sacrifice du Général Sékouba Konaté à travers les "Accords de Ouaga", afin d’assainir le cadre institutionnel de mise en œuvre du processus électoral (devant concrétiser le projet de démocratisation du pays), qu’est la fameuse Commission électorale nationale indépendante (CENI) ?
Le moment n’est certes pas aux récriminations. Mais forces est de reconnaître que tous sont fautifs. Car en investissant leur confiance absolue dans la CENI et accepter d’aller aux élections, sans un audit multidisciplinaire (institutionnel, matériel et financier), ils ont fait preuve d’une naïveté coupable qui embarrasse maintenant les plus sérieux d’entre eux et conduit à quasiment un imbroglio politico institutionnel que seuls garantissent le bon dénouement : la sagesse du Peuple de Guinée, le calme imperturbable du Président de la transition, l’attitude républicaine de l’armée et la dextérité d’homme de droit du Premier Ministre de la transition et le tout, soutenu par la solidarité agissante de la communauté internationale.
La CENI est certes le fruit d’une lutte politique hardie, héroïque des forces vives de la Nation. Mais née, structurée et composée sous le régime du PUP, il était évident que dans un contexte de renouveau historique, il était pertinent de revoir fondamentalement une institution aussi précieuse dans la régulation de la vie politique, que celle là. Déjà, dès la mise en place de la structure et la nomination de son président, les critiques ont fusé sur la moralité de certains de ses responsables. En outre l’effectif était de loin constitué par les éléments du PUP et ses partis satellites. D’ailleurs à la fin du régime défunt, combien de partis était véritablement de la vraie opposition démocratique pour la noble cause du Peuple de Guinée ?
Comment et pourquoi les postes clés de la CENI ont été occupés par des cadres issus de la même communauté ?
(2)- Pourquoi les dirigeants et militants de l’UFDG s’érigent-ils en avocat de la CENI ? Quelle boulimie politique les enivre tant au point d’oublier que cette institution est nationale et non partisane ou communautaire ; malgré qu’elle comporte manifestement de nombreux militants, sympathisants ou d’obédience assez remarquable de l’UFDG et de ses bailleurs de fonds ?
Les autorités de la transition (responsables et garantes de la paix et de la sécurité nationales), ainsi que les autres formations politiques, n’ont-elles pas le droit d’avoir un regard critique sur une Institution de toute la communauté nationale et exiger par conséquent sa santé morale et physique ?
L’indélicatesse de certains membres de la CENI a malheureusement déteint sur l’ensemble de l’organe au point que pour l’honneur national, il était normal que les autorités judiciaires, saisies ou non, contribuent à réhabiliter l’image et la dignité du pays. Mais pourquoi la condamnation des éléments reconnus coupables et condamnés pour faute lourde (en dépit des manœuvres dilatoires opposées au caractère universellement implacable de la justice) a dérangé outre mesure l’UFDG ? Ce qui est troublant dans ce cas-ci, c’est de voir des candidats à la gestion suprême de la destiné d’une Nation, manquer de scrupule pour prendre fait et cause sur les antennes des médias internationaux en faveur de personnes confondues par la justice de cette même Nation..
(3)- L’imperfection de la CENI (manque de moyens, de ressources, découpage inadéquat des bureaux de vote, anomalies entachant le vote, etc.) devait se remarquer dans toutes les circonscriptions électorales du pays. Mais pourquoi seules les régions de Mamou et de Labé ont particulièrement échappé à cette logique ?
Ces faits ont causé des situations assez critiques qui ont amené la "perspicacité" et "l’intrangissance" de la CENI à annuler des votes dans maintes circonscriptions électorales réputées favorables au Professeur Alpha Condé et pousser en outre "le sens de la dévotion" d’un de ses membre, jusqu’à la rétention frauduleuse des procès verbaux (PV) des circonscriptions de Kankan, Mandiana et Lola (curieusement des fiefs très surs du RPG).
(4)- Les responsables de l’UFDG peuvent-ils expliquer leur empressement (dès la proclamation des résultats du premier tour), à aller au scrutin pour le deuxième tour, sur fonds de menaces notamment de la part de la présidente du CNT, Hadja Rabiatou Diallo ; du Ministre de l’élevage, Mouctar Diallo et d’autres cadres de l’obédience de l’UFDG. Menaces calées sur des "dates fétiches butoirs" ?
Le sens de responsabilité et d’honneur à remporter la victoire des urnes dans les conditions de transparence et de crédibilité, devait guider tout leader politique républicain à exiger et contribuer à l’assainissement physique et moral de la CENI, devant déboucher sur le renforcement de ses capacités institutionnelles et d’intervention.
En tout cas, le moment historique que traverse le pays exige de tous des aptitudes et investissements nécessaires à préserver la Guinée d’une crise aux conséquences incalculables, causée par une élection bâclée parce que mal préparée.
(5)- En quoi le processus interne de remplacement du premier responsable d’une institution réputée indépendante, en l’occurrence la CENI (dont le président était alors malade, condamné de surcroît) a-t-elle pu à ce point préoccuper plus particulièrement les responsables de l’UFDG et alliés, plus que ceux des autres formations politiques de la Guinée ?
(6)- L’observation attentive de la dynamique de la vie politique en guinée prouve à suffisance que la politique est l’art des initiés, pour la conquête et la gestion du pouvoir. Le processus de constitution des alliances consacrant la recomposition du paysage politique national après le premier tour, ainsi que les manœuvres de reconquête de l’électoral viennent confirmer cette dure et implacable réalité.
La performance avec laquelle le RPG a pu réussir la construction (autour de la personnalité de son leader, le Professeur Alpha Condé) de l’alliance qui consacre à elle seule l’unité nationale longtemps souhaitée, est admirable et digne d’exemple. Quatre vingt dix pour cents du nombre des partis politiques agréés, ainsi que la quasi-totalité des organisations de la Société civile guinéenne forment une entité dynamique et harmonieusement intégrée qui donne désormais à la République de Guinée la légitime prétention de s’accomplir en tant que Nation véritablement constituée par la volonté solidaire de ses fils et filles à jamais réconciliés.
L’Alliance Arc-en-ciel ainsi formée a réussi en un temps record, à mettre en marche une véritable machine électorale, par dessus les spéculations autour d’hypothétiques et utopiques scores pour le deuxième tour du scrutin de la présidentielle 2010. Son rouleau compresseur réduit inexorablement en peau de chagrin, l’espace politique sous les pieds fortement fragilisés de l’adversaire, jusque dans certaines localités qu’il présentait sou peu comme ses fiefs telle que la Commune de Ratoma.
(7)- Au dessus de l’échafaud des intrigues, de la litanie des révélations et extrapolations, des vérités et contre-vérités, Ben Sékou Sylla, comme pour se moquer de tous, surtout de la vie (théâtre des stupidités, de la cupidité et des prétentions démesurées), vient de tirer sa révérence. Il s’en est allé dans la charnière entre deux jours (le lundi 13 et le mardi 14 Septembre). Moment ambigu de départ pour le voyage vert l’Eternel, d’un homme dont le destin a vu se focaliser l’attention de la communauté nationale et internationale sur la réputation de l’homme, en sa qualité de premier responsable d’une institution qui a fait rater à la Guinée une historique occasion de réconciliation d’avec son destin.
L’homme s’était pourtant illustré dans la dynamique de la société civile guinéenne dont il a été l’un des principaux promoteurs à travers sa structure, le Centre national de formation pour le développement (CENAFOD). Il s’est surtout illustré lors des convulsions sociales de Janvier et Février 2007 pour l’avènement d’un véritable Etat de droit en République de Guinée. Son dynamisme lui a donc valu la confiance de ses pairs pour présider aux destinées de la CENI.
L’homme a rejoint sa dernière demeure le dimanche 19 Septembre 2010, couvert d’une gerbe d’hommages des Institutions et des siens pour service rendu, consacrée dans la double tradition guinéenne et républicaine ; laissant l’héroïque peuple de Guinée et les partenaires de son développement tant espéré, sur leurs interrogations. Mais puisque la mort efface tout !
(8)- Certaines personnes, certainement mal éclairées par une simplification naïve de la chose politique, s’empressent de forger un parallèle entre la transition guinéenne et celles intervenues dans d’autres pays comme le Mali, la Mauritanie ou la Guinée Bissau.
L’analyse objective des faits historiques exige de les placer dans leur contexte, en tenant particulièrement compte des causes qui ont présidé à leur avènement, la nature des rapports entre les forces protagonistes, ainsi que le degré de complexité de la structure sociale. De ce point de vue, la Guinée apparaît comme un pays atypique qui tient sa particularité surtout de l’opposition des intérêts antagoniques entre une partie de la population et la majorité fondée dans la diversité harmonieuse de la communaut
.de destin, au fil du temps. Cette diversité devrait pourtant servir de fondement d’un véritable développement socio-économique harmonieux, équilibré et durable de la Nation guinéenne.
En effet, tandis qu’ailleurs, le combat est prioritairement d’ordre idéologique entre les forces politiques du pays en vue de la conquête du pouvoir, ici, ce sont d’autres forces de l’ombre qui s’ingénient à entretenir (pour leurs desseins obscurs et revanchards de mainmise sur la destinée du pays), le clivage entre les différentes composantes sociales du pays.
Ors de l’observation minutieuse et objective de la structure et de l’impact des alliances politiques respectives sur les populations guinéennes tant à Conakry, qu’à l’intérieur du pays, on peut affirmer avec certitude que l’Alliance Arc-en-ciel autorise l’espoir d’une réconciliation véritable entre les différentes composantes sociales de la Guinée.
(9)- Au sommet de ce fécond questionnement quant au processus démocratique guinéen, culmine le cas Général Sékouba Konaté, Président de la transition, en une véritable énigme :
?- L’ascension exceptionnelle de l’homme au sein de l’armée. Même si quelque part, il semble que son ascendance condamne à la réussite par le mérite ;
?- Le style de gouvernance atypique digne d’école de l’homme. En effet, le Général Sékouba Konaté aura été le premier Chef d’Etat à exercer son pouvoir, sans associer les siens ni de près, ni de loin à la gestion de l’Etat. Ors sa famille compte de nombreux et brillants cadres militaires et civils. Certainement un exemple pour les futurs gouvernants du pays.
?- Le Général Sékouba Konaté a créé un cas de figure nouveau dans les annales des coups d’Etat, digne de jurisprudence. En effet, rien n’est plus curieux et bizarre que le terme de Président par intérim dans le contexte d’un régime d’exception, un régime de putschistes. C’est que l’homme a la double réputation d’homme au sens farouchement fidèle de l’amitié et d’officier entièrement voué à sa mission de soldat, gardien de la République, soutenu par un désintérêt déroutant pour le pouvoir. Par cet exemple rarissime, les populations de Conakry l’ont élevé au rang de "Sentinelle de la Paix".
?- Mais à quoi tien le calme imperturbable de cet homme énigmatique ? Du naturel ou d’une stratégie de félin ?
De toute évidence, en dépit de l’effectivité de l’exercice de l’autorité gouvernementale qu’il a concédée à son Premier Ministre de transition, il urge pour le Général Sékouba Konaté de manifester le caractère ferme, nécessaire pour achever l’œuvre historique entreprise sur son engagement et son sacrifice, à la satisfaction du peuple de Guinée et de la Communauté internationale. Pour cela, la solution incontournable à l’impasse politico-institutionnelle ; le seul antidote qui vaille, opposable aux manœuvres obscures et souterraines des forces du mal est la fermeté de l’autorité d’homme d’Etat, de l’Officier qui a fait le choix de l’intérêt général et le parti pris du destin national sur l’intérêt individuel, familial ou communautaire.
Il ne peut y avoir de progrès, de développement, sans l’exemplarité de l’engagement dans l’action salvatrice d’un leader ; sans une dose adéquate d’autorité. Sans la manifestation effective de la puissance publique. A défaut, ce sont d’autres forces qui investissent l’espace public, annihilant du coup les innombrables efforts et sacrifices consentis pour la paix et l’harmonie sociale, garantes du développement national.
Si le Général Sékouba Konaté ne prend pas garde, son silence (même s’il peut être interprété par d’autres comme l’expression de sa stricte neutralité), pourrait se révéler (il n’est pas souhaitable) un silence coupable.
En effet, les derniers évènements : incendie du magasin des matériels de la CENI au camp Almamy Samory Touré ; incendie dans un local de la force de sécurisation du processus électoral (FOSSEPEL), ont donné lieu à des interprétations et extrapolations diverses et souvent tendancieuses. Qui peut certifier que tous en Guinée souhaitent une transition concluante ? A bon entendeur salut !
(10)- Par-dessus cet ambigu tableau de sentiments emmêlés d’espoirs déçus, de doutes, d’angoisse, le tout sur un fond d’impasse ; demeure l’espérance.
L’espérance soutenant la marche obstinée d’un peuple vers sa réalisation en tant qu’entité souveraine, digne et prospère dans le concert des Nations modernes.
De la lecture minutieuse du théâtre de la vie politique guinéenne, nous avons acquis la certitude que :
(i)- Les fondements de la société guinéenne, constituée selon un processus d’intégration successive et de brassage au cours des siècles, demeurent solides et continuent de résister aux vicissitudes de l’histoire.
(ii)- Aucune manœuvre de déstabilisation des forces rétrogrades ne réussira à bouleverser l’harmonie et la symbiose entre les différentes composantes sociales du pays.
(iii)- Une minorité, par son option négative de la gestion de l’Etat, ne peut à jamais triompher de la majorité positive résolument engagée dans la voie du développement harmonieux et équilibré de l’entité nationale. Un développement qui profite sans exclusive à tous et à chacun.
(iv)- La conscience des citoyens n’est pas un bien marchand, à la portée de n’importe qui et à n’importe quel prix.
Tout leader sérieux doit de se convaincre de cette vérité, que l’adhésion des masses populaires à sa cause se mérite par notamment :
? La justesse du programme de développement qu’il propose.
? Ses qualités évidentes de promoteur et de défenseur de l’intérêt général et non de celui d’une communauté.
? Son engagement dans la lutte pour l’émancipation nationale, par sa constance dans la durée et non de façon évènementielle et opportuniste.
(v)- La lutte politique est de l’ordre de l’affrontement des idées dans le cadre de tribunes appropriées. Elle ne se gagne pas dans la rue, par la violence et à la pointe des armes de bandes d’émeutiers dressées et soulées au rythme d’une idéologie sectaire et suicidaire.
(vi)- A l’occasion des joutes joyeuses mais graves, prélude aux saines empoignades, la victoire ou l’échec d’un combattant est fonction de sa capacité ou non à :
? respecter les règles du jeu établies ;
? attirer les attentions sur la qualité exceptionnelles de sa personnalité ;
? fédérer l’opinion autour de sa cause par une démarche de mobilisation pondérée et Convaincante ;
? tenir des propos rassurant qui attirent sans équivoque dans son camp ;
? séduire par la qualité de son style ;
? convaincre par ses qualités à l’endurance ;
? tenir l’élan et le rythme nécessaires à l’atteinte du but fixé.
Somme toute, la conclusion heureuse du processus démocratique en cours requière l’implication effective et le leadership du Gouvernement. Car le comble du paradoxe guinéen est ce retournement dans la nature et la structure des contextes historiques. Hier, le Gouvernement et l’administration de l’Etat étaient décriés pour leur parti pris en faveur du Président candidat. Et l’on a réclamé un Organe neutre et indépendant. Aujourd’hui, on est en présence d’une part, d’un Gouvernement de transition neutre par principe parce que dirigé par un Président et un Premier Ministre non candidats et d’autre part, une CENI empêtrée dans des querelles partisanes.
En tous les cas, toute patience a une limite. Souhaitons que celle des populations guinéennes si durement éprouvées par une longue et sévère crise économique, soit d’une élasticité exceptionnellement tenace.
YNS

Yasmine N'DEDI SONAH

Source : Zaley.info