Je vois en Sékouba KONATE,portant le boubou de héros national,installé sur un cheval blanc; on lui a mis à la bouche le clairon de la démocratie dans lequel il souffle éperdument sans comprendre grand-chose à cette notion. Pour porter l'étoffe du héros national, il a trahi son ami Dadis Camara qui n'avait ni l'expérience politique, ni le courage de Sékou Touré ou de Robert Mugabe pour supporter la haine et l'hostilité du monde occidental  à l'égard d'un patriote africain.

Oui, Dadis, naturellement, a craqué piteusement, s’est ridiculisé et, de guerre lasse a cautionné la répression, le 28 septembre 2009, d’une manifestation populaire dont les réelles conditions d’organisation et les véritables motivations nous seront dévoilées un jour dans les mémoires des agents des services secrets ou des diplomates français. Avant lui, Sékou Touré était tombé dans le piège du complot permanent et a mis en pratique la stratégie de la violence révolutionnaire contre la violence réactionnaire ; apparemment cela lui a réussi car il est mort de sa belle mort naturelle avec tous les honneurs pendant que  ses ennemis avaient  pris la tangente sous d’autres cieux d’où ils  continuaient à vomir sur leur ennemi chronique à travers la presse et des associations comme Amnesty International.

Tout ce contingent de guinéens apatrides qui avaient  le pays par lâcheté et refus d’affronter Sékou Touré et qui ont maquillé cette fuite en exil politique avec la complicité de la France, du Sénégal et de la Côte d’Ivoire ont repris du service à la faveur de l’ouverture politique autorisée par Lansana Conté à partir de 1993. Longtemps déconnectés du pays et soucieux d’occuper rapidement un espace politique, ils édifièrent tous une stratégie politique  basée sur l’ethnocentrisme et le régionalisme que Sekou Touré avait enfermés dans la boîte à Pandore. Certains sont morts depuis lors (repos à leur âme), d’autres ont fait de nouvelles recrues dans la couche la plus corrompue et la plus irresponsable de l’élite guinéenne et ont poursuivi allégrement leurs manœuvres pour la conquête du pouvoir au profit d’intérêts sordides.

Chacun croyant avoir le pouvoir à portée de main, ils ont poussé de façon cynique à la tenue d’élections hâtives et inévitablement bâclées le 27 juin 2010  malgré les mises en garde répétées de tous ceux qui aiment la Guinée.  Avant et après cette échéance, on a applaudi de façon unanime le général Sekouba Konaté considéré comme un héros de la trempe d’un Amadou Toumani Touré et même d’un Nelson Mandela. Notre héros, d’une naïveté déconcertante, se tape la poitrine et brandit fièrement le bras pendant qu’il est arrosé d’éloges de la part de tous ceux qui, à l’intérieur et à l’extérieur de la Guinée, ne visent qu’à conforter leurs propres intérêts au détriment de ceux du peuple guinéen. Pauvre Konaté, il est entrain de passer comme un éclair dans l’histoire guinéenne sans même se rendre compte qu’il a été manipulé du début à la fin !

Pour ma part, Konaté est loin d’être un héros et la qualité que je lui reconnais est le manque d’ambition pour le pouvoir politique ; là aussi, il a des excuses car pour descendre  dans l’arène politique, il faut être armé conséquemment non pas de fusils (cela ne manque pas au général) mais d’une intelligence et de flair pour pouvoir anticiper les manœuvres les plus machiavéliques et les retourner à son avantage. Konaté, certainement, n’est pas en mesure de jouer à ce jeu-là et il eu l’honnêteté de le reconnaître.

Je lui reconnais donc le manque d’ambition politique comme qualité si cela peut être considéré comme tel ; en revanche, je vois en lui beaucoup de défauts et de tares que je n’énumérerai  pas ici de crainte que les adeptes de ceux qui se servent de lui en Guinée et ailleurs ne vomissent sur moi leur venin. De toute façon, dès qu’il sera loin du pouvoir ne serait que d’un centimètre, ses courtisans et adorateurs actuels se chargeront d’écrire, de chanter et de dire ce qu’il est exactement, c’est-à-dire tout le contraire d’un héros.

Cependant,  le fait de trahir son ami Dadis n’est pas ce que je lui reproche (sa conscience sera son juge) et avec un certain cynisme je reconnais que ce geste était utile pour sortir le pays du cul-de-sac  dans lequel les maladresses et les fourberies du jeune capitaine l’avaient fourré. Donc, vivent les accords de Ouaga !

Ce que je reproche à Konaté est son manque de caractère et sa faiblesse légendaire qui font de lui un instrument servile dans les mains tantôt de la communauté internationale, tantôt de ce mouvement constitués par des hommes politiques avides de pouvoir et de syndicalistes ambitieux appelé pompeusement « forces vives », tantôt de ses parents du village, tantôt de ceux de sa femme et, pire, tantôt de certains cadres apatrides dont il s’est fait entouré.

Ce que je lui reproche et que je ne lui pardonnerai jamais, c’est d’avoir aliéné la souveraineté du peuple en édictant par décret une nouvelle constitution pour la Guinée en se substituant ainsi à la volonté du peuple par référendum.

Je reproche à Konaté d’avoir donné l’occasion au CNT,  au gouvernement de Jean Marie Doré et surtout à la CENI, organes constitués principalement grâce des arrangements souterrains entre membres des « forces vives », de transformer le processus démocratique souhaité ardemment par les guinéens en une farce démocratique dont le seul enjeu est la répartition juteuse des milliards déversés sur la CENI.

Je lui reproche de ne pas avoir pris de mesures adéquates pour sanctionner les membres de la CENI et de la cour suprême qui ont trempé dans les magouilles en faveur de leurs candidats respectifs.

A la faveur d’alliances contre nature et louches, tous ces mêmes rapaces ont intégré les états majors des deux candidats rescapés du 1er tour des élections présidentielles et agitent ouvertement la menace d’une guerre civile si leur candidat n’était pas élu.

Et Konaté, passivement et naïvement, observe tout cela et continue de se promener à travers le monde.

Mon général, s’il vous  reste encore un grain d’autorité et de courage, il faut réagir maintenant pour sauver la Guinée de cette guerre si prévisible.

Toutes ces personnes de la CENI, du CNT ou du gouvernement sont, en grande partie, des acteurs principaux ou secondaires du régime de Lansana Conté qui a plongé, pendant plus de 20 ans, notre pays dans une éclipse économique, culturelle et diplomatique. Ces mêmes personnes se sont regroupées autour de  Alpha Condé et de Dalein Diallo et se sont ainsi positionnés, quel que soit le candidat victorieux, pour continuer à piller le pays à leur profit exclusif comme elles l’ont fait pendant ces années noires de la 2ème république.

Mon général, cette bande de prédateurs est prête à tout pour garder le pouvoir qu’ils détiennent déjà à la faveur des accords de Ouaga ; l’enjeu des présentes élections est, en effet, est moins la conquête du pouvoir par ces gens que la distribution des cartes entre pro Alpha et pro Dalein, tous acteurs de la descente aux enfers de la Guinée. Ces personnes sont entrain de pousser le pays dans la guerre civile et vous ne dites rien et vous ne faites rien. Vous pouvez  encore les neutraliser  en condamnant ouvertement et énergiquement toute velléité de contestation des résultats du deuxième tour des élections et en mobilisant l’armée pour cette cause.

Certes le 1er tour n’a pas été sans reproches, c’est le moins qu’on puisse  dire, mais il a désigné deux rescapés sur les 24 partants dont un largement en tête en l’occurrence le candidat de l’UFDG.

Ce dernier a bénéficié de la façon la plus solennelle du ralliement du candidat venu en troisième position, M.Sidya Touré. Ainsi, en toute logique, M. Cellou Dalein s’est donné toutes les chances pour remporter le deuxième tour. Mon général, faites en sorte pour qu’on ne lui vole pas sa victoire si le peuple lui réitère sa confiance.

Alpha s’est entouré d’une alliance arc en ciel qui veut inverser les choses en sa faveur ; l’ambition est légitime et s’il y réussi qu’on lui reconnaisse aussi sa victoire.

Je n’ai pas voté pour Cellou Dalein et je ne le ferai pas au deuxième tour mais  je suis convaincu qu’il s’est donné  les meilleurs  atouts pour remporter la victoire le 19 septembre.

Et s’il est élu, en bon démocrate, je témoignerai tout mon attachement au programme et aux actions qui seront mis en oeuvre par son équipe, du moins, tant que ceux-ci seront conformes aux aspirations des populations guinéennes.

Je demande à tous les guinéens d’être animés par le même sentiment patriotique et de se mettre dans une position de collaboration avec le futur président pour construire notre pays.

Pour ma part, afin qu’il n’y ait pas de malentendu me concernant,  je n’aspire à aucune fonction de l’Etat ; j’occupais, il y a de cela quelques années, un important poste dans un ministère jugé juteux ; j’ai démissionné de ce poste pour ne pas adhérer à la machine nationale de prédation des biens de l’Etat et depuis plus de 15 ans,  je suis installé en France où j’exerce une profession de consultant qui me fait parcourir l’Afrique et me  permet de gagner ma vie par la sueur du front. A la veille des élections, précisément en mai 2010, j’ai volontairement quitté la France pour séjourner à Kankan où, avec de bonnes volontés locales, je mets actuellement en œuvre des actions en faveur de la sécurité alimentaire aussi bien dans cette région que dans d’autres régions guinéennes.

Ainsi, pour moi, la collaboration avec le prochain pouvoir sorti des urnes consiste, pour chaque guinéen, de  travailler de façon honnête en évitant les pratiques qui ont mis la Guinée dans la situation qu’elle connait aujourd’hui.

Les réticences que j’ai toujours eues face à  Dalein reposent essentiellement sur le mode de gestion de l’économie nationale sous son règne à la primature et lors de son passage à divers ministères du régime de Conté. La meilleure manière pour nous d’aider celui-ci, s’il est le nouveau président de la Guinée, est d’organiser une société civile forte capable de devenir un contre pouvoir efficace face aux velléités des  forces négatives qui s’agitent de façon intempestive autour de lui et du candidat Alpha Condé.

Pour cela, il faut agir sans délai car si nous les laissons faire, les mêmes, qui ont piégé Lansana Conté, qui ont pris aujourd’hui en otage la naïf Konaté, risquent de mettre en échec Cellou Dalein Diallo ou Alpha Condé.  Notre engagement patriotique nous commande de créer, dès après son élection, un élan de solidarité autour du nouveau président  pour le protéger de certains de ses amis (en réalité amis pour se remplir les poches)  et, par là, sauver notre pays.

Dans le même ordre d’idées, j’ai un mot à l’adresse de tous les agitateurs politiques  qui refuseront le verdict des urnes et qui tenteront d’associer les populations  à leur position en suscitant des sentiments basés sur l’ethnie ; messieurs les agitateurs, vous vivez  tous à Conakry ou à l’étranger dans le confort de vos biens plus ou moins mal acquis et vous êtes loin des réalités de ces populations. Du fait que je passe actuellement des jours et des nuits à sillonner les villages de la Haute Guinée pour implanter mon association,  je peux  vous confirmer  que le souci des populations de cette région et des autres régions guinéennes est de créer les conditions de leur bonheur et peu importe pour elles l’origine ethnique de l’auteur de ce bonheur. Si par exemple  Dalein met dans son programme la construction des  routes et des ponts pour désenclaver les villages et qu’il permet l’accès aux intrants agricoles pour mettre en valeur les terres, s’il  garantit  l’eau et l’électricité dont les populations de Haute Guinée sont totalement sevrées depuis plus de 40 ans, il sera  le bienvenu dans la région.

Par contre, il sera combattu s’il adhère à l’esprit revanchard de certains de son entourage qui considèrent chaque malinké comme le coupable de la mort de Diallo Telli. Il sera combattu s’il veut dégarnir l’administration locale et nationale de tous les noms autres que Diallo, Barry ou Baldé et autres Sow.

Et ce combat ne se fera pas en descendant dans la rue pour affronter violemment d’autres ethnies mais par des pressions au sein d’une société civile locale et nationale dont nous appelons de tout cœur une recomposition salutaire.

Si Dalein  se considère comme le président de tous les guinéens,  aucun discours bâti sur la haine ethnique ne nous amènera à risquer la vie de nos frères et sœurs dans un insensé conflit ethnique. Car je suis convaincu que la réelle motivation inavouée de  ceux des deux bords qui poussent à l’affrontement violent réside dans des intérêts bassement matériels et financiers. Ces personnes, qu’elles soient du côté de Dalein ou de Alpha, ont en commun un déficit de patriotisme et une habitude de servir dans les biens de l’Etat de façon impunie.

Vous les Guinéens de l’extérieur, vous rédiger sur des sites internet des articles et des propos souvent  incendiaires qui divisent les fils du pays ; heureusement que moins de 0,1% de guinéens a accès à internet sinon cela aurait été dramatique. 

Je vous appelle à plus de responsabilité car le jour où le pays sera plongé dans un conflit ethnique, vous serez  au calme dans vos salons entrain de regarder nos malheurs sur France 24 ou écouter nos gémissements sur RFI. 

Si vous le pouvez, faites comme moi et  osez rentrez pour vous mettre au service de la Guinée sans rien attendre du gouvernement. Si vous ne le pouvez pas ou ne le voulez pas, alors laissez nous vivre en paix au pays, c’est tout ce que je vous  demande.

Moi, je suis rentré pour mettre mon expérience acquise à travers l’Afrique au service de mon pays et non pour faire la politique ; le premier leader qui viendra vers les populations de la Haute Guinée  avec un discours contraire au développement du pays dans la paix me trouvera, sans état d’âme, sur son chemin. Pour ce combat, je suis résolument et absolument prêt.  Et je serai certainement le premier à mourir pour la cause de l’unité nationale.

Je suis un malinké et fier de l’être mais j’offrirai ma vie pour sauver celle du Peul ou du soussou qui serait agressé du seul fait de son ethnie. Et si un Peul, un soussou ou un forestier excité par des discours politiques haineux se rue sur moi, je n’opposerai aucune résistance et je serai une des nombreuses victimes innocentes d’une guerre civile que des pyromanes auraient déclenchée pour assouvir leur soif d’argent et la soif de richesses minières des puissances étrangères.

En attendant, Konaté a la possibilité de freiner l’ardeur des extrémistes des deux camps qui s’observent actuellement en chiens de faïence. S’il y réussi, il sera alors véritablement un héros et rentrera dans l’histoire guinéenne comme un grand homme.

Vive la Guinée

Sinkefara Bomba 

Source : Radio-kankan