Etonnante, Effarante Guinée, mon pays

SI NOUS PARLIONS UN PEU DE NOTRE GUINEE ?

Parler de notre « pays » me paraît indispensable. De plus en plus indispensable, et de plus

en plus urgent. J’ai l’impression que nos élites ont tacitement décidé de pratiquer la politique

des lâches et des traîtres : une politique qui consiste à observer un silence pudique sur les

questions les plus graves, celles qui conditionnent notre vie en commun ! Une vie en

commun que nos comportements de tous les jours rendent de plus en plus problématique. A

l’image de la quasi-totalité des pays africains, la Guinée est une entité à forger encore. En

effet, hormis sur le plan formellement juridique, notre « pays » n’en est vraiment pas encore

un ! Seule la qualité de ses élites, leur volonté et la cohésion dont elles vont devoir faire

preuve, sauront confirmer l’historicité et la pérennité de l’entité commune.

Jusqu’à présent les questions d’identité sont tellement frappées de tabou que leur évocation

requiert un certain courage. Cependant, pour qui aime ce pays et éprouve de la pitié pour

ses populations, l’indifférence, ou le maintien de la règle du silence, alors que les distinctions

ethniques s’exacerbent dangereusement, peuvent être un véritable crime, une trahison,

contre les masses populaires guinéennes qui n’ont d’yeux et d’oreilles que pour leurs fils

instruits ou fortunés.

Je crois qu’il faut faire éclater le tabou et commencer à parler de notre pays sans arrêt et

sans réserve. Des questions comme : «qu’est-ce donc que cette Guinée ? », « qui sont ses

habitants ? » et « comment vivent-ils leur pays ? », se posent avec acuité, et méritent des

réponses qu’il serait imprudent d’éluder plus avant.

1) QUELQUES CONSIDERATIONS D’ORDRE HISTORIQUE

Incontestablement, c’est le colonialisme français qui a créé ce qu’on appelle aujourd’hui la

Guinée, en assemblant à l’intérieur de frontières au tracé arbitraire des Entités

socioculturelles et politiques qui, historiquement, vivaient bel et bien en bon voisinage,

malgré toute la littérature coloniale qui a tant parlé de ‘’ guerres intestines et fratricides ‘’

entre les ‘’peuplades sauvages d’Afrique ‘’.

Je crois qu’il faut :

premièrement

, rappeler à tous que ‘’ ces peuplades sauvages ‘’ n’ontdeuxièmement, que

La conséquence directe et logique de cette première réalité commune, c’est une

volonté également commune, élaborée et partagée par elles, de s’affranchir de la

domination coloniale. Car, longue ou brève, brutale ou nuancée, toute domination

induit la volonté d’en être débarrassé. Et cette volonté finit toujours par

s’exprimer et agir

.

C’est ainsi qu’à partir des années quarante, et pendant toute la décennie suivante, les

différentes civilisations et cultures « guinéennes » ont eu à mettre en commun leurs modes

d’expression de cette volonté, qui s’est traduite par une action unifiée, donc puissante, pour

obtenir leur affranchissement.

Un nouvel espace géopolitique vit donc le jour en 1958 : « la République de Guinée »,

coïncidant avec l’Entité commune fondée par le colonialisme. Mais ce fut, cette fois, dans un

contexte tout autre, au plan international, par rapport à l’époque des conquêtes coloniales.

En effet, en Europe même, le prolétariat dominé, sous-évalué et sous-estimé par son

patronat, était entré en politique, face à la pleutrerie naturelle des politiciens, jamais

capables de prendre des mesures révolutionnaires dans la paix. Il faut toujours que ce soient

les révolutions elles-mêmes qui viennent les bousculer, pendant qu’ils passent leur temps à

faire des combines, pour conserver des privilèges totalement immérités !

« La République de Guinée », cette nouvelle réalité, imposa dès lors aux ‘’ différences ‘’

qui la composent, la nécessité de se fondre en une identité culturelle et historique unique, à

l’intérieur de frontières réputées intangibles désormais, occultant ainsi ou presque, leurs

caractéristiques originelles, sitôt que celles-ci pouvaient être de nature contradictoire par

rapport à la nouvelle identité commune.

La rareté des ressources humaines qualifiées pour gérer cette situation, où les frustrations

ne pouvaient être rares, constitua alors le défi majeur auquel la petite élite du « pays » se

trouva confrontée. Une élite dont le nombre n’excédait pas cinq cents cadres à proprement

parler, sur une population d’environ trois millions de personnes à l’époque ! Ladite élite

devait donc s’attacher à faire en sorte que la nouvelle entité s’enrichisse de ses diversités.

Malheureusement, et cela est vrai pour toute l’Afrique au sud du Sahara, nos élites se

révélèrent notoirement incompétentes face à une telle responsabilité historique. Elles n’ont

pas tardé, égoïstement, lâchement parfois, à faire prendre le dessus en elles-mêmes au

fameux conflit des différences, qui apparaît aujourd’hui comme le facteur le plus

prépondérant dans les déchirements qui vont, vraisemblablement pour longtemps encore,

épuiser l’Afrique et ses habitants !

Nombreuses ont été et sont les analyses faites sur cette Afrique déchirée, exténuée, ainsi

que sur la carence, l’incurie et l’irresponsabilité de ses élites.

Mais si cela est indéniable,

les experts qui font ces analyses évoquent à peine, s’ils ne les taisent pas tout

simplement, les responsabilités conscientes et délibérées des pays coloniaux

d’hier et néocoloniaux de nos jours dans ces déchirements ! Les deux étant la

plupart du temps les mêmes. Comment peut-on cependant raisonnablement

parler de questions aussi graves, en évacuant de manière désinvolte, banale

même, le sacro-saint principe du ’’ diviser pour régner’’ qui a présidé à toute la

politique des occupations coloniales ? Où est le sérieux d’une étude dont la trame

majeure n’est pas tissée autour de ce principe et de ses conséquences sur

l’Afrique actuelle ? Et pour proposer quelles solutions qui ne soient, dès lors, que

superficielles ?

Tant que les manoeuvres délibérées, si chères à quelques puissances néocolonialistes bien

connues, consistant à soutenir au grand jour, financièrement, militairement et

diplomatiquement, une ethnie ou un groupe d’ethnies, contre une autre ethnie ou un autre

groupe d’ethnies qu’on fait écraser sur tous les plans, tant que, dis-je, la « Communauté »

qui se dit « Internationale » consentira à laisser classer ce genre de manoeuvres dans des

rubriques criminelles appelées «Raison d’Etat », « Secret défense », « Très secret

défense », ou encore, comme pour l’Elysée en France, «Privilège présidentiel », tant que ce

genre de “conneries” autorisera des “fous” et des “illuminés” à se prendre pour des “dieux”,

les efforts, tous les efforts des honnêtes gens seront impuissants à faire de l’Afrique une

entité normale, cohérente, dynamique et proactive. Comme l’Asie ou les Amériques hors

U.S.A.

Mon sentiment personnel sur cette question, c’est qu’une stratégie concertée semble bien

avoir consisté quelque part:

a)- à avoir créé dans le passé toutes les conditions pour faire échouer le Communisme, par

voie de harcèlements diabolisateurs et désagrégents, dès que ce régime d’essence

profondément humaine avait vu le jour ;

b)- à mettre en oeuvre les mêmes conditions diaboliques pour faire disparaître l’Islam en le

transfigurant de façon absolue ;

c)- à maintenir les pays des Noirs dans une insurmontable bantoustanisation, en refusant à

leurs fils les plus dignes toute possibilité de jouer un quelconque rôle directeur en matière de

souveraineté et de responsabilité consciente chez eux !

Le fameux conflit des différences, rationalisé, voire, positivé chez eux, est continuellement

exacerbé chez nous de façon diabolique, par les puissants blancs qui ne verront jamais en

nous que des moutons à tondre, et à charcuter.

Or, il en sera ainsi tant que de

minuscules négrillons de chez nous, des espèces de déchets socio-historiques,

que par grandeur d’âme, je renonce à nommer individuellement ici, des gens

incapables de reconnaître leur propre incurie, à cause de laquelle ils sont

continuellement utilisés par des ennemis internationaux de notre souveraineté

pour raconter sur nous des histoires à milles lieues de la vérité de notre vécu,

tant que, dis-je, ce seront des ‘’tristesses’’ de ce type-là qui continueront à

décider du sort de notre Continent, tous les efforts des honnêtes gens seront

impuissants à faire de l’Afrique autre chose qu’une masse informe, traînée et

ballottée à la queue du charroi universel, couverte de toutes les scories et

déjections imaginables.

Pour conjurer ce sort, qui n’est pas une fatalité, loin de là, il faut s’attaquer sans

attermoiement, et pour l’analyser en profondeur, à ce fameux conflit des différences tant en

Afrique qu’en Guinée. On va s’y employer à partir de maintenant, aussi longtemps que Dieu

nous soutiendra pour cela. Inch’Allah !

A Suivre………

Aly Bocar Cissé

Professeur et Administrateur Civil à la retraite

Email :

cissedebma@yahoo.fr

Tél : (00224) 64-33-37-70/ (00224) 62-27-88-89

jamais appelé quelqu’un pour venir arbitrer leurs conflits internes ; et

les ‘’ peuplades civilisées ‘’ qui ont envahi l’Afrique ne sont pas les plus qualifiées pour

donner des leçons de paix, de coexistence pacifique et de concorde à qui que ce soit dans

l’histoire ! Et ce, depuis la nuit des temps…Et jusqu’à nos jours où ils sont tout le temps

derrière chaque conflit, chaque bataille, chaque guerre, en Afrique et partout ailleurs dans le

Monde !

Si quelqu’un devait en donner d’ailleurs, des leçons de non-agression, de non-invasion, ce

sont bel et bien les peuples Noirs d’Afrique ! C’est net, et on n’a nullement besoin d’y

insister !

En ce qui concerne la « Guinée », les Entités qui ont été regroupées au terme de la politique

coloniale, bien que vivant anciennement en bonne intelligence, n’en constituaient pas moins

des entités aux traits de culture et de civilisation sensiblement distincts. Or, leur

regroupement ne dure que depuis cent ans à peine, c’est-à-dire un tout petit siècle dans

l’océan du temps !

Pendant soixante ans, l’équivalent d’un instant à peine au regard de leur propre histoire, ces

entités ont partagé un sort commun sous la même juridiction : celle de l’esclavage colonial.

En même temps qu’une profonde perturbation culturelle due à l’imposition d’un mode de vie

totalement inconnu d’elles jusqu’alors. L’unicité du dominateur et de ses méthodes barbares

de régence aura donc été la première réalité qu’elles ont uniformément partagée, pendant,

et j’insiste là-dessus, seulement soixante petites années !