Discours de Clôture du 14ème congrèsdu PDG-RDA prononcer par le Camarade Mohamed TOURE, Secrétaire Général élu du parti

MCamarades congressistes,

Nous voici au terme des travaux du 14ème Congrès de notre parti, le Parti Démocratique de Guinée – Rassemblement Démocratique Africain.
Dans son discours d’ouverture, notre Secrétaire General a parfaitement campé l’étape historique que représente ce 14ème Congrès.

Le 3 avril 1984, à la faveur de la dure épreuve que constituait la disparition de notre leader bien-aimé, le camarade Président Ahmed Sékou Touré, Responsable Suprême de la Révolution (Paix A Son Ame), par un coup de force anti-constitutionnel, des forces politiques et militaires s’emparent du pouvoir et obligent le parti à entrer dans une clandestinité qui durera huit sombres années.

En 1992, grâce à la pression des forces démocratiques et progressistes, la Guinée renoue avec l’ordre constitutionnel dans le cadre, accepté par tous, du pluralisme politique. Avec son 13ème Congrès, PDG-RDA réapparaît alors au grand jour, entreprenant une longue lutte de résistance contre toutes les forces qui, par les mensonges et la tricherie, voulurent ternir son image et nier les victoires de la 1ère République. Oui, le 13ème Congrès fut bel et bien le Congrès de l’affirmation de la résistance en des temps difficiles, et c’est le lieu de proposer que soit décernée la Médaille de Fidélité au Peuple de Guinée à tous ceux qui, connus ou anonymes, ont permis à notre glorieux parti de surmonter les épreuves et les défis au cours de cette période de résistance. Salut à vous, honorables porteurs du flambeau de la résistance !
Aujourd’hui, nous pouvons dire haut et fort que le 14ème Congrès du PDG-RDA amorce l’ère de la contre-offensive de notre parti dans sa lutte éternelle pour l’unité africaine et le progrès démocratique, économique, social et culturel des peuples africains.

Honneur au Peuple !

Gloire au Peuple !

Victoire au Peuple !

Notre contre-offensive, très chers camarades, s’inscrit dans un contexte nouveau, et, conforme en cela à l’approche scientifique qui nous a toujours guidée, nous devons maintenant actualiser nos méthodes et notre organisation, tout en restant fermes sur notre ligne, nos idéaux et notre projet de société.

Aujourd’hui en effet, le monde a changé. De bipolaire qu’il était durant la période de la Guerre Froide , il est devenu un monde multipolaire, avec l’arrivée, sur la scène internationale, des pays dits « émergents », qui sont les fers de lance d’une véritable révolution dans les relations internationales. Le temps est venu qui exige que l’on prenne mieux en compte, comme le Mouvement des Non Alignés et le Groupe de 77 l’ont toujours revendiqué, les intérêts des peuples dits du tiers-monde et des pays en voie de développement. Notre parti, qui a joué un rôle de tout premier plan dans les luttes de libération, de l’indépendance politique et de l’unité du continent, doit prendre acte de ce nouveau contexte et continuer à faire entendre sa voix, de concert avec toutes les nouvelles forces de progrès démocratique, économique, social et culturel, pour un ordre international plus équitable.

Notre époque a consacré la domination de la banque et des finances sur l’économie réelle, ouvrant la voie à des spéculations et à des bulles qui ont pour effet l’aggravation de la pauvreté et des inégalités, l’exclusion de masses de plus en plus grandes des bénéfices de la croissance, l’appropriation des pouvoirs par des oligarchies de plus en plus restreintes et, surtout, l’éclatement de nos jeunes nations et la déstabilisation de nos jeunes Etats. Or, alors même que dans les pays les plus avancés émerge l’idée de refonder le capitalisme sur de nouvelles bases, plus en accord avec les exigences d’une économie réelle, alors même que, pour sortir de la dernière crise majeure qui a affecté le monde capitaliste tout entier, leurs meilleurs dirigeants et leurs meilleurs économistes ont violé toutes les règles qu’ils nous imposent, il y a encore, au sein de notre élite politique et parmi nos cadres dirigeants, des leaders qui ne jurent que par les dogmes de l’ultralibéralisme et le corset d’une économie de marché sans contrôle.

Mais, sans nous laisser abuser par ces théories brumeuses, nous devons poser à ceux qui nous ont dirigé des questions très concrètes.

Comment se fait-il que des programmes aussi utiles à nos populations que le Programme d’Appui aux Communautés Villageoises (PACV), le Programme de Renforcement des Capacités Institutionnelles (PRCI), les programmes des pistes rurales, des aménagement hydro-agricoles, de vulgarisation de la traction animale etc. soient purement et simplement arrêtés à cause des suspensions de financement de nos partenaires au développement, suspensions dues à la mauvaise gestion de notre dette ? Les gouvernements du régime précédent, qui ont eu à gérer cette dette et ces suspensions, ne pouvaient-ils pas débloquer les quelques milliers de dollars pour permettre à ces programmes, si utiles à nos pauvres populations, de continuer à fonctionner ?

Pourquoi les paysannes, dans toutes nos régions, sont-elles obligées de parcourir de plus en plus de kilomètres pour trouver du bois de chauffe parce que nos forêts de tecks, de mangium et notre brousse si riche en biodiversité a été livrée à des entreprises véreuses d’exploitation forestière ?

Pourquoi les jeunes, après avoir passé de si longues études à l’école, avec tous les sacrifices imaginables consentis par leurs parents, sont encore obligés de vivre sans emploi, sans perspective même, parce que le prétendu marché de l’emploi n’existe pas, en réalité ?

Oui, pourquoi faut-il que ce soient les pauvres de Guinée Forestière, de Haute Guinée, de Moyenne Guinée et de Guinée Maritime qui souffrent de la corruption et de la mal gouvernance de quelques cols blancs bien à l’abri dans les bureaux climatisés et dans leurs 4 x 4 rutilantes ?

Oui, ceux qui ont dirigé ce pays durant ces années de pillage de nos ressources et de bradage de notre économie doivent, ne serait-ce que par respect pour les guinéens, dire comment on en est arrivé là, au lieu de noyer le poisson dans le mensonge éhonté de soi-disant cinquante ans de misère !

Il faut que l’on cesse de nous faire croire que notre bonheur nous viendra de l’extérieur. Certes, camarades, nous avons besoin de la Banque mondiale et du FMI. Nous avons besoin de l’Aide au Développement. Nous avons besoin des appuis de la communauté internationale. Mais, avant tout, nous avons besoin de bonne gouvernance et de meilleure gestion de nos ressources humaines et naturelles !

Notre Parti, le PDG-RDA sait que nous disposons de suffisamment de ressources qui, si elles sont exploitées de façon honnête, efficace et judicieuse au profit de notre développement humain durable, nous permettront d’accéder massivement et en des temps raisonnables à l’électricité, à l’eau potable, aux soins de santé, bref à un mieux-être, tout en offrant des emplois dignes et épanouissants à nos jeunes ruraux et urbains. C’est seulement lorsque nous aurons fait preuve de cette volonté réelle de nous prendre en charge que l’aide, précieuse, de la Banque mondiale, de la Banque Africaine de développement, du FMI, des partenaires bilatéraux et des pays émergents, à travers des investissements publics et privés, pourra intervenir pour « nous aider à nous passer de l’aide » !

Très chers camarades congressistes,

Une autre caractéristique importante du nouveau contexte de l’action de notre parti est l’adhésion de la Guinée au pluralisme politique à travers les compétitions entre plus d’une centaine de partis.

Comme vous le savez, braves militants de notre glorieux Parti, Parti de l’unité nationale, c’est durant les premières étapes de notre indépendance que les bases solides d’une nation unie ont été établies. C’est pourquoi, aujourd’hui, le pluralisme peut être un cadre adéquat pour entreprendre une nouvelle étape et viser d’autres objectifs de développement, dans le respect des diversités plurielles. A condition cependant qu’on puisse se garder des dérives de la division et des confrontations irrationnelles qui ont conduit, aussi bien en Guinée, durant la période coloniale, qu’ailleurs, en Afrique, à des conflits sanglants, à des luttes fratricides et aux guerres civiles. Ne nous le cachons pas : l’ethno politique et l’ethno stratégie de certains cadres dirigeants et d’une partie des élites politiques et intellectuelles hantent la démocratie pluraliste pour en faire le cadre de réalisation d’ambitions égoïstes et exclusives, et cela peut déchirer la nation.

Aujourd’hui plus que jamais, la refondation de la Démocratie Nationale dans le contexte de la démocratie pluraliste reste notre objectif stratégique prioritaire. La Démocratie Nationale , ce n’est pas des sousssous + des forestiers + des peuhls + des malinkés, mais une nation une et indivisible, liée par un idéal et un projet communs et partagés. Les voies de la Démocratie Nationale Plurielle existent aujourd’hui, et nous pouvons, nous devons nécessairement l’emprunter, à condition que nous aidions nos populations d’aujourd’hui, peu alphabétisées et peu informées des ruses de la déraison, à sortir des pièges de l’ethno politique.

C’est pourquoi, prenant acte de ce pluralisme débridé, notre parti va engager les efforts nécessaires à la constitution de grands ensembles politiques nationaux, plus à mesure d’unir les forces sociales autour d’intérêts nationaux communs. Nous tendons ici, solennellement, une main ouverte à tous les partis politiques qui partagent les idéaux de paix, d’unité et de progrès, afin que, par nos forces réunies, nous puissions mieux affirmer nos positions dans les compétitions électorales à venir et participer efficacement à la qualité des institutions républicaines qui seront instaurées. L’alliance que nous proposons ne sera pas fondée sur la prise de pouvoir d’un leader, mais sur une vision et une politique partagées de gouvernement, au bénéfice unique du peuple de Guinée et de l’indépendance de son Etat.

Très chers camarades congressistes,

Les voies de notre unité passent aussi, nécessairement, par la réconciliation entre toutes les composantes de notre nation. A plusieurs occasions notre parti, parti de la vérité et de la justice, a eu à le faire, mais je lance de nouveau notre appel, comme le recommandent les assises de notre Congrès, afin que s’engage, dans le cadre des institutions républicaines, et avec l’appui des organisations de la société civile, un processus organisé et institutionnalisé de Dialogue, Vérité et Réconciliation, afin de mettre définitivement fin aux dissensions qui ont marqué et continuent de marquer notre histoire politique. Le PDG-RDA lance de nouveau cet appel à toutes les composantes politiques, sociales et spirituelles de notre nation, à tous les leaders et à toutes les organisations, bref, à tous les guinéens, en premier lieu, à tous les jeunes de Guinée. Il demande à la communauté internationale, et, en premier lieu, aux pays africains qui en ont fait une expérience aboutie, d’accompagner et d’aider les parties en présence à mettre en place les cadres, les institutions, les formes et les modalités de ce processus de Dialogue, Vérité et Réconciliation. Pour que, par le dialogue, ouvertement, sans faux-fuyants et sans arrière-pensée, dans tous les organes du corps politique, social, culturel et spirituel de la nation guinéenne, les vérités soient établies, la justice promue dans l’esprit du pardon, de la réconciliation et dans le sens des intérêts supérieurs de la nation guinéenne – pour la paix, le progrès économique et social, la solidarité.

Je voudrai terminer, très chers camarades congressistes, en m’adressant aux jeunes de Guinée, pour répéter ce que nous avions dit lors du Forum de la Jeunesse organisé par notre parti les 25 et 26 mars 2010 sur le thème LA JEUNESSE GUINEENNE FACE AUX DEFIS ACTUELS DE LA DEMOCRATIE ET DU DEVELOPPEMENT : Je cite

"Jeunes de Guinée,

"Vous avez l’avenir à bâtir, non pas demain, mais à partir d’aujourd’hui. Pour bâtir, il y a une indispensable valeur, sans laquelle, rien, aucune ressource, aucun capital, aucun moyen technique n’a de sens – cette valeur, c’est la confiance en soi. Et la confiance en soi repose sur la conscience que l’on a de sa dignité, cet indispensable besoin dont parlait, face au Général de Gaulle, le feu Président Ahmed Sékou Touré. Oui, "Nous avons quant à nous un premier et indispensable besoin – celui de notre dignité". La dignité ! Elle n’a rien à voir avec la naissance, elle n’a rien à voir avec la classe sociale et, surtout, elle n’a rien à voir avec la richesse, – revenons à cette phrase écrite en lettres de feu qui a ouvert les chemins de la souverainete à maints peuples africains : "Nous préférons la liberté dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage" !

Jeunes de Guinée, Ayez confiance en vous ! Ne vous laissez pas déposséder de votre dignité. N’écoutez pas ces pseudo-intellectuels et politiciens de mauvais alois qui veulent vous faire croire que le peuple de Guinée n’est rien, que son histoire est un échec, le NON du 28 septembre une erreur, l’indépendance sans lendemain, qu’être digne, c’est être riche. La dignité, notre dignité ne s’achète pas ! Et nous ne sommes pas à vendre !

Oui, nous avons un avenir à bâtir ! Et nous allons le bâtir, pour que le jeune guinéen n’ait plus à rêver aux paradis illusoires par delà les mers et les océans, mais qu’il tourne son regard vers nos plaines et nos fleuves et nos forêts, qu’il scrute notre sous-sol et nos cieux aux pluies abondantes et, décelant les trésors cachés de ces dons de la nature, qu’il dise : "Tout cela est à moi ! Tout cela est à nous, nous tous, jeunes de Guinée !"

Vive les jeunes de Guinée

Vive le Peuple de Guinée

Gloire aux Combattants de la Liberté et de l’indépendance

A bas le Mensonge

A bas la Corruption

A bas la Division

Victoire au PDG-RDA

Source : Guinée24