La semaine dernière, le Général Sékouba Konaté, accompagné d’une armée de ministres, « conseillers » et courtisans a rendu visite à nos cousins gaulois. Au menu, une rencontre avec le bouillant Nicolas Sarkozy, le « french doctor » Bernard Kouchner et une partie de la crème politique française. Cette visite « historique » a permit à notre « Tigre national » de sortir la Guinée de l’isolement, selon les termes du Général. Par contre, derrière les discours diplomatiques, de vieilles habitudes continuent de hanter les Guinéens. Voyons de plus près, les dessous de la visite officielle de notre « Tigre national », dans la capitale de l’Hexagone.

La « main invisible » de la France

Depuis la mort du président Conté, les relations franco-guinéennes étaient froides comme un glaçon !Le Général Konaté a eu « l’honneur » d’être reçu en tête à tête avec le locataire de l’Elysée, Nicolas Sarkozy. Loin des caméras et projecteurs, le président français a longuement discuté avec notre « Mangué ».Quelques heures plutôt, c’est Bernard Kouchner et le secrétaire d’Etat à la francophonie, Alain Joyandet qui sont reçus par le Général Konaté, dans son hôtel. Seulement voilà, certains signes nous montrent que l’heure est à la prudence dans ce couple franco-guinéen…

Primo, le premier des gaulois n’a pas sa langue dans sa poche et il n’a pas caché son hostilité envers le chef de la junte, Capitaine Dadis Camara. Au cours de son entretien avec notre Tigre national, le président Sarkozy a été catégorique : « Il est hors de question qu'il (le capitaine Dadis, ndlr)retourne en Guinée avant la fin du processus électoral. Et puis, il doit d'abord répondre de ses actes devant la justice. Le rapport de l'Onu l'accuse d'être le principal responsable du massacre du 28 septembre. ».Cette déclaration du numéro un français, nous rappelle le comportement quasi-paternaliste des gaulois en Afrique. Bien sûr, notre Dadis national était loin d’être un ange, mais le président Sarkozy semble dire plus haut ce que certaines pensent tout bas : le rôle inavoué de Paris et Washington pour écarter le bouillant Capitaine Dadis, devenu encombrant aux yeux de la communauté internationale. L’épisode tragique de notre Dadis national confirme hélas, que notre indépendance est « sous contrôle ».Car dans la diplomatie, on ne fait rien pour rien !

Secundo, le ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner a fait un aveu quasi-inattendu lors de sa rencontre avec le Général Konaté : « Ce qui m'inquiète, c'est la position ambiguë du Premier ministre, Jean-Marie Doré, que j'ai entendu subordonner l'organisation de l'élection au bon vouloir des partis, au lieu de s'en tenir à la date fixée." Dit-il avant d’ajouter :« Nous n'avons pas d'ingérence à manifester, la Guinée et la France doivent reprendre des relations fraternelles, j'espère que c'est ce qui se fera à travers cette préparation des élections" et que la France « n’a aucun candidat ».Hum, c’est intéressant, mais difficile à croire. D’abord, au niveau sous-régional, la France n’a aucun intérêt à « perdre la Guinée », avec la Côte d’Ivoire de l’imprévisible Gbagbo, le Sénégal du (sénile) Abdoulaye Wade ou pire, le Niger qui vient de renouer avec les coups d’Etat. Autant donc miser sur la Guinée, qui a des potentialités qui aiguisent les appétits, surtout que les chinois rodent comme des vautours sur le bled. Ensuite, depuis l’arrivée de notre Dadis national, nos cousins gaulois ont remué ciel et terre pour trouver « un interlocuteur fiable » à Conakry.De la pression diplomatique, aux sanctions économiques et embargo sur les armes, Paris a déployé son arsenal pour clouer notre Dadis national et espérer un successeur un peu….obéissant aux impératifs gaulois. Les cas du Gabon d’Ali Bongo, du Togo de Faure Gnassingbé, de la Mauritanie du Général Aziz, nous rappellent hélas, qu’il suffit d’une lettre de félicitations de Paris au « présumé vainqueur » des élections pour que celui-ci obtienne sa légitimité pour occuper le Kibanyi tant convoité. A conditions bien sûr, d’avoir une oreille attentive aux "conseils" de nos cousins gaulois !Car dans la diplomatie, on ne fait rien pour rien !

La mendicité de nos officiels…

C’est devenu une habitude !A chaque sortie de nos officiels à l’étranger, tout le monde récite par cœur le même discours : « Nous attendons une aide, nous souhaitons que vous nous accompagner durant cette transition... ».Le Général Konaté et son armée de ministres conseillers et courtisans n’ont pas échappé à la règle. Seulement deux signes nous montrent le caractère ridicule de cette « mendicité » de nos officiels, loin de Conakry.

Primo, lors de sa visite à Paris, tous nos officiels qui accompagnaient le Général Konaté étaient logés dans un palace 5 étoiles !Inutile de dire les frais liés au séjour de nos très chers « officiels ».Pendant une semaine, ils ont profité (honteusement) du luxe parisien, faisant du shopping voire pire (devinez la suite) avec l’argent du pauvre contribuable guinéen. Deux ministres, deux conseillers auraient largement suffit pour accompagner notre Tigre national dans la jungle parisienne. Mais hélas, comme une cour du Roi Louis XIV, chacun a voulu goûter au miel.Et comme par hasard, c’est dans cet hôtel de luxe, que le Général Konaté a reçu Bernard Kouchner pour renouveler sa demande « d’aide pour restructurer l’armée et accompagner la transition ».Sauf que le patron du Quai d’Orsay a d’autres chats à fouetter (la Grèce crie famine, la droite française est en déroute et l’argent du contribuable français se fait rare).Inutile de dire qu’en bon diplomate, Kouchner a demandé à ses « amis » guinéens de faire des efforts (sous entendu, montrer le bon exemple en gérant le peu que vous avez).Car dans la diplomatie, on ne fait rien pour rien !

Secundo, la désinvolture, le goût du luxe sont les péchés mignons de nos « boss » dès qu’ils prennent un coucou pour l’étranger. Une fois en « mission » à l’étranger, beaucoup de nos « boss » tuent leur temps dans les magasins, boîtes de nuits ou hôtels de luxe, au frais des pauvres contribuables guinéens. Pendant ce temps, le peuple crie famine et on demande aux « petits fonctionnaires » de patienter pour leurs salaires car les caisses sont….vides ! Cette semaine, le cri de famine et de colère des cadres guinéens « propulsés » au Maroc, dénonce cette hypocrisie de nos « boss » :
« Il est important de souligner que nos problèmes ne sont pas nouveaux. Leur maintien profite à certaines autorités qui font le malin jeu de vivre dans l’opulence sur la misère des futurs cadres de demain. Nous pensons aussi que c’est la preuve tangible de leur incapacité chronique de changer vers le meilleur. Ceux qui sont dépassés doivent être déposés pour changer le cours des choses. », dénonce le président de l’association des stagiaires élèves et étudiants guinéens au Maroc (ASEGIM), Thierno Souleymane Diallo, dans une lettre ouverte, adressée aux médias avant d’ajouter : « le Maroc représente le pays comportant le plus grand nombre de boursiers de l’Etat guinéen ; chaque année il reçoit les lauréats Guinéens de tous les profils confondus, mais des boursiers qui en vérité ne perçoivent jamais leur bourse à temps. Ils viennent pour mourir de faim et pour échouer dans leurs différentes écoles, parce que ventre affamé n’a point d’oreille comme le disait l’autre. » Sans commentaires. Et pendant ce temps, nos « boss » goûtent aux délices !Sauf que pour demander quelque chose à l’étranger, il faut offrir au moins sa bonne foi, car dans la diplomatie, on ne fait rien pour rien !

En définitive, la diplomatie guinéenne se résume à la politique du "ventre vide" . Toute mission à l’extérieur est une occasion pour pleurnicher sur notre sort, en demandant de « l’aide » sans pour autant gérer les ressources dont on dispose. Malheureusement, nos « boss » pensent plus à leur estomac qu’aux intérêts du pays. Sur la scène diplomatique, la France reste un partenaire de choix, encore faut-il que les Guinéens comprennent qu’aucune « aide n’est gratuite ».Si la France (ou la communauté internationale) met la main à la poche, c’est pour espérer en retour profiter des immenses potentialités de la Guinée. La seule clé contre la misère, ce sont les Guinéens qui la détiennent. Mais une moralité publique et individuelle s’impose, car le pays est riche mais peu de nos compatriotes en profitent ! Avec les élections qui se profilent à l’horizon, l’espoir est permit. Encore faut-il que nos « opposants opposés » fument le calumet de la paix et abandonnent leurs intérêts égoïstes¨.Mais ceci est une autre histoire. A la semaine prochaine !

Amadou Diallo
Pour Africaguinee.com
ftp://damadou13@yahoo.fr

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