La Guinée des villes et des campagnes éprise de paix, de justice et de gratitude, se rappelle aujourd’hui l’un de ses fils les plus prestigieux auquel l’Afrique et le monde ont rendu un hommage mérité il y a 26 ans. En effet, c’est le 26 mars 1984, que le timonier de la révolution guinéenne, le Président Ahmed Sékou Touré s’est couché définitivement à Cleveland, Ohio aux Etats-Unis.

N’en déplaise à ses détracteurs, les obsèques de « Syli Sèkhu » furent jusqu’à aujourd’hui les plus grandes jamais organisées pour un leader politique après le Général De Gaule. Ce jour, tous les grands d’alors de ce monde étaient présents à Conakry pour rendre hommage à celui qui a consacré toute sa vie à la lutte pour le bonheur de son pays et à la décolonisation de l’Afrique.

En ce jour mémorable donc, l’un des plus illustres, il est nécessaire sinon primordial de présenter ce digne fils de la Guinée à la nouvelle génération qui , par haine ou par égoïsme de certains cadres pervers et malhonnêtes qui avaient les rênes du pouvoir de 1984 à 2008, a été diabolisé et traité de tous les maux. Mais quoi qu’on fasse ou qu’on dise, on ne pourra jamais travestir l’histoire encore moins la réécrire, car elle est un ensemble de faits têtus dont la falsification relève de manque de probité morale et intellectuelle, d’imposture ou de simple ignorance.

Loin d’une prétention de se substituer aux historiens, la seule intention ici est de rafraichir la mémoire des amnésiques et d’informer la nouvelle génération sur le parcours exceptionnel d’un homme exceptionnel qui consacra sa vie au service de sa patrie. Pour le faire, je me limiterai à son combat pour notre indépendance et les grands moments de son règne.

Le premier président de la république de Guinée, le responsable suprême de la révolution, le camarade Ahmed Sékou Touré est né le 9 janvier 1922 à Faranah dans un milieu de Sarakolés. Ce descendant d’Almamy Samory Touré commence son éducation d’abord à l’école coranique et l’école rurale primaire de Faranah, ensuite l’école régionale de Kissidougou et enfin celle de Conakry où il obtiendra le certificat d’études primaires. Plus tard, pour ses positions anticolonialistes il sera exclu de l’école professionnelle Georges Poiret.

Obligé de se lancer très tôt dans les contingences de la vie, le jeune Sékou Touré effectuera des petits boulots et plus tard il complètera sa formation professionnelle par correspondance afin de devenir comptable.

Une fois le diplôme acquis, il devient employé des PTT où il sera l’un des fondateurs du syndicat des travailleurs des PTT en 1945 avant de devenir le Secrétaire général.

En 1952, il prend la tête du Parti Démocratique de Guinée, section locale du Rassemblement Démocratique Africain (RDA), et fait céder l’administration coloniale sur l’application totale du code de travail en Guinée.

En 1954, Ahmed Sékou Touré devient Conseiller Général de Guinée et Président de la Confédération générale des travailleurs d’Afrique noire, il est élu en janvier 1956 député à l’Assemblée nationale.

C’est à partir de là que son ascension va commencer. Dès novembre 1957, il devient le Vice-président du Conseil du gouvernement de Guinée et en juillet 1958 il en devient le Président.

Quand il fît voter « non » au referendum du 27 septembre 1958 portant sur la constitution de la 5e république et une adhésion à la Communauté française, Sékou Touré était non seulement maire de Conakry, mais député et Vice-président du Conseil depuis 1957.

La Guinée sera indépendante le 2 octobre 1958 et Sékou Touré devient le premier Président de la République avec Saifoulaye Diallo comme président de l’Assemblée Nationale, c’était le 15 janvier 1959.

Dès son accession à la présidence, Sékou Touré fera face au sabotage de la France qui imposa son véto à l’adhésion de la Guinée aux Nations Unies avant de la reconnaitre plus tard.

Face aux représailles de l’ancien maître qui a fermé toutes les portes de l’occident, le jeune Etat se retournera vers les pays soviétiques et le Ghana de Nkrumah.

Celui qui a dit après l’accession de la Guinée à l’indépendance que la Guinée ne sera jamais libre tant qu’une e parcelle de l’Afrique sera sous domination coloniale, créera en 1960 l’Union des Etats d’Afrique de l’ouest avec Modibo Keita et Nkuwme N’Nkrumah.

Les premiers efforts de ce grand Panafricanistes seront focalisés sur la lutte contre l’occupation coloniale des territoires africains. C’est pourquoi, Ahmed Sékou Touré soutiendra le PAIGC, accueillera l’ANC avec un séjour de Nelson Mandela en Guinée dans les années 60, offrira des passeports guinéens aux enfants de Patrice Lumumba, aux Sud Africains, engagera l’armée guinéenne dans la lutte pour l’indépendance de certains pays africains tels que l’Algérie, l’Angola, la Namibie, le Mozambique, etc. Il fut également le refuge des combattants de la liberté en Afrique. Tels que Bakary Guibo du Niger, la Sud Africaine, Miriam Makeda, le coprésident de la République de Guinée le Ghanéen Nkrumah, le président du PAIGC, le Bissau-guinéen Amical Cabral…et l’ancien ministre guinéen le Béninois Béhanzin.

Après la période de lutte des indépendances, Sékou Touré aura une grande réputation internationale et sera une référence dans le nationalisme. Mais petit à petit se développait une résistance à l’intérieur du pays marquée par de nombreux complots, souvent soutenus par les pays occidentaux.

Ainsi, trois moments forts retiendront l’attention : l’agression portugaise de 1970, la création en 1971 d’un tribunal populaire afin de juger les acteurs de cette tentative de renversement du régime où s’ensuivra une vague d’arrestations et exécutions pour complot, la situation particulière du Fouta en 1976 et l’assouplissement du régime en 1977 suite à la visite de Valérie Giscard d’Estaing. C’est d’ailleurs cette visite qui permit la normalisation des relations entre la France et la Guinée qui s’est concrétisée par la visite de Sékou Touré en France en 1982.

Le Président ayant constaté les limites du collectivisme dans l’économie, décide de virer vers les occidentaux, visite les Etats-Unis. C’est en pleine campagne d’ouverture politique et de libéralisation de l’économie guinéenne que le Président Ahmed Sékou Touré, rend l’âme le 26 mars 1984 dans sa salle d’opération à Cleveland alors qu’il préparait la conférence de l’OUA à Conakry la même année.

Au lendemain de sa disparition et l’avènement des militaires au pouvoir, le 3 avril 1984, certains journalistes ni loi ni foi et intellectuels pervers ont mené une campagne de désinformation et de dénigrement contre la personne du feu président en prétendant qu’il aurait des châteaux par-ci, des appartements par là, et des milliards de dollars dans les banques étrangères , aujourd’hui ces colporteurs de mensonges sont à leurs propres frais. Puisqu’il a été démontré que le seul héritage que le présidente Ahmed Sékou Touré a laissé c’est la Guinée paisible et indépendante.

Car le combat de l’homme du 28 septembre n’a pas consisté à s’enrichir mais de libérer notre pays du joug colonial, de sauvegarder l’intérêt supérieur de la nation en protégeant nos ressources minières pour les futures générations et de faire rayonner sur le plan national et international les nobles idéaux et aspirations.

Sékou Touré n’est pas mort parce que 26 ans après sa disparition, la Guinée se retrouve à la case de départ. Les deniers publics dilapidés, les ressources minières bradées, les services sociaux de base inexistants, les usines en panne, le train ne circule plus, les avions ne volent plus, bref, la Guinée continue de s’enfoncer au sous-sol de la misère. Ce n’est qu’après la mort du Général Lansana Conté et l’avènement du CNDD au pouvoir qu’il y a eu un semblant d’espoir à l’horizon. Mais le vrai espoir, c’est celui qui est né du discours du 6 janvier 2010 du Général de Brigade Sékouba Konaté et des accords de Ouaga du 15 janvier 2010.


Bangaly Condé « Malbanga »