HcherifC’est la fidélité à nos principes qui nous commande de saluer l’armée nigérienne dans son acte hautement républicain contre la dictature du faussaire Mamadou Tandja. L’habit ne fait vraiment pas le moine. Le contre coup qui vient de se dérouler à Niamey remet les pendules à l’heure de la démocratie. N’oublions pas de sitôt, car c’était en Août dernier, quand la névrose et la sénilité empêchaient à Mr Tandja un jugement cohérent sur la voie qu’il empruntait pour le Niger. Les acabits de son genre renaissent à nouveau sur le continent comme si nous étions retournés sur nos pas aux milieux des décennies soixante à quatre-vingt. Ne nous dites pas qu’il s’agit d’un épiphénomène. Pauvre Afrique ! Un pas en avant deux en arrière.

Mais diantre ! Qu’est ce qu’il y a de si hypnotisant dans le pouvoir pour s’attaquer à notre plus grande faculté ? Qu’y a-t-il avec le pouvoir pour que les valeurs cardinales qui fondent l’humain lui soient troquées? Si nous avons les réponses c’est peut être parce que nous ne sommes pas tombés dans les méandres du pouvoir tel que perçu chez nous. Il a fallu nos souvenirs de Mandela, de Nyerere, de Senghor, et rappelez nous s’il vous plait,… qui d’autre ? Pas ceux là qui ont traîné les pas. Très peu en réalité, pour ne pas cogiter sur cette violente question : les africains sont ils des dictateurs dans l’âme ? Demande profonde s’il en est.
Mais contrairement au cliché populaire servi, la dictature n’est point l’atavisme d’une race ou d’un peuple particulier. Nous l’avions déjà dit et nous le répétons encore ici, la mauvaise gouvernance et autres maux sui generis liés à l’exercice du commandement suprême ne sont pas innés même si, il est vrai, nos roitelets continentaux, par leurs pratiques mythiques et par leur entendement mystique du pouvoir, tendent à faire accepter cette perception comme vérité empirique.

L’insuffisance des hommes suffisants est de ne jamais être suffisamment suffit. Les Mamadou Tandja du passé et du présent ont été et demeurent encore le cauchemar qui hante cette terre africaine meurtrie par l’arrogance de ces hommes qui n’ont toujours pas compris que les cimetières sont remplis d’hommes et de femmes indispensables mais dame planète continue de faire sa révolution cahin caha. Mon Dieu ! Fasse qu’ils se rabaissent au niveau de leur peuple pour le servir avec abnégation et humilité.
Les armées africaines nous ont rarement servi autre que du réchauffé. Exigeons par la discipline républicaine à cette armée nigérienne de ne pas se transformer en « balayeuse de maison » comme l’armée du Général Gueï, qu’elle ne soit pas bâtisseur de routes et d’infrastructures, qu’elle ne cherche pas à améliorer les conditions de vie des citoyens car tout cela est le rôle d’un gouvernement démocratiquement élu par ceux là qui les ont acclamés et applaudis hier encore. L’armée est une école de civisme et de patriotisme, le soldat est un citoyen comme tout autre qui défend la patrie contres les ennemis externes et internes aux moyens des armes dont elle a la maîtrise.

Le fruit tombe toujours au pied de l’arbre

Ces incantations tentant à condamner les coups de forces ne doivent émouvoir personnes lorsqu’il n’y a plus d’alternative laissée par les pseudo démocrates à enserrer leur peuple dans la moule de leur bon vouloir. Quelle remède y avait il contre Mr Tandja ? N’est ce pas que tous l’avaient averti de l’incertitude dans laquelle il menait le Niger ? Ne l’ont-ils pas tous dénoncé? Comment condamner le malfrat au même titre que la justice qui le punit ? Hé ! Soyons consistants. Les coups d’états sont, de nos jours, la résultante des civils avides de perspectives de développements économiques et démocratiques de leur pays. Blâmons nos armées à hauteur de voix d’adulte mais, absoudre la responsabilité de ceux là qui les invitent à la table pour dîner, serait faire preuve de myopie. Pouvons nous avec sincérité dédire Voltaire dans ces lignes : « Si l’homme est crée libre, il doit gouverner. Si l’homme à des tyrans, il les doit détrônés ». Tandja, Gbagbo, Deby, Biya, Kadhafi, Campaoré, Hosni…pour ne pas nommer la quarantaine restant, se doivent détrônés.

A chaque époque sa réalité. Naguère, un coup d’état était dit réussi lorsque le président était déchu du pouvoir, souvent au prix fort de sa vie. Nous refusons ce genre de « réussite » aussi simpliste et qui porte atteinte à l’intégrité physique de qui que ce soit fut il un dictateur. Les paramètres doivent être réévalués à l’attente et aux objectifs de ce pronunciamiento.


Un coup d’état n’aura réussi que si :

1. il met fin au règne d’un despote,
2. il restaure la démocratie: c'est-à-dire le retour à une vie constitutionnelle normale,
3. dans un délai relativement acceptable ses auteurs se soumettent aux règles démocratiques en vigueurs.
4. le président déchu comparaît devant les juridictions adéquates pour haute trahison et, poursuivit pour assassinat s’il y a mort d’une seule personne pendant la « libération » du pays.

Voici quelques préalables qui serviront de jauge au succès d’un coup de force. En déça de cela, nous nous retrouverons devant une camarilla de malfrats à l’envie de leurs poches et de leurs proches pour des intérêts sordides et fétides. L’armée nigérienne si elle veut se hisser à la hauteur de l’espoir de son peuple dans le jeu démocratique, alors les objectifs ne lui sont plus inconnus.
Ne souhaitons par dépit ni la venue des Barré Maïnassara ni des Robert Gueï qui, au lieu de libérer leur pays respectif des laisses rétrogrades du chienlit l’ont lacéré avec l’arme fatale de l’archaïsme politique. « Etre libre, c’est de passer d’un état à l’autre, c’est s’arracher à quelque chose. C’est donc une rupture ».

Malgré la clarté du jour nouveau qui s’élève à l’horizon, ce jour qui réfute le prolongement du Très Exalté sur terre avec la présidence à vie, qui ne s’accommode plus des mentalités monarchistes africaines, qui différencie le pouvoir divin à celui temporel et temporaire des hommes, il y a encore de ces « héros » qui ne sont que des « zéros » en vérité, oint du sceau du seigneur pensent-ils, à s’arc-bouter contre la volonté de leur peuple par des subterfuges démoniaques et maléfiques, à bâillonner l’aspiration profonde et populaire des africains pour un meilleur développement. Ils s’opposent à une Afrique qui finira de régler la question des libertés et des droits c'est-à-dire la question des valeurs, ils sont une entrave à une école qui produit l’épine dorsale des hauts cadres de demains, des hôpitaux qui soignent le « petit quelqu’un et le grand quelque chose», une agriculture qui garantit l’autosuffisance et qui donne de l’emploi. Ils sont donc une aberration pour nous comme vous le voyez.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, il y a au moins un qui lit sa constitution comme sur un palimpseste fané avec la fertilité de l’imagination qu’on lui connait. Il y a, en ce moment précis également, un autre qui vient de se souvenir in extremis après deux décennies, dont une sous son règne, que la constitution de son pays doit être à l’image de la « modernité ». Une commission de révision constitutionnelle avait été ficelée sur volonté présidentielle, composée de « mécaniciens et de chirurgiens » de la loi afin de la parer, de l’embaumer pour les yeux doux de leur peuple, et qui a déjà lancé un ballon d’essai. Le peuple, le vrai, qui n’a cure d’une constitution encore moins de son amendement, tellement écartelé à la recherche du quotidien, sera mis devant le fait accompli et, au nom de la soi-disant « démocratie consensuelle » chantée et vendue par les « nyamakalas » de service devra, comme Nicodème, se résoudre à l’évidence de la fatalité. Nous prenons à témoin tout ce que vaut quelque chose pour ces demi dieux et leurs saprophytes, pour affirmer que nous irons, avec nos« petits Coulibaly » et les « Tonjô », déguster le haricot au palais du peuple quand aura retenti le hallali.


Hé tchê, i té sabaly !

Haïdara Chérif